L’enfer, c’est les autres : petit pamphlet contre les gens obtus

Par , Le 10 juillet 2026 (Temps de lecture estimé : 9 min)

« L’enfer, c’est les autres ». C’est par ces quelques mots que Sartre critiquait le fait de s’enfermer dans l’image que les gens se font de nous. Et si, à présent, nous nous retrouvions enfermés malgré nous dans une image que nous n’avons pas désirée ?

mioursmipanda miniature pamphlet gens obtus

Les autres, ces gens convaincus d’être un miroir inversé de moraline dès lors qu’ils comprennent que vous n’entrez dans aucune case. Pourtant, ces suppôts de la pensée mainstream ont une nette tendance à être, dès cet instant, dans l’inversion accusatoire : celui qui est différent lui présente un miroir qu’il ne saurait voir.

Autrefois, à une époque reculée durant laquelle une société « faisait » civilisation, le conformisme n’était pas sans juste raison. Moyen de survie, bien souvent mû par la piété religieuse, il trouvait un sens. On peut, à notre époque, ne pas apprécier ce dernier, mais on ne saurait en nier les apports. Peut-être ne l’apprécions-nous pas justement parce que ce conformisme met en valeur les failles – nos failles – que la modernité n’a pas su combler, voire même, a créé.

C’est là que l’autre, disons-le sans détour, devient un con. Oui, un con. Et parfois même, un gros con. À ce stade, vous l’aurez compris, cet article n’a pas vocation à se montrer bienveillant. Pour autant, nous allons toutefois explorer comment l’autre, le con, nous enferme et nous catégorise sans nous demander notre avis, avec les conséquences importantes que ça peut avoir.

Contrat de lecture

Avant de poursuivre, il convient de se mettre au clair sur quelques définitions :

  • Con : Désigne une personne stupide, naïve ou désagréable (source). On retiendra ici le premier et le troisième sens. Cela étant, je ne dénonce pas ici une catégorie de personnes, mais d’abord un comportement.
  • Obtus : Qui manifeste ou qui dénote une absence de compréhension ou de finesse dans le jugement (source).
  • Toxique : Comportement qui porte atteinte à l’activité, au développement ou à la vitalité d’un individu ou d’un groupe de personnes (source).
  • Sectaire : Se caractérise par la mise en œuvre, par un groupe organisé ou par un individu isolé, quelle que soit sa nature ou son activité, de pressions ou de techniques ayant pour but de créer, de maintenir ou d’exploiter chez une personne un état de sujétion psychologique ou physique, la privant d’une partie de son libre arbitre, avec des conséquences dommageables pour cette personne, son entourage ou pour la société (source).

Oui, sectaire, le mot est lâché. C’est d’ailleurs parce qu’on – un de ces autres – m’a renvoyé à ce mot à cause de ma foi que j’eus envie de prendre ma machine à écrire pour m’en défendre. Finalement, je décidai d’aborder la question de façon plus large, car force est de constater que les comportements toxiques et sectaires sont légion, fruits d’un conformisme qui n’a plus que pour but de s’auto-convaincre de rester dans une certaine forme de médiocrité mentale et intellectuelle.

Un jugement du quotidien

Pour illustrer mon propos, je vais me saisir de quelques exemples issus de ma propre expérience. Non pas que je fasse de mon cas une généralité – puisque non conformiste par définition – mais parce que ces attitudes reviennent trop souvent pour n’être que des exceptions.

Il y a quinze ans, je suis devenu végétarien. Quasiment végan même, le militantisme en moins. Je ne cherchais pas à convaincre qui que ce soit du bien-fondé de ma démarche, mais simplement à vivre ma vie d’après mes valeurs. En effet, qui suis-je pour dire à l’autre ce qu’il doit faire ? Un autre qui n’a pas manqué, lui, de m’expliquer en quoi j’avais tort. Et ce, presque autant de fois qu’il y a eu de ces autres à prendre connaissance de mon régime alimentaire.

Pourquoi ? Parce que mon choix le renvoyait à une chose : le choix. Un choix réfléchi, qu’on soit d’accord ou non avec, et qui lui montre qu’il suit la norme sans se poser de question. Un choix qui l’attaque dans ce qu’il est, les neurosciences suggérant qu’une grande partie des gens construisent assez idiotement leur identité sur leurs opinions. Montrez les trous dans la raquette, et l’image que l’autre a de lui-même risque de s’effondrer s’il ne trouve pas quelques branches auxquelles se raccrocher.

Déjà, à l’époque, on m’a taxé de sectaire sans même que je ne brandisse de panneau militant. Peut-être aurais-je dû, mais pour en assommer quelques-uns, le poids de leur propre bêtise ne suffisant pas à les neutraliser.

Je repense aussi à cette fois, lorsque j’étais engagé dans un parti politique – bien trop modéré à mon goût désormais – dans lequel j’étais en charge de la communication au sein du bureau national des jeunes dudit parti. Quelle ne fut pas mon erreur le jour où je félicitai via Twitter l’initiative d’un opposant politique qui – en toute bonne foi – eut une lumineuse initiative. On exigea alors de moi la suppression de mon tweet, avec volée de bois vert en bonus : c’était l’opposant, il avait donc forcément tort ! Mais le pire eut lieu avant les élections présidentielles de 2017. Le leader du parti, un con qu’on appellera François B. par discrétion, nous intima la chose suivante : « Lâchez-vous sur Macron, ne faites rien d’irréversible avec Fillon ». Mot pour mot. Quelle ne fut pas ma surprise quand, deux mois plus tard, ce con retourna sa veste et jura allégeance à celui-là même qu’il vilipendait en off ! Je pris alors la décision de quitter le parti en question. D’un coup d’un seul, presque plus personne ne me connaissait. J’ai rencontré une situation similaire au sein de la Jeune Chambre Économique, dont je fus un membre dévoué pendant de longues années.

Et la religion, parlons-en. Véritable Nemesis de certains cons (ils se consoleront en se disant que celle-ci a aussi les siens), ce sujet semble exciter l’intolérance de certains autant qu’une nymphomane végétarienne en hiver devant la carotte d’un bonhomme de neige (dixit Kavanagh). L’autre cherche alors à se protéger, et prend ses distances avec celui dont les choix le pousseraient à prendre de la hauteur sur sa propre vie.

Lorsqu’un groupe ou une personne isole les individus dissidents de sa pensée, ou bien exclut ces derniers implicitement parce qu’ils refusent les petits jeux politiques et les compromis douteux, n’est-ce pas là une attitude sectaire ? Lorsqu’une personne vous reproche vos choix de vie pourtant sans conséquence sur sa propre existence, allant jusqu’à vous insulter, n’est-ce pas là une attitude toxique ?

Oui, insulter, car le con est pluriel et peut prendre de nombreux aspects différents. À ce stade, c’est même une forme de multiculturalisme !

Dernièrement, un membre de la famille de mon épouse lui a dit texto d’elle qu’elle était faible et manipulable, car elle a choisi d’être mère au foyer et parce qu’on s’apprête à avoir un cinquième enfant. Cette personne, un con modèle géant à n’en pas douter, a été jusqu’à dire que notre mode de vie – pourtant choisi librement avant même que nous ne devenions de vilains cathos tradis – était sectaire. L’histoire de la paille et de la poutre. J’ai alors répondu à cet individu dans une longue lettre, lui notifiant qu’il était à la fois obtus, toxique et sectaire. Des termes trop souvent employés par ceux-là même qui, faisant preuve d’une paresse intellectuelle sans commune mesure, jugent ceux qui vivent différemment d’eux, au-delà de leur propre compréhension.

Une attitude lourde de conséquences

Refuser de se soumettre à pareilles attitudes a autant de conséquences, si ce n’est davantage, qu’à l’époque où le conformisme avait encore du sens. Si les choses se limitaient à un simple excès de conseils faussement « bienveillants » parce que de toute évidence on commet une erreur, ou même une « simple » mise en ban, cela irait.

Mais une partie de ces autres – par miséricorde ou par esprit revanchard pour rassurer leurs propres fragilités – ne peut s’empêcher de partir en croisade contre ceux qu’ils jugent défaillants. Allant parfois jusqu’à mentir et appeler des partenaires d’affaires pour prévenir de la qualité d’infréquentable du marginal, le con ne recule parfois devant rien. Après tout, en bon chantre autoproclamé de la pensée unique, il a forcément raison. Des actions qui ne sont donc pas sans conséquence sur l’activité professionnelle d’une personne – ici, votre serviteur – et les finances du foyer. Orwell en a cauchemardé dans son livre 1984, les cons en ont fait une règle de vie pour les choses du quotidien.

Il y eut aussi cette fois où je subis une attaque christianophobe, par une immense conne – la connerie est inclusive, elle ne fait aucune différence – qui s’était crue intelligente en considérant que ma foi faisait de moi l’ennemi à abattre.

Omoiyari, un remède à la connerie

Car oui, être un con n’est pas une fatalité ! Mais pour cela, nous devons prendre la direction de l’archipel des cerisiers en fleurs : le Japon ! Les Japonais ont, dans leur culture, un concept que je me suis depuis longtemps approprié. Comme quoi, l’appropriation culturelle a du bon ! C’est l’omoiyari.

Il s’agit, dans l’idée, d’une forme d’empathie rationnelle. Chacun cherche d’abord à comprendre les besoins de l’autre sans qu’il n’ait à les exprimer. Une attitude qui suppose une capacité d’ouverture d’esprit, puisqu’il s’agit de se décentrer, d’accepter de remiser son ego de merde au placard pour tenter de voir le monde au travers des yeux de l’autre – qu’il soit con ou non, cette fois.

Cette empathie proactive nous pousse alors à comprendre et anticiper l’autre, tout en acceptant une certaine remise en question au cours de ce cheminement. Une attitude qui permettra au con honnête de renoncer à sa connerie pour devenir une meilleure version de lui-même, et au gros con de s’identifier clairement comme tel par son refus de ne pas être autre chose que ce qu’il reproche en réalité aux autres.

Sartre avait raison. L’enfer, c’est les autres, mais seulement lorsque chacun prétend savoir qui est l’autre sans même avoir cherché à le comprendre. L’omoiyari propose l’exact inverse : commencer par regarder le monde au travers des yeux d’autrui avant de prétendre le définir.

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René DROUIN

Auteur de fantasy industrielle et de SF, blogueur et créatif touche-à-tout. Je suis aussi catholique, designer graphique, papa et avec une pensée à contre-courant. Mi-ours, mi-panda et re-mi-ours derrière. Textes humains sans IA ajoutée.

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