“Vive le Hellfest !” : c’est un catho pratiquant qui le dit

Chaque année, au mois de Juin, la petite ville de Clisson accueille un des plus gros festival de metal en Europe : le Hellfest. Pourtant, celui-ci est loin de faire l’unanimité, souffrant alors de nombreuses idées reçues.

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Le metal, cette musique qui déchaîne les passions, que ce soit devant une scène ou chez les contestataires, fait parler de lui chaque année. Et chaque année, c’est la même chose : chrétiens de salons et metalleux s’affrontent, à coup de raccourcis d’un côté comme de l’autre.  L’avantage d’avoir été anti-clérical puis d’être devenu catholique, c’est d’être en mesure de faire une part des choses que ceux qui n’ont pas fait ce type de cheminement ne sont pas forcément en mesure de faire. Ainsi, bien avant ma rencontre avec Dieu, la musique metal a bercé mon adolescence et ma vie d’adulte. Et tandis qu’aujourd’hui je suis plutôt ce qu’on appellerait un catho tradi pratiquant, j’en écoute toujours avec plaisir. Cassons donc quelques idées reçues empreintes d’une ignorance crasse.

Le metalleux est violent, dépressif et aime la mort

Le metal emprunte beaucoup de codes liés à la mort ainsi que bien d’autres pour créer son atmosphère et son univers. Ainsi le metal est-il souvent associé au style gothique et ses variantes. Un style que j’ai moi-même arboré durant plusieurs années de ma vie d’ado et de jeune adulte jusqu’à il y a encore 7 ans. Rien à voir avec la dépression, ces codes sont surtout une façon de se démarquer, de trouver ses propres repères dans une société où ils semblent difficiles à trouver. Dans les faits, je n’ai jamais vu un débordement au Hellfest. Si on devait faire un concours du rassemblement le plus violent, cet événement serait au même niveau qu’une soirée entre amis, loin derrière les matchs de football de l’Euro.

Y-a-t-il des groupes violents ? Oui, comme dans n’importe quel genre musical. Prenez le rap, par exemple. D’ailleurs, je n’ai encore jamais vu une pancarte catho devant un concert de rap. Loin des clichés, ce sont surtout quelques groupes qui font parler d’eux pour leurs propos violent et haineux. Ils sont pourtant à distinguer du rap conscient et autres sous-genres, dont la rime ferait pâlir Victor Hugo.

Et pour appuyer en faveur du respect du vivant, il s’agit surtout de l’un des premiers (LE premier ?) festival à proposer des stands de restauration végétariens et véganes. Sea Shepherd y tient également un stand. Je me permets de rappeler à mes frères et sœurs catholiques qu’à Pâques, c’est vous qui mangez un bébé mouton zigouillé en sacrifice pour Christ alors que lui-même dit qu’étant agneau de Dieu sacrifié pour nous, cela ne sert plus à rien.

“Je désire la bonté et non des sacrifices d’animaux” (Matt, 9 : 13).

Le metal, c’est sexe, drogue et alcool

En fait, pas plus qu’ailleurs. Oui, le metalleux aime la bière et il y a peu de chance de trouver une bouteille de Ricard dans un festival de metal. Ce qui a construit de cliché vient essentiellement de certaines stars du metal qui, comme tant d’autres personnes ayant rencontré le succès, sont tombés dans tous les excès. Et côté sexe, pour ma part j’ai certainement vu plus de femmes semblant négliger leur vertu dans les émissions de télé-réalité ou en événements de la JCE qu’au Hellfest. Et que les catho se rassurent, ce n’est pas irréversible : le guitariste de Korn en est revenu après s’être converti au Christ, tout en continuant à toucher à sa gratte.

Le metal, c’est juste du bruit

Certains sous-genres du metal sont bruyants. Pourtant, ça ne représente qu’une petite partie de cette scène musicale puisqu’il existe une grande variété de sous-genres du metal : du metal symphonique au death metal en passant par le heavy ou le metal chrétien, il y en a pour tous les goûts. Oser me dire que Within Temptation ou Eluveitie c’est bruyant, c’est avoir les oreilles remplies de merde.

On monte d’un cran en restant dans l’audible avec Eluveitie :

Pour le bruit, regardez plutôt de ce côté…

Et là, vous comprenez enfin que le metal englobe des choses qui sont aussi différentes qu’un breton l’est d’un parisien (mes excuses auprès des parisiens).

Les metalleux sont satanistes

Ce cliché est cultivé par plusieurs groupes de metal eux-mêmes, se servant des iconographies du diable et religieuses pour leur marketing. Car ici, c’est essentiellement cela qu’est le diable : du marketing. Alors il y trouve sans doute sa place, mais certainement pas plus que dans certaines grosses entreprises dont l’idole est l’argent. Plutôt que de qualifier les metalleux de satanistes, on les qualifiera d’hédonistes, un élément fort dans la culture metal.

Alors effectivement, il se dit que le diable est dans les détails. Je suis le premier à apprécier cet énoncé et il y a peut-être un ou deux groupes réellement satanistes chaque année. Mais rappelons-nous qu’il ne faut pas avoir peur de parler du diable. La différence entre le Hellfest et le reste du monde, c’est qu’ici on cite son nom et on se moque de lui. Car bien loin d’être une adoration du diable, le Hellfest est surtout un moment où l’on se moque du cornu.

“Mais les metalleux font le signe du diable avec leur main” diront certains. C’est  le chanteur de Black Sabbath, Ronnie James Dio, qui a institué ce symbole en imitation au “peace and love” des hippies. Celui-ci tient ce signe de sa grand-mère qui l’utilisait pour repousser le malin. Donc quand vous voyez une foule en délire les mains cornues levées, dites-vous que le mauvais oeil est plutôt en train de se barrer en courant. Écoutez les paroles de Epica ou Korpiklaani : à part de grandes épopées pour le premier, ou de l’excès de boisson pour le second, vous ne trouverez pas une trace d’adoration du malin.

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Satan parodié dans le dessin animé South Park.

On ne va pas se mentir, l’aspect hédoniste du Hellfest le rend idolâtre. Mais cette idolâtrie est encore plus présente chez les passionnés inconditionnels de certaines séries et jeux vidéos, chez ces Apple-fans près à se marcher sur la tronche pour le dernier iPhone et j’en passe.  Cette idolâtrie doit surtout nous pousser à nous interroger sur notre société et sa perte de repères ainsi que sur la place que les chrétiens doivent prendre dans le monde, plutôt que devant l’entrée d’un festival.

“Si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui est à lui; mais parce que vous n’êtes pas du monde, et que je vous ai choisis du milieu du monde, à cause de cela le monde vous hait.” (Jean, 15 : 19)

Je l’ai déjà exprimé sur ce blog, les chrétiens ont une place à prendre dans notre société, car ils ont des réponses à apporter à celle-ci. On a jamais convaincu personne en lui tapant sur la tête. Préférons plutôt l’évangélisation à une pseudo-croisade barbare de Renaud de Châtillon.

Quid du Hellfest ?

Bien sur que tout n’est pas 100% sain au Hellfest, mais quel festival l’est ? Cet événement est sans doute de loin un de ceux avec le moins de problèmes (en France). Alors okay, il y a bien une scène parmi l’ensemble au dessus de laquelle un “666” géant en métal est accroché et le directeur du festival n’est pas un fan de la religion. Mais ceci étant, il faut distinguer les amateurs de musique métal, les adeptes de l’idolâtrie et les satanistes purs et durs. Dire de ce festival qu’il est sataniste, c’est dire du musulman qu’il est un terroriste, ou d’un prêtre que c’est un pédophile. C’est absurde et c’est faire insulte à son intelligence.

Enfin, refuser le dialogue et l’ouverture à l’autre, c’est faire insulte au Christ. Souvenez-vous du passage ou Jésus adresse la parole à la samaritaine au bord du puits, tandis qu’aucun juif ne l’aurait fait en ce temps. Qui aurait-il évangélisé s’il avait gardé sa parole pour lui ? Personne, c’est totalement ridicule, nous sommes bien d’accord.

“Un pharisien pria Jésus de manger avec lui. Jésus entra dans la maison du pharisien, et se mit à table.” (Luc, 7 : 36)

Et si les chrétiens ont pour mission d’évangéliser, qu’ils se rendent au Hellfest avec bienveillance ! Ils peuvent être certains qu’ils y seront bien reçus. Le metalleux n’est pas un bouffeur de catho

Bref, pas d’amalgame et surtout, vive le metal !

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Sébastien DROUIN

Consultant en communication, designer graphique, blogueur, formateur, chroniqueur radio, catholic veggie, zèbre et électron libre. Mi-ours, mi-panda et re-mi-ours derrière.

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