Manifeste pour un nouveau courant artistique catholique

Par , Le 6 juin 2025 (Temps de lecture estimé : 13 min)

Ce manifeste expose la vision à l’origine du théomyriadisme, un courant artistique catholique, transmédia et pluridisciplinaire. Il s’adresse à celles et ceux qui veulent créer librement, dire Dieu sans forcément tomber dans prosélytisme, et embrasser la modernité sans faire dans la compromission.

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Clin d’œil assumé à “Le Voyageur au-dessus d’une mer de nuages” de Friedrich, ce visuel transpose le regard romantique sur la nature vers un regard théomyriadiste sur l’acte de créer.

En complément de ma page de présentation, je vous propose ici un manifeste expliquant ma démarche artistique, que j’aimerais voir rejointe par d’autres. Commençons toutefois par une brève présentation pour ceux qui ne me connaîtraient pas : dans le civil, comme on dit, je jongle entre le design graphique, la conception de sites web, la formation et l’ingénierie pédagogique. Je suis aussi catholique traditionaliste, père de quatre enfants, et je n’ai pas pour habitude de mâcher mes mots.

Ceux qui me connaissent l’ont compris depuis longtemps, ma production est particulièrement singulière. Si cela n’est en rien calculé, elle est toutefois aujourd’hui suffisamment construite et approfondie pour que je m’attarde à l’expliquer.  Ne vous méprenez pas, j’ai bien conscience de n’être qu’un créatif parmi tant d’autres. Mais nul besoin d’avoir le melon pour expliquer ce qui m’anime.

Depuis plus de deux décennies déjà, j’explore les mondes de l’imaginaire, oscillant entre science-fiction, fantasy, anticipation et consort. Ce site web a d’abord été un carnet de bord, un laboratoire d’idées où je partageais mes analyses, mes coups de sang, autant que mes expérimentations créatives. Aujourd’hui, il accompagne mon travail de créatif qui s’exprime de multiples façons, l’écriture en tête de pont, par l’exploration des thématiques qui me fascinent ou la simple envie de m’amuser. Autant de fils conducteurs qui se retrouvent au cœur de mon travail et traversent mes récits.

Un travail qui, bien que resté en grande partie confidentiel ou anonyme, totalise près de 700 000 mots en vingt ans. L’équivalent d’un auteur ayant publié une dizaine de romans, bien que je n’ai qu’un seul livre professionnel de publié à mon actif.

Quelle que soit la forme que prennent mes productions, il s’agit toujours d’une invitation à la réflexion. Les Arcanes d’Osmund vont plus loin encore, car au travers de cette épopée, il y a aussi le souhait de faire rêver et voyager.

Indépendance créative

On lira souvent qu’un tel est écrivain, qu’un tel autre est peintre. On entendra que celui-ci fait de la fantasy, celui-là du steampunk, ou de la science-fiction. Et puis qu’un autre contribue à tel sous-genre de tel courant. S’il est vrai que beaucoup s’épanouiront sur un ou deux créneaux en particulier, et qu’il est plus facile de se vendre quand les gens parviennent à nous catégoriser (retenez bien ce verbe), je me méfie des catégories figées qui, à mon sens, nous enferment plus qu’autre chose.

Pourquoi choisir quand on peut tout avoir ? J’aime peindre, dessiner, écrire, conter, bidouiller, réfléchir, expérimenter (du bricolage à la botanique, en passant par le modélisme et l’intelligence artificielle). J’aime écrire un essai d’exo-théologie, puis enchaîner sur une fan-fiction. J’aime être discret et solitaire autant que m’exprimer pour partager tout ça. J’aime m’affranchir des limites non par esprit de rébellion, mais parce que je m’en contrefous. C’est pourquoi mon univers, Osmund, ne saurait être résumé à un travail littéraire et à un genre. C’est aussi de l’image, du son, de la musique, un jeu, une Histoire.

Je vais vous révéler quelque chose : Osmund, ça vient du galicien, os mundos, c’est-à-dire les mondes en français. C’est dans son ADN depuis ses débuts, il s’agit d’une œuvre-monde. Une œuvre-monde qui s’épargne de chercher à correspondre à une attente en particulier, mais qui de surcroît multiplie les supports autant que les plateformes : une œuvre-monde transmédia.

C’est une approche qui a toujours été la mienne, avant même que je ne la conceptualise. En effectuant des recherches, j’ai d’ailleurs découvert que la dimension transmédia était courante aux USA, où elle a tendance à devenir la norme. Le monde littéraire français continue quant à lui d’entretenir cette image du livre comme objet unique et de l’auteur inaccessible, qui communique peu. Une vision élitiste de l’écriture qui ne participe en rien à encourager les talents anonymes.

Une approche holistique

Dans mon travail créatif pour Osmund, chaque élément, chaque production, vient servir l’univers. Par exemple, la solution que j’ai imaginée pour mieux me repérer sur ma carte pour travailler s’est transformée en un système de mesure propre à Osmund. L’usage de la musique et d’illustrations me permet d’appuyer ma pensée, alors que l’écrit ne suffit pas. Un autre exemple, le fait que les genres se croisent ne découle pas d’un désir de m’affranchir des catégories, mais parce que l’enchevêtrement logique des éléments que j’ai désiré intégrer à mon univers a rendu cet affranchissement nécessaire, pour la cohérence dudit univers. C’est ainsi que le steampunk et la SF, bien que cela se voit encore peu, se sont naturellement invités au rendez-vous d’une histoire qui mélangeait déjà les sous-genres de la fantasy.

Si cette volonté de cohérence totale peut paraître mégalomane, comme le suggère la professeure universitaire de littérature française Marie-Ève Thérenty, elle est pour moi une manière organique de vivre mon œuvre. Et si mon approche peut paraître atypique, elle est avant tout guidée par la passion et le désir de partager. Pas par besoin d’épater, car je pourrais bien n’avoir aucun public que je travaillerais quand même sur ce projet.

Valeurs et influences

Enfant des années 80 abreuvé massivement de pop culture, mes influences sont multiples. Car nous ne créons rien réellement par nous-mêmes, ne faisons que repenser, réimaginer, réinventer tout ce que les autres ont pu produire et qui nous a nourris. Nous le faisons au regard de nos ressentis, de notre expérience de vie, et de l’impact que ces influences ont les unes sur les autres en nous.

Depuis vingt ans que je travaille sur ce projet, j’ai alors eu le temps d’intérioriser ce qui m’a influencé et là aussi, sans m’occuper des limites. Pour commencer, le travail de Pierre Bordage – découvert quand j’étais adolescent – a eu un impact considérable. C’est en le lisant que je me suis un jour dit : « Je veux pouvoir écrire quelque chose qui fasse ressentir la même chose au lecteur ». Sans Pierre Bordage, il n’y aurait peut-être pas de René Drouin. Ensuite, il y a tout le reste : du Livre Dont Vous Êtes Le Héros aux jeux Elder Scrolls et à Donjon & Dragon, en passant par Trigun, Full Metal Alchemist, Star Wars ou encore Gunm. Bref, la liste est longue.

Mais il y a une influence qui a plus d’impact que toutes les autres : ma foi. En tant que catholique, il n’était pas envisageable de créer sans mettre Dieu dans la balance. Pas de façon grossière, mais avec subtilité, au travers des messages que je cherche à faire passer dans mes histoires, des valeurs qui animent mes protagonistes, des émotions que je souhaite faire ressentir, ou de certains aspects du lore d’Osmund. Ainsi le personnage de Maraë est-elle une allégorie de Sainte Marie, tandis que certaines factions antagonistes sont directement inspirées des ennemis de l’Église. Tout cela sans nier que les héros de mes histoires demeurent des hommes, et sont tout autant soumis au péché que les personnes de notre monde. Et là encore, cela se fait naturellement, je puise mon inspiration dans ce qui est à ma portée, sans avoir peur d’assumer ma foi ouvertement.

L’idée n’est pas de faire rentrer des idées ou des concepts au forceps pour servir un message politique ou faire du prosélytisme.

Ce qui me motive d’autant plus à écrire ainsi, c’est que les catholiques français ne se saisissent pas de ces territoires culturels et artistiques. Ils se focalisent sur ce qui ne va parler qu’à des convaincus, des gens auprès de qui assumer sa foi ne comporte que peu de risque. Ils relatent alors – avec un talent certain, je ne le remets pas en question – des histoires empreintes de nostalgie d’un passé révolu. Alors bien entendu, il en faut et il y a même un devoir de mémoire. Mais il faut aussi autre chose.

Car a contrario, certains catholiques américains ont compris qu’on pouvait aussi toucher les non-croyants et faire ainsi réfléchir les gens à des questions catholiques. Frank Miller, l’auteur de comics ayant repris le personnage de Dardevil en son temps, en a fait un catholique qui s’assume sans tomber dans le prosélytisme. « J’ai pensé que Daredevil devait être catholique parce que seul un catholique pouvait être à la fois avocat et justicier », avait-il dit lors d’une interview. Dans la dernière saison de la série sortie récemment, on entend même Matt Murdock prier Saint Yves, saint patron des avocats sans que cela ne soit expliqué. L’inspiration sert à nouveau l’univers de façon organique, tout en montrant ici quelque chose de Dieu.

Constats

Avant de poursuivre, il convient d’aborder les points suivants :

  • Beaucoup de créatifs s’enferment dans une catégorie (une discipline et un genre/courant/style/mouvement de la discipline concernée) par peur du regard d’autres artistes, par crainte de ne pas vendre ou bien de ne pas être retenus par une maison d’édition, ou tout simplement par convenance, alors que leurs idées n’ont probablement pas de frontières (Évidemment, chercher à évoluer dans un cadre restreint peut aussi être un choix artistique).
  • De même, par pression sociale ou par éducation, beaucoup d’artistes catholiques restent éloignés de la pop culture, parfois par crainte de la façon dont leur travail serait perçu autrement, de ne pas intéresser le public, par méconnaissance, ou par mépris.
  • L’image de l’auteur intouchable qui ne fait qu’une seule et unique chose est entretenue par les maisons d’édition. Elles veulent éviter d’avoir des auteurs trop indépendants, et n’ont pas le souhait que que ceux-ci s’intéressent à la dimension transmédia qui dépasse lesdites maisons, pas plus qu’à la communication. En effet, elles auraient moins d’emprise sur un auteur autonome ayant une large audience sur laquelle lui seul aurait la main. Il finirait par avoir assez de poids pour renégocier sa marge ou aller à la concurrence (Bien entendu, toutes les maisons d’édition n’agissent pas ainsi. Il y a des maisons spécialisées qui sont mues par un véritable objectif de réussite de leurs auteurs).
  • Le syndrome de l’imposteur qui anime – à tort – de nombreux auteurs et créatifs talentueux de tout bord est une pensée limitante. Ainsi beaucoup n’osent pas diversifier les supports au travers desquels ils s’expriment, ou explorer d’autres genres, car ils ne se sentent pas légitimes. Là où je veux en venir, c’est que si le doute et la remise en question peuvent être des moteurs de progression et de travail, ils peuvent aussi être des freins et entretiennent parfois inconsciemment une certaine forme de narcissisme.
  • Bien au contraire, je crois qu’il ne faut pas attendre de se sentir légitime pour réfléchir, créer, oser, en parler, s’exprimer, et ce, quel que soit le support, la méthode ou que sais-je encore. Dédé du PMU ne s’embête pas de telles considérations quand il émet un avis sur tout après trois pastis, et Betty de la compta ne fait pas mieux à la machine à café lors de sa pause beaucoup trop longue (Mes excuses à tous les Dédé et toutes les Betty qui ne sont pas dans ce cas là). Ce qui est important, c’est de rester humble face à son ignorance et honnête intellectuellement.

Ce sont ici des généralités qui ne concernent pas tous les artistes, bien sûr. Mais de façon globale, ce n’est finalement pas très heureux, tout ça. Non pas que la situation soit grave, mais cela me semble témoigner qu’il y a un immense potentiel très largement sous-exploité. Que ce soit d’un point de vue purement créatif, artistique, mais aussi et surtout, catholique.

Pour un nouveau courant artistique catholique

C’est de tout ça qu’est né le terme de théomyriadisme.

Vous pourrez faire toutes les recherches possibles, vous ne trouverez rien au sujet du théomyriadisme, pour la simple et bonne raison que j’ai désigné ce terme pour définir mon travail. Si je me fiche des cases existantes, j’avais toutefois besoin de poser une définition sur ma démarche. Par ailleurs, il m’est apparu que c’était indispensable afin que les gens puissent qualifier ladite démarche. Car c’est une démarche que je ne souhaite pas conserver jalousement, mais que je désire au contraire voir s’essaimer.

Le théomyriadisme est la jonction entre :

  • Theos, c’est-à-dire Dieu en grec
  • Myriade, qui désigne une très grande quantité de choses

Ce courant artistique se définit alors par les caractéristiques suivantes :

  • D’inspiration catholique, les œuvres s’inscrivant dans le théomyriadisme disent quelque chose de Dieu, que ce soit de façon directe ou en filigrane. C’est le theos du terme.
  • L’artiste se revendiquant de ce courant jongle nécessairement avec plusieurs disciplines artistiques. Il ne saurait se limiter à une seule.
  • Un artiste se revendiquant du théomyriadisme ne produit pas forcément des œuvres qui s’inscrivent dans ce courant. Il peut travailler sur plusieurs œuvres qui varient ensemble les supports et les genres, et qui prises individuellement se concentrent sur une discipline, un seul courant ou genre.
  • En revanche, toute œuvre théomyriadiste s’affranchit non seulement des disciplines, mais aussi et nécessairement, des courants artistiques, genres littéraires, mouvements de pensée, styles ou que sais-je encore, et ceci de façon naturelle afin de servir l’œuvre.
  • Un théomyriadiste se montre. C’est-à-dire qu’il n’a pas peur de communiquer, de partager son travail, d’en parler autour de lui et en ligne. Il va au-devant des gens. Cela ne l’empêche pas d’être solitaire s’il le souhaite, mais il ne cherche pas à cultiver le mystère ou l’anonymat autour de sa personne. Cette attitude se situe dans la continuité de l’annonce de l’Évangile. Ainsi le théomyriadiste utilise-t-il plusieurs canaux à sa disposition afin de se mettre au service de son ou ses œuvres, censées nous raconter quelque chose de Dieu.
  • Enfin, utiliser les nouvelles technologies ne saurait être excluant. Dans ce courant, l’intelligence artificielle est à mettre au rang des outils, de la même façon que le serait un clavier pour écrire, un site web (professionnel ; je vous vois dans le fond) pour promouvoir, un carnet pour prendre des notes, un pinceau pour peindre. Ce qui prévaut, c’est d’abord la vision de l’artiste.

Pour résumer simplement, le théomyriadisme : dit quelque chose de Dieu, ne cherche pas à s’en tenir à un seul genre, un style ou un courant, implique un travail pluridisciplinaire, est transmédia, et n’est pas technophobe.

En conclusion

Je me doute qu’une telle proposition sera perçue par certains catholiques comme trop progressiste, quand d’autres y verront une sorte de courant de seconde zone, trop éclectique pour être considéré avec respect. Or il n’est pas question ici de dogme, mais d’universalité, de liberté, de véhiculer nos valeurs et si vous lisez attentivement, aussi d’exigence.

Le théomyriadisme n’est pas une école, ni une doctrine ou une méthode. C’est une vision du monde : celle d’un artiste qui voit dans la multitude des pratiques le moyen de déployer toute sa créativité pour la mettre au service du divin. Créer, dans cette logique, c’est prier, transmettre, transformer. Et refuser de se taire.

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René DROUIN

Auteur de SF et de fantasy, blogueur et créatif touche-à-tout. Je suis aussi catholique, designer graphique, papa et avec une pensée à contre-courant. Mi-ours, mi-panda et re-mi-ours derrière. Textes humains sans IA ajoutée.

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