Bref, je suis passé sous Linux

Cela devait arriver un jour ou l’autre, voilà que j’ai fait une transition quasi complète sous Linux, à titre pro comme à titre perso. Mais quelle mouche l’a piqué ? Me direz-vous. Il s’agit de plusieurs mouches en fait. Je prends le temps d’expliquer pourquoi et comment, des fois que ça donnerait envie à d’autres de m’emboîter le pas.

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Pour les néophytes, Linux est un système d’exploitation, au même titre que Windows, Mac OS, iOS, Android et j’en passe. Il a la particularité d’être open source, c’est-à-dire que son code est en accès libre et que chacun peut s’approprier celui-ci, le modifier et proposer sa propre version des logiciels qui lui sont propres. Ou bien même sa propre version de Linux (aussi appelée une distribution). Ceci étant dit, pour ma part j’ai touché à Linux la première fois voilà désormais 14 ans. Déjà. J’étais au lycée à l’époque et l’un de mes profs nous avait calé, moi et un collègue, sur Knoppix pour nous occuper, car on avançait plus vite que les autres. C’est d’ailleurs à ce même prof (Coucou M. Pecci !) que je dois d’avoir appris les bases en HTML m’ayant permis de faire mon premier site Internet.

Inconvénients et avantages

Jusque là, j’avais toujours été réticent à passer sous Linux, que ce soit à usage professionnel ou personnel. Ma critique vient du fait que plusieurs logiciels dont je me sers n’ont pas d’équivalent aussi qualitatifs sous Linux. Ceux qu’on leur prêtent pour être des alternatives sont au mieux des aides de camp. À titre d’exemple, Photoshop trouve un homologue linuxien approximatif au travers de deux logiciels, GIMP et Krita, qu’il faut réapprendre pour aller aussi vite. Illustrator n’a aucun équivalent, tout juste un ersatz du nom d’Inkscape et je ne parle pas d’InDesign, de Sony Vegas, One Drive et j’en passe. Si pour un utilisateur lambda ça n’a pas d’importance, un utilisateur ayant une utilisation assez poussée de son ordinateur devra ramer quelques temps. En effet, il aura également à apprendre à bien maîtriser la ligne de commande pour réaliser des actions qui, sous Windows, nécessitent simplement de cliquer sur des boutons. On peut aussi avoir quelques surprises de non reconnaissance d’un matériel (c’est le cas de la carte Wifi de mon ordinateur portable).

Côté avantages, on dispose d’un système plus souple, plus sécurisé, une ergonomie beaucoup plus travaillée pour peu que vous optiez pour l’environnement Cinnamon. Pour parler en des termes simples, sous Linux vous ne vous contentez pas de choisir un thème graphique, vous avez le choix de l’environnement (contenant lui-même des thèmes graphiques) ce qui vous offre de multiples possibilités d’ergonomie. Et si jusqu’à il y a quelques années l’ergonomie était loin d’être le fer de lance de Linux, l’environnement Cinnamon est vraiment très bon à mon goût. Quand on a goûté à la puissance des environnements, je dois bien l’avouer, après une quinzaine de jours d’utilisation seulement le retour sous Windows est un peu raide. Autres avantages, la gestion de bureaux multiples, la facilité d’installation de certains logiciels (malgré la grande difficulté pour en installer d’autres), la faible quantité de ressources matérielles utilisées, pour ne parler que de ceux là.

Alors il y a bien une solution pour remédier à certains problèmes : le dual boot. Ca permet à l’utilisateur d’avoir le choix au démarrage de lancer le système d’exploitation de son choix, qu’il s’agisse de Linux, Windows ou autre. Ainsi, quand j’ai besoin de la suite Adobe, Sony Vegas ou Scenarii, je passe sous Windows le temps que j’en ai besoin. Si jongler d’un système à l’autre peut être perçu à raison comme une vraie contrainte, vous allez comprendre pourquoi je vois ça comme un maigre mal compte tenu du bénéfice que je tire de cette migration. Car je ne suis pas maso, si je suis passé de l’un à l’autre, c’est justement parce que certains arguments ont pesé lourd dans la balance.

Le déclic

On le sait, d’année en année nous sommes toujours plus pisté. Vous pensez que les moindre faits et gestes de votre navigation web sont épiés  ? Il n’en est rien, puisque c’est bien pire que ça. Au fil du temps j’ai appris que les géants du web (telles que Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft et consort) ne se contentent pas de nous proposer un service gratuit ou payant. Et si le célèbre adage nous dit que « quand c’est gratuit, c’est vous le produit », c’est désormais relégué au passé puisque même Windows 10 (que l’on achète) récolte et transmet une quantité d’informations au sujet de l’utilisation que vous faites de votre ordinateur, ainsi que sur son contenu. Idem pour Roomba, dont les aspirateurs robots cartographieront bientôt les maisons, données qui seront alors vendues à des annonceurs pour proposer des publicités plus adaptées. Voici un petit florilège des conséquences de l’exploitation de nos données personnelles, ainsi que de quelques dérives du numérique :

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Je vous laisse connecter entre eux tous ces articles. Gardez toutefois en tête qu’ils ne sont que de petits glaçons provenant du haut de la partie visible de l’iceberg. Ce qui a provoqué un électrochoc en moi, tandis que j’avais depuis longtemps connecté entre elles ces informations, c’est en premier lieu cet article que j’avais lu initialement par simple curiosité : Comment j’ai quitté Google et plaqué Microsoft. Plutôt qu’un long discours, je vous invite à le lire.

A celui-ci vous pouvez ajouter le visionnage, quelques jours plus tard, de l’excellent film The Circle. Sorti cette année 2017, avec en têtes d’affiche Tom Hanks et Emma Watson, le film est l’adaptation du roman éponyme de Dave Eggers, publié en 2013. L’entreprise The Circle et ses dirigeants semblent être une sorte de chimère, un amalgame, des géants du web actuel. Là où le film fait réfléchir, c’est que non seulement l’auteur avait anticipé l’apparition de certaines fonctionnalités déviantes, mais qu’aux travers de ma veille professionnelle j’en aperçois d’autres en approche. Cela m’amène alors à accorder une certaine crédibilité aux prédictions du film, qui tient plus de la prophétie que de la pédagogie. La bande annonce du film en dit déjà très long.

Bref, cette accumulation m’a fait réfléchir à comment je vois ma vie. Ai-je envie d’une vie facilitée par la technologie, au détriment de la discrétion de mes moments les plus intimes ou les plus ordinaires et de ce que je veux garder secret ? Car ne nous leurrons pas, tout ce qui est stocké en ligne est piratable, la sécurité zéro – surtout en informatique – n’existe pas. Ou préfèrerai-je quelque chose de simple, qui me fera probablement passer pour un spartiate croisé d’un vieux con hasbeen d’ici une décennie ? Vous l’aurez compris, c’est vers la seconde option que je me suis tourné. Comme je dis souvent, c’est parce que j’aime la technologie que je m’en méfie. Après tout, il s’agit de faire attention à l’usage que je fais de la technologie et non devenir un ermite vivant sans électricité dans une forêt. Il ne s’agit pas d’avoir quelque chose ou non à cacher, mais du respect de la vie privée. Le respect de pouvoir penser, lire, regarder, écouter, échanger et s’informer par soi-même, sans la fainéantise intellectuelle à laquelle nous pousse l’hyper-connectivité de nos vies. Le plaisir d’avoir des moments simples, tout ce qu’il y a de plus banal, qui n’appartiennent qu’à soit. Je ne veux pas que chaque battement de cœur, chaque clic de souris, le temps que je mets à lire un article, ce que j’écoute ou encore l’ordre dans lequel j’ouvre mes logiciels soient des statistiques dans les disques durs des géants du web.

Passage sous Linux

Vous avez lu jusque là et je ne vous ai pas encore perdu ? Félicitations ! Venons en alors à ce qui nous intéresse : ma transition vers Linux. Pour commencer, Linux n’est évidemment pas la réponse à tous ces problèmes évoqués précédemment : pour répondre à tous ceux-ci, cela va de l’usage que je fais de mon smartphone, à ce que je poste sur les réseaux sociaux, comment je protège ma navigation sur le web et… à changer de système d’exploitation. L’article précédemment cité documente parfaitement la façon dont traiter chacun de ces points. Passer sous Linux n’est alors qu’une étape afin de me passer de Windows et consort.

Tout d’abord, il s’agissait de bien choisir la distribution sur laquelle j’allais partir. Je souhaitais quelque chose de simple et dont le temps d’adaptation ne nuise pas (trop) à mon activité professionnelle. Personnellement, j’ai du mal avec la plupart des environnements natifs des distributions de Linux et les évolutions du gestionnaire de fichiers (l’explorateur de dossiers, si vous préférez). Car n’en déplaise au créateur de Linux, Linus Torvald, si « le desktop n’a pas été vraiment conquis« , c’est bien parce que l’ergonomie d’interface a mis du temps à être au rendez-vous : des fonctionnalités additionnelles, aussi intéressantes soient-elles, ne suffisent pas toujours à combler des manques. C’est l’un des points sur lesquels Linux Mint se démarque. Il y a bien la distribution Ubuntu qui est intéressante, mais il s’agit du fruit du travail d’une entreprise non exempt de quelques casseroles. J’ai donc installé Linux Mint en dual boot sur mon PC fixe et mon PC portable.

En parallèle, j’ai opté pour Xubuntu sur mon vieux netbook. Xubuntu est une distribution taillée pour les vieilles machines ayant peu de ressources matérielles. Si l’environnement laisse à désirer, il s’agissait avant tout de redonner vie à mon vieux coucou qui dormait dans une armoire. Ca me permettra d’en faire par la suite un media center connecté en réseau aux autres ordinateurs de la maison.

Alors comment ça se passe ?

L’installation de Linux Mint en elle-même est relativement simple :

  • Tout d’abord, il faut se rendre sur la page de téléchargement de Linux Mint et prendre la version adéquate.
  • Ensuite, il va s’agir de faire une clé bootable, c’est-à-dire une clé USB à partir de laquelle on va non seulement pouvoir tester Linux Mint sans l’installer, mais aussi lancer son installation. Pour ça, on va utiliser la petite application Rufus en suivant ce didacticiel. Si tout n’est pas clair, ce lien complémentaire donne quelques informations additionnelles.
  • Enfin, on laissera la clé USB connectée à l’ordinateur qu’on va redémarrer. Dans la plupart des cas, il démarrera à partir de la clé USB et non du disque dur. Dans le cas contraire, appuyer sur l’une des touches F* du clavier (différente d’une machine à l’autre) doit vous permettre de choisir sur quel périphérique démarrer.
  • Et à partir de là, vous pouvez suivre le tutoriel suivant pour la partie installation.

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Et voilà, Linux Mint est installé. Si tout se passe bien, cette première étape ne devrait pas prendre plus d’une demi-heure. C’est maintenant que ça va se corser, car il va falloir farfouiller un peu dans cet interface totalement nouvelle et y prendre de nouveaux repères. Et ce qu’on ne trouve pas via l’interface graphique, on va devoir chercher sur le web comment y avoir accès, que ce soit visuellement ou par le biais des lignes de commandes. Il va également falloir installer les logiciels et les ressources dont on va avoir. Voici la liste des logiciels correspondant à mes besoins et que j’ai installé. Si le gestionnaire de logiciels s’occupe de tout pour une grande partie des applications, certaines nécessitent qu’on touche un peu au terminal de commandes. Pour ceux-là, j’ai alors ajouté un lien vers la documentation concernée.

  • WPS Office (équivalent non libre à Microsoft Office, mais bien meilleur que Libre Office que j’ai désinstallé)
  • Krita (alternative à Photoshop, une université parisienne l’a d’ailleurs substitué totalement à Photoshop)
  • GIMP (pseudo-alternative à Photoshop, complète Krita)
  • Inkscape (ersatz d’Illustrator)
  • Filezilla (transfert FTP)
  • Firefox (déjà présent par défaut, mais important à préciser)
  • Chromium (équivalent open source de Chrome)
  • Rambox (équivalent de Franz)
  • Notepad qq (équivalent du Notepad++)
  • Poedit (traduction des fichiers de langues pour WordPress)
  • VLC
  • Audacity
  • Audacious (renaissance de Winamp, alternative à Windows Media Player)
  • Wine et PlayOnLinux (pour faire tourner certains logiciels Windows sous Linux, pas encore testé)

Ce peut être déroutant au début, mais on s’y fait assez rapidement. Enfin, voici quelques informations et astuces pour compléter et permettre à ceux qui seraient tentés de changer de crèmerie de s’en sortir. Mint étant un dérivé d’Ubuntu conçu par une équipe indépendante de ce dernier, c’est pour cette raison que beaucoup de conseils destinés à Ubuntu valent aussi pour Mint.

Ces liens sont issus de mes recherches afin de paramétrer correctement Linux sur mes postes, en fonction de ma propre utilisation. Si certains disposent d’autres ressources qui leur semblent utiles pour le néophyte, n’hésitez pas à m’envoyer un message afin que je mette à jour cette liste.

Et pour le reste ?

Comme dit plus haut, je me suis en grande partie basé sur l’article que je cite comme déclic pour sécuriser davantage ma vie privée. Je conserve toutefois mes boîte e-mail chez Gmail et consort pour le moment, je suis toujours présent sur les réseaux sociaux et je n’ai pas acheté de « brique d’Internet ». Mais j’ai appliqué la plupart des conseils donnés dans le dit article. C’est un début, d’autres mesures seront prises au fil du temps. Par exemple, je réfléchis à une alternative valable pour le système d’exploitation de mon téléphone, véritable espion de poche en puissance. Ou encore, afin de limiter mon utilisation des réseaux sociaux, j’ai installé le plug-in LeechBlock à Firefox. Grâce à ce plug-in, on peut décider de bloquer l’accès à un site Internet sous certaines conditions et pour une durée déterminée. Je me suis alors interdit plus de 4 minutes au total par tranche de trois heures, pour les réseaux sociaux auxquels je me connecte régulièrement. Vous n’imaginez pas le temps que j’ai retrouvé ! Il s’agit également d’être plus vigilant à ce que j’y poste. D’autant plus maintenant que ceux-ci sont devenus l’endroit idéal pour y subir procès populaires et lynchages publics dès qu’on sort des sentiers battus. Mais ça, c’est une autre histoire et ça sera pour un prochain article.

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Sébastien DROUIN

Consultant en communication, designer graphique, blogueur, formateur, chroniqueur radio RCF 22, catholic veggie, réac' et râleur positif. Mi-ours, mi-panda et re-mi-ours derrière.

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