De Fallout à Sartre : Pourquoi les univers post-apo fascinent-ils autant ?

Par , Le 19 février 2026 (Temps de lecture estimé : 8 min)

De Fallout à Sartre, cet article explore une intuition qui semblera à beaucoup contre-intuitive : que derrière la ruine et le chaos, ces univers ne célèbrent pas la destruction, mais révèlent une profonde aspiration à la liberté et à l’espérance.

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À chaque fois que je démarre une nouvelle partie dans un jeu Fallout, je ressens un petit quelque chose. Pas la peur, mais une forme de soulagement mêlé à de l’excitation : ça sent bon la liberté !

Et c’est de liberté dont il va être ici question. Si je veux vous parler de ça, c’est parce que j’ai pris conscience de quelque chose voilà peu. Pour commencer, je vais paraphraser Rousseau – non pas que ce soit un auteur que j’apprécie particulièrement – qui disait en substance que l’homme naît naturellement bon et qu’il est simplement perverti par la société. Pour ma part, je dirais plutôt ceci : l’homme naît naturellement libre, et il est simplement entravé par le socialisme.

Anarcapie et questionnement culturel

Avec le temps, certains le savent, mes réflexions m’ont conduit à aspirer à un modèle de gouvernance royaliste dans une société anarcho-capitalisme. J’explique d’ailleurs tout ça dans un long article.

Cela étant, voilà peu, je me suis demandé pourquoi j’aimais autant écrire, jouer ou regarder des productions culturelles liées à des univers apocalyptiques ou post-apocalyptiques. J’ai récemment revu The Postman, Waterworld ou encore Defiance. J’apprécie particulièrement tous ces univers – notamment Fallout, dont je suis complètement piqué et dans lequel j’ai passé un certain temps. Sans doute un peu trop.

Bref, les univers post-apo m’ont toujours parlé. J’ai toujours aimé ces ambiances, sans jamais vraiment comprendre pourquoi. Pourtant, je ne suis pas de ceux qui se réjouissent du malheur des autres. On entend souvent dire que les amateurs de ces univers se complaisent dans l’idée de voir le monde s’effondrer plutôt que de conserver l’espérance qu’il puisse aller mieux. Je n’ai jamais apprécié cette critique. Non pas parce qu’elle m’aurait blessé, mais simplement parce qu’elle est foncièrement fausse. Ceux qui me connaissent le savent : même si je suis parfois cash, je reste quelqu’un de profondément compatissant envers les personnes qui m’entourent, envers celles que je croise, et même envers celles que je ne connais pas, et pour lesquelles parfois je prie. Et pourtant, j’aime les univers post-apocalyptiques. Alors, pourquoi ?

La liberté comme clé de compréhension

Il n’y a pas longtemps, j’ai donc compris une chose. Dans tous ces univers, aussi terribles soient-ils, les personnages partagent une chose : ils sont libres.

Cette liberté est d’abord intérieure. C’est la prise de conscience que nous sommes déjà libres, et que les entraves du monde n’ont sur nous que l’emprise que nous acceptons de leur accorder. Lorsque, dans l’anarcho-capitalisme, nous parlons de sécession, il s’agit de commencer par une sécession intérieure : reprendre en main sa liberté, reprendre en main sa capacité à choisir.

Certains diront qu’il est facile de dire cela dans notre société, tandis que nous sommes soumis à de nombreuses contraintes – législatives, sociales, professionnelles, technologiques, etc. – et à cette quasi-obligation d’utiliser certains outils, comme le smartphone.

Mais, au fond, cela reste toujours une question de choix. Nous faisons toujours le choix d’accepter de nous soumettre, ou non. Qu’il s’agisse de choisir la facilité ou d’accepter les contraintes, cela demeure un choix.

La liberté en situation : entre responsabilité et survie

Et c’est pour cette raison que dans les univers post-apocalyptiques, la liberté prend une saveur si particulière. Certes, la vie y est dure, mais les personnages sont beaucoup plus libres que dans nos sociétés modernes. Pourquoi ? Parce qu’ils sont constamment renvoyés à leur responsabilité individuelle, sans solution de facilité pour leur sauver la mise. Il n’y a pas d’État-providence, pas d’organisation centrale qui gère leur existence – et lorsque de telles organisations existent, elles sont souvent les antagonistes contre lesquels les héros se battent.

Même si la vie y est difficile, même s’ils doivent lutter pour survivre, chercher leur nourriture ou se défendre chaque jour contre la violence, ces personnages restent libres. La liberté n’y est plus seulement intérieure : elle peut s’exprimer pleinement, de manière créative, dans le cadre même de cet univers.

Jean-Paul Sartre, dans La République du silence, parle de liberté en situation en faisant allusion à l’occupation allemande pendant la Seconde Guerre mondiale. Il soulignait alors que la pire des oppressions révèle paradoxalement la liberté au travers du refus.

La mort, alors devenue omniprésente, était devenue le prix ô combien risqué de saisir une infime parcelle de liberté. L’homme était, en effet, plus conscient que jamais de celle-ci, après avoir goûté auparavant à une époque où l’on ne s’en souciait guère. D’homme libre de ses actes et de ses pensées, inconscient du bien dont il jouissait, l’homme était devenu une bête traquée, appréciant chaque miette de liberté qu’il pouvait obtenir. Et le summum de cette liberté résidait finalement, si l’on suit Sartre, dans la capacité à résister à la torture jusqu’à la mort, dans le choix de refuser d’obtempérer. La liberté n’est donc pas définie uniquement par ce que nous pouvons faire, mais aussi par notre refus d’y renoncer. Et ce malgré une pression sociale exercée par les forces allemandes, insinuant toujours plus le doute dans les esprits à grand coup de propagande.

Dans un monde en perdition, sans État providence, le refus susmentionné devient quotidien : refuser la soumission, choisir sa voie, même au prix de la survie.

Le plaisir du jeu et l’absence de pression sociale

C’est donc cela que j’ai compris récemment au sujet des mondes post-apocalyptiques. Les personnes qui aiment ces histoires – et nous sommes nombreux – apprécient évidemment l’aspect bourrin de pouvoir descendre du zombie. On ne va pas se mentir, ça fait toujours du bien de sortir le 12 pour descendre des goules pour ensuite s’enfiler un Nuka-Cola. Mais ce n’est pas le fond du sujet.

Le véritable attrait, c’est cette satisfaction de faire évoluer son personnage comme on l’entend. Il n’est alors plus question de pression sociale ni du dernier gadget à la mode (sauf si ce dernier améliore vos statistiques, bien entendu). Il s’agit d’abord de profiter pleinement de sa liberté.

Et ce qui est intéressant, c’est que dans ces univers, peu importe les convictions politiques, philosophiques ou religieuses : toutes les sensibilités peuvent s’y exprimer. Pourquoi ? Parce que ce qui prévaut, c’est la liberté. Pas une liberté parfaite, loin de là, mais la possibilité de se construire selon ses propres règles.

Je lisais d’ailleurs récemment dans un article que Jon Rush – le directeur créatif de Fallout 76 – et ses collègues ont été surpris par les joueurs eux-mêmes :

« Avant la sortie du jeu, on pensait : ” C’est post-apocalyptique, c’est Fallout, ils vont tous s’entretuer. ” C’est tout le contraire. C’est incroyable à voir. »

En effet, au lieu d’attaquer leurs congénères, beaucoup de joueurs ont choisi d’aider les nouveaux venus. Le contraire total de Mad Max.

Dystopie contemporaine et espérance

Actuellement, soyons clairs, nous vivons dans une dystopie cyberpunk, mais avec le décor d’une série M6. Toutefois, le temps d’un film, d’un livre ou d’une partie de jeu, nous retrouvons l’espoir de notre liberté, et par conséquent, d’un monde meilleur. Car finalement, la particularité d’un monde ravagé, c’est que tout à chacun pourrait bien y avoir sa chance. Ce qui n’est pas le cas dans notre monde collectiviste et étatique.

L’autre particularité d’un monde ravagé, c’est que, de toute façon, ça ne peut aller que mieux. Et pour autant, comme en anarcapie, quelqu’un qui est socialiste, avec d’autres personnes partageant ses convictions, pourra lui aussi fonder une communauté en accord avec ses principes. Quelqu’un qui serait plutôt très porté sur la religion, comme c’est mon cas, pourrait quant à lui trouver un espace où vivre selon certaines règles avec ses pairs. Et il en est de même pour toutes les sensibilités.

Une aspiration profonde à la liberté

Au final, ces œuvres post-apocalyptiques sont bien loin d’être le marqueur de personnes qui cherchent à voir le monde finir dans l’atome. Ces dernières sont en réalité – et je le pense très sincèrement – des personnes qui aspirent à la liberté, voire même, sont pétries d’espoir. Parce que quand on a touché le fond, on ne peut que remonter.

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René DROUIN

Auteur de SF et de fantasy, blogueur et créatif touche-à-tout. Je suis aussi catholique, designer graphique, papa et avec une pensée à contre-courant. Mi-ours, mi-panda et re-mi-ours derrière. Textes humains sans IA ajoutée.

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