Les NFT financent-ils le néo-nazisme américain ?

Par , Le 18 juin 2022 (Temps de lecture estimé : 13 min)

Et si les NFT participaient au financement des néo-nazi américain ? Loin d’être une affabulation, ma théorie part des recherches d’un américain que je vous propose de découvrir en détail dans cet article.

Comme je l’ai déjà évoqué sur ce blog, je m’intéresse de près aux cryptomonnaies, dans lesquelles j’ai un peu investi. Et qui s’intéresse de près au sujet ne saurait passer à côté des NFT. Pour les néophytes du sujet, un bref rappel au travers de cette vidéo :

La question que soulève ce titre en fera sans doute bondir plus d’un. Et pourtant, si l’article va se focaliser sur quelque chose de bien précis, ma généralisation n’est pas faite au hasard, comme vous le comprendrez à la fin.

En début d’année, avec un ami nous avons commencé monter un business autour des NFT. Pas la création d’une énième collection de NFT. Cela aurait eu autant d’écho que le survivant d’un crash d’avion appelant à l’aide dans la cordillère des Andes. Non, non. À l’instar de ceux qui ont fait fortune à l’époque de la ruée vers l’or, il s’agissait plutôt de se mettre du côté des vendeurs de pelles. C’était sans compter le fait d’être coupés net dans notre élan au moment où nous sommes tombés sur cet article.

Le sujet me semblant d’une importance capitale, il m’a alors paru tout naturel d’en proposer ici une adaptation en français, corrigée et enrichie au passage. L’essentiel du travail de recherche revient toutefois à l’auteur de l’article en anglais sus-cité, Ryder Ripps, ainsi qu’à ses collègues.

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Pour qui s’intéresse aux NFT, les Bored Ape Yach Club (BAYC) ne sont plus à présenter. Sans même toucher aux NFT ni aux cryptos, vous les avez certainement croisés : des faces de singe avec différents accessoires. Et si je vous disais qu’il s’agit d’un des meilleurs coups que le néonazisme américain ait pu réaliser, afin de financer leurs actions et banaliser leurs idées ? Allez, c’est parti, direction le terrier du lapin blanc pour comprendre de quoi il en retourne.

BAYC, c’est une série de 10 000 dessins de singes anthropomorphiques vendus sous forme de NFT. Depuis le lancement du projet, en avril 2021, la valeur de cette série a atteint plus de 5 milliards de dollars (excusez du peu). Elle a également engendré de nombreux projets similaires (ces derniers faisant indirectement la promotion de l’original, on y reviendra). Les singes sont présentés avec diverses tenues, différents accessoires ou différentes expressions. Il n’y en a pas deux pareils. Pourtant, si vous êtes attentifs aux détails, vous remarquerez que la plupart des illustrations de cette collection intègrent des éléments à connotation raciale ou qui font référence à une certaine histoire militaire.

À commencer par l’utilisation même du singe. Ce premier point vous paraîtra sans doute capillotracté, mais le reste de l’article vous permettra de comprendre que ce choix n’est pas anodin. Le fait de dénigrer quelqu’un en le comparant à un singe n’est pas nouveau et remonte à plusieurs siècles. Aux USA, il y a même un mot pour ça : la simianisation. Vous l’aurez compris, c’est le fait de comparer des personnes de couleur noire à des singes. Il existe de nombreux exemples à travers l’histoire. La simianisation s’est également produite envers d’autres groupes raciaux ou ethniques tels que les Juifs, les Irlandais et les Asiatiques, mais elle est principalement utilisée contre les noirs. Mais alors quel rapport avec les BAYC ? À première vue, ces singes sont tout ce qu’il y a de plus innocent. Pourtant, plusieurs éléments indiquent qu’ils sont destinés à représenter les noirs et les asiatiques. Dans l’exemple ci-dessous, on retrouve la chaîne en or faisant référence au hip-hop, ou encore le bandeau kamikaze du Japon impérial fasciste (sur lequel on peut toutefois lire « bandeau de chef de sushi »). Ça vous paraît futile ? Attendez un peu de lire la suite.

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Ryder Ripps et bien d’autres ont remarqué ce problème de simianisation depuis un moment. D’ailleurs, une brève recherche sur Twitter permet de trouver des discussions datant des débuts du projet…

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C’est alors que Ryder Ripps et ses collègues ont commencé à creuser le sujet. Et autant vous dire qu’ils ne pensaient pas que ça allait aussi loin. Ni moi, d’ailleurs, sans quoi nous n’aurions pas stoppé net le développement de notre projet de business. Ainsi, Ryder Ripps et ses collègues ont trouvé de nombreux éléments accréditant la thèse que le groupe à l’origine de ces images intègre intentionnellement des références nazies depuis le début de son projet.

1/ En premiers lieux, le logo BAYC ressemble de près à l’emblème nazi Totenkopf, contenant même le même nombre de dents dans le crâne, 18, un nombre que l’ADL (une organisation antiraciste américaine) a identifié comme étant une référence à Adolf Hitler (1=A ; 8=H). Les logos ont également tous deux un bord irrégulier, ce qui demeure quelque chose de rare parmi les emblèmes circulaires (logos de hipsters mis à part).

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2/ BAYC a été lancé par une société appelée Yuga Labs. Or, le Kali Yuga est un élément populaire de l’idéologie moderne de cercles suprémacistes américains amateurs d’ésotérisme. De plus, Yuga Labs s’est efforcé de disséminer le nom du philosophe René Guénon. Ce dernier, amateur d’ésotérisme et surtout icône de ces cercles suprémacistes ésotériques, est aussi connu pour avoir apporté le Kali Yuga dans la pensée occidentale (à l’instar de Nietzsche qui ramena en occident et à la même époque une forme édulcorée et déspiritualisée du bouddhisme). Yuga Labs s’est alors amusé à cacher des références à René Guénon à l’intérieur d’un de leurs puzzles. Il est donc peu probable que leur nom soit une référence à l’antagoniste du jeu « A Link Between Worlds », comme l’affirment les dirigeants.

(Nota bene : il conviendra ne de pas salir injustement la mémoire de René Guénon. Bien que je ne peux faire l’apologie d’un esotériste et d’un progressiste, il est important de préciser que certains courants suprémacistes se sont approprié son oeuvre. Cela est lié au fait que Guénon se montrait très critique concernant la présence de nombreux penseurs juifs parmi les cercles intellectuels de son temps, trouvant cela incohérent compte tenu de leur héritage culturel. Pour autant, lui-même s’opposait ouvertement à l’antisémitisme et au racisme.)

mioursmipanda 5 yuga guenon3/ L’un des co-fondateurs de Yuga Labs se faisait surnommer Gargamel, le grand méchant dans la bande-dessinée des Schtroumpfs, avant de changer de nom récemment. Or, saviez-vous qu’il est à présent connu et admis que Gargamel est une représentation antisémite d’une personne juive ? Le nom de Gargamel est également un nom commun souvent utilisé sur le web pour désigner les juifs. Bonus : le vrai nom de ce Gargamel est Greg Solano, un écrivain qui a écrit une thèse au sujet de la fiction sur les nazis et qui ne cache pas sa sympathie pour Hans Reiter. Ce dernier était un officier SS et un médecin allemand ayant pratiqué des expériences sur les juifs. Voilà voilà.

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4/ Un autre co-fondateur, Emperor Tomato Ketchup, porte pour pseudonyme le titre d’un film de 1971. Ledit film présente des scènes d’un garçon en uniforme fasciste violant une mariée adulte. Le film original est d’ailleurs interdit aux États-Unis et dans plusieurs pays pour des raisons de pornographie juvénile.

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5/ Un troisième co-fondateur, surnommé Gordon Goner, dit qu’il a choisi ce pseudonyme parce qu’il sonne comme « Joey Ramone ». Ben voyons. En y regardant de plus près, on découvre que ce nom est l’anagramme de Drongo (Gordon) Negro (Goner). Drongo étant un mot de l’argot australien signifiant « stupide ». Gordon Goner signifie donc « stupide nègre ». Le vrai nom de Gordon Goners est Wylie Aronow. Il n’y a pas grand-chose à dire son sujet, puisqu’il n’y a quasiment rien en ligne le concernant.

6/ Enfin, le dernier co-fondateur se fait appeler SASS : la SA, ou Sturmabteilung, était la section d’assaut affiliée au parti nazi, tandis que la SS, ou Schutzstaffel, était la formation militaire principale du parti nazi. Ainsi, le nom SASS combine les noms des deux principales organisations militaires nazies.

mioursmipanda 8 sass7/ Leur  jeu vidéo, dont les personnages sont des bored ape, ainsi que la couverture de Rolling Stone Magazine à leur sujet, représente des rats avec de l’or, une autre association antisémite courante. De plus, leur jeu vidéo présente également des bananes arrangées pour ressembler à des croix gammées. Vous admettrez que ça commence à faire beaucoup pour se contenter de parler d’une simple paréidolie.

8/ Sur le site web de Yuga Labs, ils déclarent qu’une autre série NFT, The Hashmasks, avait été une grande source d’inspiration pour eux. Il faut savoir que Les Hashmasks ont été conçus par une société suisse, Suum Cuique Labs. Or, « suum cuique » est la traduction latine d’une expression allemande utilisée par les nazis à la porte du camp de concentration de Buchenwald. Cette phrase était également inscrite sur les casques prussiens, un accessoire récurrent au sein de la collection BAYC. Yuga Labs s’est à tel point inspiré de Suum Cuique Labs que même leurs conditions d’utilisation en sont tirées.

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9/ Les symboles, le contenu et l’attitude des images elles-mêmes sont une succession de référence à des memes néo-nazis, comme c’est le cas avec le casque prussien. Bon nombre de ces éléments peuvent être retrouvés sur le même de Pepe la grenouille, souvent détourné par des trolls racistes.

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10/ Dans une interview, le co-fondateur Gargamel  admet que rien dans la collection « n’est aléatoire », mais qu’il y a un sens crypté. Il fait d’ailleurs lui-même référence à la « théorie de l’iceberg ».

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Dans la même interview, Gargamel cite une citation de Ludwig Wittgenstein : « que l’inexprimable soit transmis de manière indicible ». Pour de simples dessins de singes, ça commence à faire épais. Quant aux autres significations, difficiles à dire. Les fondateurs n’ont pas donné d’explications et demeurent très évasifs. Quand on sait que certains courants racistes sont connus  pour cette tactique d’images cachées et d’insinuations, ça laisse songeur. Voir la citation complète de Gargamel :

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11/ Les projets Yuga Labs, « The Otherside » et Bored Ape Yacht Club, ont tous deux été officiellement lancés un 30 avril, date de la mort d’Hitler.

12/ Pour finir, le terrain virtuel dans Otherside détenu par l’un des co-fondateurs de BAYC, Emperor Tomato Ketchup, contient un personnage nommé Stone Hole Jackson. Celui-ci est une référence au général confédéré, Stonewall Jackson.

En quoi est-ce important ?

La très grande majorité des lecteurs de cet article conviendront que le nazisme n’a pas sa place dans quelque chose de grand public. C’est laisser le loup entrer dans la bergerie, en permettant à des symboles aux connotations absolument dégueulasses de s’immiscer de façon insidieuse dans un phénomène de pop culture. Mais alors quid du titre de cet article ? À chaque fois qu’un NFT est revendu, son propriétaire touche une commission dessus. En l’occurrence, 2,5 % qui vont tout droit dans la poche de Yuga Labs. Et l’énergie mise à créer quelque chose d’aussi abject laisse peu de doute quant à l’usage qui peut être fait de cet argent. Certains diront que les NFT sont un outil et que tous les NFT ne sont pas nazis. Oui, c’est vrai. Et moi-même j’ai déjà investi sur des projets de cryptomonnaies liés au NFT, dont certains n’ont rien à voir avec l’art. Sauf que BAYC n’est pas n’importe quel NFT… C’est une collection qui brasse plusieurs milliards de dollars et c’est certainement la plus réputée à ce jour. Toute personne qui s’intéresse aux NFT, sans connaître tout le passif que je viens de vous exposer, finira certainement par acheter un NFT de BAYC. C’est un passage quasi obligé, quand ce n’est pas carrément la porte d’entrée.

Ainsi, toute personne non avertie finira probablement un jour par acheter quelque chose qui viendra financer le néo-nazisme américain. C’est ainsi que toute collection artistique de NFT participe indirectement, le plus souvent sans le savoir, au financement du nazisme américain. Pire encore ! D’autres sociétés liées aux cryptomonnaies (non liées aux NFT) ayant investi dans Yuga Labs, les utiliser c’est donc à nouveau financer indirectement tout ce merdier.

Que pouvez-vous faire?

Avant de finir, rendons d’abord à César ce qui est à César : la plupart des informations contenues dans cet article ont été rassemblées par plus de 10 personnes : Ryder Ripps et ses collègues. Ils ont consacré un temps considérable à la compilation de tous ces éléments. En ce qui me concerne, je me suis contenté de les vérifier, parfois de les corriger et les compléter. Ajoutons à cela que Ryder Ripps est expert dans le domaine de la culture web, travaille dans le design et le web depuis plus de 15 ans et a de nombreuses références. Ce n’est donc pas un lapin de six semaines et tous les liens présents dans cet article vous permettront de vérifier aisément l’ensemble de ces allégations.

Ce que vous pouvez faire à présent, c’est faire passer le message, commenter les pages des influenceurs, en parler autour de vous, etc. Si vous parlez des NFT à quelqu’un, parlez systématiquement du problème que représente BAYC pour éviter qu’il ne tombe dans le panneau. Il n’y a qu’un mot pour qualifier ce qu’on fait les fondateurs de BAYC, en infiltrant insidieusement la pop culture avec des références haineuse, auprès d’un public inconscient : malfaisant.

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René DROUIN

Entrepreneur, blogueur curieux de tout, écrivain à mes heures perdues, catholique, crypto-enthusiast, THPI. Mi-ours, mi-panda et re-mi-ours derrière.

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