✨ Les Arcanes d’Osmund : Tome 1 – Chapitre 1 – Prologue (accès libre)

Par , Le 23 janvier 2025 (Temps de lecture estimé : 22 min)

Il était une fois, Osmund. Un monde où la magie coexiste avec les avancées d’une révolution industrielle naissante. Un jour, un groupe de prisonniers politiques, exilés au cÅ“ur d’un désert implacable, se retrouve chargé d’une mission sacrée.

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Afin d’empêcher une terrible force de répandre la destruction, ils doivent devenir les hôtes des âmes des malarhs, les anciens gardiens d’Osmund alors décédés.

À mesure qu’ils avanceront dans leur quête, chacun vivra alors une transformation qui les changera à jamais. Mais face à la menace qui les guette, nos héros devront non seulement trouver et maîtriser la force de chacun des malhars, mais aussi surmonter les tensions et conflits hérités de leurs passés respectifs.

En traversant les terres contrastées d’Osmund – des déserts arides aux forêts luxuriantes, des cités industrielles aux sanctuaires oubliés – chaque membre du groupe devra se confronter à ses propres démons, trouver justice et rédemption, et s’unir pour réveiller la force qui pourrait sauver Osmund de la destruction finale.

Bienvenue… dans Les Arcanes d’Osmund !

***

Niché dans les plaines d’Arcadea, l’une des nations du continent de Tel-Arild, le petit village d’Aze s’endormait à l’approche de son second crépuscule. Tandis que le premier soleil s’était couché il y a quelques heures dans un magnifique éclat vert pastel, c’était au second soleil de disparaître à son tour pour laisser place à la nuit. Dans l’une des petites maisons de la bourgade rurale, une jeune mère s’apprêtait à coucher ses tout-petits.

– Les enfants ! Il est l’heure d’aller au lit ! s’exclama Stella.

Stella était une jeune arcadéenne qui avait dans la trentaine, vivant seule avec ses deux enfants en bordure du village. Elle était menue et avait de longs cheveux bouclés bruns, souvent ramenés en arrière pour dégager son visage. Aze était un patelin sans histoire, où voyageurs comme miliciens ne passaient que rarement. Au pire arrivait-il parfois qu’un étranger traverse le village sans bruit entre les maisons endormies, afin de ne pas attirer l’attention. Bref, un endroit plutôt calme, loin des quelques grands centres urbains que comptait le pays. Pas encore.  Malgré son éloignement, le village disposait depuis peu de son propre extracteur d’énergie argyrique, ce qui permettait d’éclairer ses rues à la tombée de la nuit. L’extracteur exploitait le minerais d’argyre dont il absorbait l’énergie emmagasinée au fil des millénaires, afin d’alimenter divers équipements.

Norian, le fils de Stella, et sa fille Meira, avaient huit et six ans. Et comme chaque soir, ils attendaient après leur histoire avant d’aller dormir.

– Dis Maman, est-ce que tu peux nous raconter l’histoire de la création d’Osmund ? fit Meira.

– Encore ?! Tu ne veux pas autre chose ? lui répondit sa mère en posant la lampe à huile sur un petit guéridon. Car si les rues bénéficiaient de l’énergie argyrique, ce n’était pas le cas des habitations. À ce jour, seuls quelques bâtiments gouvernementaux en bénéficiaient.

– Ah non, moi j’en ai marre, on la lit chaque semaine ! rétorqua Norian.

– Bon, allez, je raconte le début et puis après, on passe à autre chose pour Norian, répondit Stella.

– Oui ! fit Meira.

– D’accord… bougonna Norian.

Chaque soir, c’était le même rituel. Et ce, depuis que Stella était contrainte d’élever seule ses deux enfants, après que leur père, Valen, eut été capturé par la milice de Darthan, le dirigeant d’Arcadea.

Quatre années plus tôt, Valen Hohenheim faisait encore partie de la résistance arcadéenne. Il y avait grandi aux côtés de son père Jorhen, ainsi que de Kaerith, un ami d’enfance qui avait lui aussi été élevé au sein de ladite résistance. Cette dernière, née une vingtaine d’années avant leur capture, s’était dressée face aux ambitions de Nerath Darthan, le régent du roi Calion VII. Car Darthan nourrissait de sombres desseins à l’époque : renverser le trône. Il trouvait la gestion d’Arcadea bien trop permissive et désordonnée. D’autres, au contraire, voyaient une dynastie qui s’étaient engagée de longue date en faveur de la liberté des sujets du royaume.

Mais les projets de Darthan furent ébruités. Dans l’ombre, divers mouvement de résistance s’étaient levés pour contrer l’inévitable. En vain. Darthan prit le pouvoir par surprise. Afin d’éviter toute confrontation avec des pays amis, il lança deux offensives en frappant simultanément Wjord, la terre des Nordiques, et Orim, le royaume des Nains.

Même un régent n’aurait jamais pu soumettre si rapidement trois nations à lui seul. Mais Darthan préparait son projet de longue date et s’était non seulement constitué sa propre milice, mais avait aussi trouvé appui après de la Synarchie des Deux Titans. Une secte polythéiste qui avait pour ambition d’imposer ses croyances par la force à l’ensemble du pays.

Les années passèrent. La résistance, dont Valen était devenu un membre actif, fut démantelée à cause de la trahison de l’un des leurs. Lorsque la milice de Darthan frappa, Jorhen fut tué en facilitant la fuite de son fils et de Kaerith. Mais ce ne fut qu’un sursis, leur permettant de mettre à l’abris la famille de Valen. Ce dernier et Kaerith furent finalement capturés pour être ensuite expédié à Tel-Berg, un continent-prison où l’espoir n’est pas quelque chose auquel on s’accroche. Toutefois, Stella restait dans l’espérance de son retour.

– Alors, Maman, tu lis ? demanda Meira

– Oui, pardon ma chérie…

Stella attrapa un vieux livre de contes à la reliure en cuir, puis commença la lecture :

« Au commencement, le vide régnait. Parfait. Absolu. Dans l’éternité, l’Omni façonna l’univers. Et lorsque son œuvre fut presque achevée, son regard s’attarda sur la dernière des planètes qu’Il avait formées, et Il la nomma Osmund.

L’Omni traça sur cette terre quatre continents majestueux, que séparaient quatre grandes mers, et Il y fit naître la vie. Mais quelque chose manquait encore… Pour que la création atteigne la perfection, elle devait y parvenir par elle-même. Alors, l’Omni insuffla l’existence à des êtres doués de raison et de libre arbitre, capables de s’élever vers cette perfection. C’est ainsi qu’Il créa les Hommes, les Nains et les Elfes. »

Meira écoutait, les yeux grands ouverts. Elle ne savait pas encore qu’un jour, c’est elle qui raconterait cette histoire.

« Afin que ces enfants vivent en paix, Il leur donna deux soleils, Vithar et Morthras, compagnons inséparables qui parcouraient ensemble le ciel. Puis, bien plus tard, Il suspendit la lune de Maraë pour régner sur la nuit. Cette lune, précieuse entre toutes, était un hommage à une femme du même nom, dont la piété et la foi envers l’Omni ne faiblirent jamais.

Mais l’Omni, dans sa sagesse infinie, estima qu’Osmund devait être protégée et guidée. Il donna donc huit malarhs à la planète, un pour chaque mer, un pour chaque continent. Les malarhs veillaient sur Osmund et guidaient ses habitants sans se montrer, jusqu’au jour où les Hommes, les Nains et les Elfes seraient assez mûrs pour se passer d’eux. »

– Moi j’aime trop les malars ! Ils sont trop forts ! interrompit Norian

– Et bien moi je préfère Maraë ! surenchérit Meira

– Oui les enfants, je sais ! Allez, je termine, il ne faut pas vous coucher trop tard.

« Or, les malarhs, comme toute chose créée, devaient un jour rejoindre leur Créateur. L’un après l’autre, ils s’éteignirent, alors qu’aucun des peuples d’Osmund n’était encore prêt. »

Allez, au tours de Norian à présent ! Je vous lirais la suite une autre fois.

– Et tu crois qu’il va se passer quoi s’il n’y a plus de malhars pour protéger Osmund ? On va tous mourir ? s’enquit Norian.

– Mais non ! Ne t’inquiète pas, ce n’est qu’une légende, le rassura Stella.

– Et bien moi, je suis sûr que si c’était vrai, papa, lui, il pourrait tout arranger ! s’exclama Meira avec conviction.

Après avoir lu une seconde histoire puis couché ses petits, Stella borda et embrassa chacun de ses deux enfants. Une foi la porte de leur chambre refermée, elle s’adossa à celle-ci et fondit en larme silencieusement. Elle faisait son possible pour faire face au désarrois et au vide que provoquait l’absence de Valen. Ses inquiétudes étaient évidemment légitimes, mais en réalité, elle avait tort de s’en faire…

***

Au cÅ“ur du continent désertique de Tel-Berg, le dernier éclat Vithar venait d’embraser à son tours la Cité des Sans-Noms dans une immense lueur orangée. La cité se trouvait au cÅ“ur du continent-prison de Tel-Berg, situé au sud de Tel-Arild. Les deux continents étaient séparés par la cordillère de Mojox, territoire d’Orim, la nation des nains. Cela faisait maintenant plus de deux cents ans que Tel-Berg servait de prison à ciel ouvert. Assassins, violeurs et autres fous dangereux de tout Tel-Arild y étaient envoyés. Au départ, les magistrats des nations de Tel-Arild pensaient qu’en envoyant leurs criminels en Tel-Berg, l’extrême chaleur des deux soleils en cette région du globe se chargerait de la sale besogne. Mais non, la vie trouva son chemin. Ainsi, ce qui n’était un campement a évolué au fil du temps pour devenir une cité autonome de près de dix-mille âmes se trouvant au cÅ“ur de Tel-Berg. Celle-ci était située dans une immense caldera la protégeant de la chaleur. La cité abritait d’anciennes habitations troglodytes, ainsi qu’une multitude d’habitations de fortune. Les habitants, descendants pour la plupart des premiers bannis, vivaient dans des conditions difficiles mais organisées.

Depuis l’avènement de Darthan, la population de la Cité des Sans-Nom avait vu son nombre augmenter : qu’il s’agisse du vol d’une pomme par le mendiant, du meurtre ou du gêneur politique, le bannissement vers Tel-Berg était la seule issue possible.

Dans l’une des nombreuses habitations de la Cité, chacun s’affairait à diverses taches tout en discutant. Valen, un homme d’une bonne trentaine d’années aux cheveux longs, était assis en tailleur à l’entrée de la caverne. Il finissait de nettoyer son fusil en regardant les nuances de pastels du ciel virer vers le bleu de la nuit, au travers de ses petites lunettes rondes.

– Le repas est prêt ! fit une voix masculine.

Derrière lui, Kaerith, un jeune homme du même âge et ami de longue date, attisait le feu tout en préparant à manger. De l’autre côté de cette demeure taillée dans la roche, était assis Thalnar, un immense Wjordéen qui avait dans les mêmes âges. Il apprenait au plus jeune de la troupe, Calixte, à prendre soin de son équipement. La petite équipe vivait dans l’une des nombreuses cavernes qui jonchaient les flancs de roche rouge et ocre de la caldera qui entourait la Cité.

– Bon alors, vous venez les gars ? Je ne suis pas bobonne moi ! Je ne vais pas remuer le bouillon trois plombes pour vous éviter que ça crame !

– Oh ba la prochaine fois, si tu veux je m’en occupe, lui répondit Thalnar un sourire narquois aux lèvres.

– Non c’est mort, toi tu ne touches plus à la préparation du repas ! lui retorqua Kaerith.

Kaerith étant un féru de fromage, un met rare en Tel-Berg, vous vous en doutez. Thalnar lui fit un jour une blague d’un goût littéralement des plus douteux… Il avait râpé un peu de corne de ses pieds et en avait alors assaisonné le bol de Kaerith, lui faisant croire qu’il avait réussi à obtenir du fromage à l’occasion d’un troc. Bien entendu, ce n’est qu’après quelques bouchées qui lui révéla la supercherie… On se détendait comme on pouvait !

Leur habitation se trouvait à mi-auteur de la parois rocheuse de la caldera. En contrebas de celle-ci, se situait le fond marchand. C’était ainsi que l’on surnommait le cÅ“ur de la ville et tous ses commerces. Son accès se faisait par le biais d’échafaudages et de passerelles de bois passant au-dessus des habitations collées les unes autres. Ce n’était pas toujours simple pour Valen et ses amis, car en tant qu’équipe de prospection, ils avaient souvent de lourdes charges à transporter au fond marchand. Des équipes comme la leur, il y en avait un peu partout en ville. Il s’agissait de petites groupes qui, par alternance ou en collaboration les uns avec les autres, allaient en excursion dans le désert pour chasser ou pour fouiller les ruines de l’Ancienne Civilisation.

L’Ancienne Civilisation était celle des anciens habitants de Tel-Berg. Elle avait disparue deux milles ans plus tôt dans un cataclysme d’origine inconnu qui transforma Tel-Berg en ce qu’il est aujourd’hui, un désert de graviers et de roches rouges. Les ruines qui s’y trouvaient apportaient de bonnes ressources pour les Sans-Noms. Par ailleurs, les rares proie que le désert voulait bien offrir durant la chasse étaient plutôt maigres, mais offraient des matières premières très prisées par les habitants de Tel-Arild.

Thalnar et Calixte revenaient alors de ce que l’on appelait, de façon très institutionnelle, la zone marchande neutre. Ou plus couramment appelé tout simplement : la zone. Cet espace frontalier se trouvait à une quinzaine de jours de la Cité des Sans-Noms. Tous ce que les Sans-Noms n’utilisaient pas était vendu ou troqué là-bas à des marchands ambulants. Pendant leur absence, Valen et Kaerith s’étaient chargés de la chasse tout en gardant leur caverne. Bien que dotée d’une porte en bois renforcée et d’une serrure, il ne fallait pas laisser son logis vide plus de quelques jours dans la Cité, car bien des personnes en cherchaient un. En conséquence, la petite équipe que formait le groupe d’amis s’arrangeait pour ne jamais laisser leur caverne vide trop longtemps. Et quand ils partaient en prospection, ils payaient les services d’un concierge. C’est-à-dire une personne chargée de garder une habitation de la Cité en l’absence de ses occupants.

Thalnar et Calixte revenaient donc cette fameuse zone marchande, où ils avaient vendu quelques objets récupérées dans des ruines, ainsi que du cuir de vers des sables.

Thalnar avait terminé d’aider Calixte à nettoyer son équipement et jeta un gravillon sur la tête de Valen qui continuait à contempler le ciel.

– Arrête de rêver et viens manger ! lui lança-t-il.

– Mouais…de la racine bouillis le midi, de la racine bouillis le soir… ça me met toujours autant en appétit, ironisa Valen.

La racine bouillie était le plat principal de la cité. A vrai dire, c’était quasiment le seul. Cela n’enchantait personne, mais il fallait bien manger. Une des rares exceptions était la ration quotidienne du matin. Cette dernière était composée de farine, de graisse de viscache (une espèce de rongeur), de résine de pins du désert et de quelques céréales.

Quelque fois, on pouvait négocier des fruits secs ou des épices auprès de marchands de la zone, mais ces derniers connaissaient les conditions de vie des Sans-Noms. La nourriture était alors, pour un Sans-Noms, ce qu’il y avait de plus cher.

– Vous n’aviez qu’à négocier un peu plus de bouffe contre le cuir de vers des sables, taquina Kaerith.

– Oui, mais il aurait fallu un peu plus de cuir pour ça, et puis j’ai dépensé une partie de la vente pour vous savez quoi, répondit Thalnar avec un clin d’oeil.

Les vers des sables étaient d’immense créatures de plusieurs dizaines de mètres de long. L’équipe entière avaient été nécessaire pour tuer cette créature, en collaboration avec d’autres équipes. D’ordinaire, les Sans-Noms préféraient éviter de s’y frotter, mais un vers avait pris ses quartiers à proximité de la Cité et empêchait les équipes de prospection de sortir. Il devenait donc urgent de faire quelque chose. Ce fut une belle prise, car les vers des sables sont plutôt coriaces. Si leur viande n’est pas comestible et s’apparente plus à de la terre, leur peau, en revanche, offre un cuir très résistant, léger, et surtout très bon marché quand on n’a pas les moyens de s’offrir une armure.

– Hein ? De quoi ? dit Calixte.

– Ca, c’est une surprise, lui sourit Thalnar, tu verras bien demain !

– Qu’est-ce qu’il y a demain ? lui répondit-il.

– Demain ça fera exactement une année, jour pour jour, que tu es arrivée ici, lui dit Valen, On t’a donc préparé un petit quelque chose…Mais trêve de bavardage, tu verras demain soir, pour l’instant, à la soupe !

Les repas se faisaient toujours dans une humeur décontractée et remplie d’humour, et ce malgré la dureté de la vie dans le désert. La discussion allait bon train.

– Voilà une année demain que tu es là Calixte… répéta Valen.

– Pour nous deux, tu le sais, ça fait quatre ans, ajouta Kaerith en se désignant lui et Valen.

– Et sept ans pour moi, surenchérit Thalnar.

– Non pas que je veuille remettre un vieux sujet sur le tapis, mais vous ne croyez pas que l’on devrait trouver un moyen de partir ? demanda Valen.

– On n’a déjà essayé plusieurs fois, tu le sais, et il faut pas mal de ressources pour atteindre Orim. Et puis rien ne nous garantit de réussir à passer la frontière… dit Kaerith.

– Et si c’est pour nous ressortir un de tes projets à la con, Valen, c’est pas la peine… répliqua Thalnar en rigolant.

– Des projets farfelus ? dit Calixte, interrogatif.

Kaerith et Thalnar échangèrent un regard et éclatèrent de rire. Thalnar s’expliqua.

– Et bien une fois, notre Valen a trouvé le moyen de concevoir un de ces ballon avec nacelle, comme en construisent les Oriméens. Sauf que lui, il l’a conçu à partir de peaux de gobelins ramenées de la chasse. Il les a dépecées, tannées et tissées. Ah fallait le voir à l’ouvrage, le bougre !

Kaerith surenchérit :

– Mais c’était sans compter la stupidité de certains chasseurs de la Cité. Quand le ballon a pris son envol, ces cons ont pensé que c’était une proie et ont tiré dessus avec leur fusils. Heureusement que Valen n’en était encore qu’aux essais.

– Ba n’empêche que l’idée était bonne ! dit Valen

– Bonne, oui, mais on ne va pas repartir une année complète à la chasse aux gobelins pour un truc qui va se faire canarder au bout de quelques minutes, ajouta Thalnar. Et puis on en a tellement buté qu’ils sont plus prudents, désormais…

Ils se regardèrent tous les trois et pouffèrent de rire. En quatre années de vie dans la Cité des Sans-Noms ensemble, ils en avaient vu et fait des choses.

– Je suis persuadé que l’opportunité viendra pour que nous puissions rejoindre Tel-Arild un jour… dit Valen.

– Allez, moi je vais me coucher ! dit Kaerith. Une journée de voyage dans le désert pour tous les quatre nous attend demain !

Tous, à l’exception de Valen, allèrent s’installer sur ce qui ressemblait davantage à de la paille entassée dans un sac de toile qu’à un véritable lit. Dans la caverne, de petits espaces personnels étaient délimités par des planches clouées sur des tasseaux en bois. Des rideaux faits de morceaux de tissu rapiécés servaient de portes. Les matelas de fortune, quant à eux, étaient installés dans des renfoncements sculptés à même la roche.

Dans la Cité, les journées étaient chaudes dès les premières lueurs, Valen aimait alors profiter un peu de la fraîcheur de la nuit en fumant sa pipe. La nuit s’annonçait claire, mais au loin, on pouvait voir un puissant orage sec zébrer le ciel de ses éclairs. Valen était un jeune homme élancé, tout juste en-dessous du mètre quatre-vingts, avec une silhouette athlétique forgée par les épreuves. Ses longs cheveux châtains, légèrement ondulés, encadraient un visage marqué par une barbe épaisse, où une peau claire et rugueuse se devinait. Il portait un gilet sans manche, taillé dans le cuir épais d’un vers des sables, par-dessus à une chemise de lin blanc salie par le désert. Son pantalon en toile grossière et d’un brun usé, tombait sur des bottes robustes, elles aussi en peau de vers des sables. Aux poignets et autour du cou de Valen, une collection de bracelets et de colliers de toutes sortes s’entremêlait.

Cela faisait plus de quatre ans qu’il était arrivé à la Cité des Sans-Noms. Même si de se rendre de temps en temps dans la zone marchande neutre lui donnait un peu de répit et des nouvelles têtes à voir, la civilisation et sa famille lui manquait. Il espérait que Stella se portait bien. Alors chaque soir, une foi la nuit tombée, il se prenait donc à contempler les étoiles en pensant à son épouse. Quand la lune de Maraë se montra, il rentra dans la caverne, ferma la lourde porte en bois et pris son tours de garde.

Dans un lieu où la vie était aussi difficile, la nuit était propice aux cambriolages. Ainsi, chacun montait la garde à tours de rôle, prêt à alerter ses congénères en cas de problème.

Après Valen, c’était généralement Kaerith qui prenait la suite, suivi de Calixte puis de Thalnar.

Quand ce fut le tour de Calixte, celui-ci ouvrit la porte pour admirer à son tours la vue de la ville, cernée par les hautes collines de la caldera. De là on pouvait voir les feux briller dans les autres grottes, tentes et habitations faites de tôles, de pierres et de planches de bois récupérés ici et là.

– C’est magnifique. À la foi si calme, et si inquiétant, se disait Calixte qui ne se lassait pas du paysage.

Grand et élancé, Calixte affichait une jeunesse intacte, tempérée par une gravité qui semblait dépasser son âge. Ses cheveux châtains, qu’il avait pris l’habitude d’attacher, laissaient échapper quelques mèches qui encadraient son visage aux traits anguleux. Comme on pouvait s’y attendre de quelqu’un arrivé récemment à Tel-Berg, son équipement était rudimentaire : une simple veste usée jetée par-dessus une chemise de lin grisâtre. Une vieille ceinture en cuir, ajustée à sa taille, maintenait un pantalon de toile épaisse, sombre et trop long, dont les bords retroussés laissaient entrevoir des bottes en cuir souple.

***

La première aube, dût à Vithar, illuminait le ciel d’une magnifique couleur orange. Chacun se réveillait doucement, hormis Calixte, fatigué de son voyage de la veille. Il s’était endormi lors de son tours de garde, mais Thalnar l’avait alors laisser dormir au moment de prendre le sien.

Il ne fallait pas perdre de temps, car d’ici quelques heures, le second soleil, Morthras, commencerait à se lever et la chaleur rendrait le voyage plus difficile. Tandis que Kaerith revenait du fond marchand où il avait acheté les rations matinales pour la troupe, Thalnar prenait plaisir à traîner Calixte dehors, toujours endormis, afin de le réveiller avec l’air vivifiant du matin.

– Ah ! Kaerith, tu n’as pas croisé mon aubergiste favoris, par hasard ?

– Non, mais…

Kaerith n’eut pas le temps de finir sa phrase.

– Il me casse les couilles, lui, le coupa Thalnar frustré qui s’empressa de se rendre au fond marchand.

Valen tendit sa ration à Calixte tandis que Kaerith se mit à courir après Thalnar. Ce dernier avait un jour sauvé à la vie à l’un des aubergistes lors d’une bagarre. Mais dans la cité, tout a un prix. Aussi Thalnar avait-il exigé qu’en contrepartie, une fois par semaine, l’aubergiste devrait lui livrer un rôti de viscache au petit déjeuner.

Kaerith parvint à le rattraper :

– Regarde en bas… Je crois que ton aubergiste ne viendra pas.

– Pourquoi ça ? Il me doit la vie, rétorqua Thalnar.

– C’est pas la question, rigola Kaerith. Mais je pense que tu vas devoir te trouver un nouvel ami. Si tu regardes bien, tu verras que c’est encore plus le bordel que d’habitude en bas. Ton auberge favorite a brûlé dans la nuit avec une poignée de toiles de tentes et une quinzaine de cabanes… J’ai pensé à toi en allant chercher nos rations. Allez, tiens…cadeau ! lui dit-il en lui tendant de quoi se substanter.

Thalnar était originaire de Wjord, la province nordique de Tel-Arild. Le pays des montagnes et des glaces. Il mesurait plus d’un mètre quatre-vingt-dix, avait les yeux bleu, ainsi qu’un visage carré et buriné par le froid de sa terre natale. Ses cheveux, bien qu’attachés, étaient rasés sur les côtés. Comme tout Wjordéen qui se respecte, Thalnar était toujours équipé de son épaisse armure à la couleur chrome oxydée, ainsi que de son « épée de naissance » .

Chez les Wjordéens, il était de tradition qu’avant la naissance d’un enfant, qu’il s’agisse d’une fille ou d’un garçon, le père forge l’épée que sa progéniture conserverait toute sa vie. Pour un fils, une fois celui-ci devenu un homme, père et fils forgeaient ensemble l’armure qu’il porterait. Enfin, le fils fabriquait seul son bouclier, ornant celui-ci de l’insigne de son clan. Mais lorsque Darthan prit possession de Wjord, il ordonna la destruction de tous les boucliers Wjordéens. Il alla même jusqu’à profaner les tombes pour s’assurer qu’il n’en reste aucun. Son objectif était clair : priver les habitants de Wjord de leur identité culturelle et de leur honneur, afin de garantir leur soumission. On pourrait penser qu’avant d’être envoyé à la Cité des Sans-Noms, Thalnär aurait été désarmé. Mais les miliciens de Darthan, s’étant assurés sa docilité en menaçant ses proches, lui avaient accordé le droit de conserver son épée.

– Bonjour Messieurs ! fit une voix plus loin sur la passerelle.

– Salut Marek ! Tu as de l’avance à ce que je vois, lui répondit Kaerith sur un ton enjoué en lui serrant la main.

C’était le fameux concierge, chargé de garder leur caverne durant les prochaines semaines. Il était accompagné de deux hommes de main.

– Toi et tes gars, vous prenez le café avec nous avant qu’on y aille ? ajouta Kaerith.

– Avec plaisir ! lui répondit Marek.

La fine équipe n’allait plus tarder à partir.

 

La suite dans Les Arcanes d’Osmund, chapitre 2. 

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René DROUIN

Auteur de SF et de fantasy, blogueur et créatif touche-à-tout. Je suis aussi catholique, designer graphique, papa et avec une pensée à contre-courant. Mi-ours, mi-panda et re-mi-ours derrière. Textes humains sans IA ajoutée.

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