Ou dans sa forme entière “Comment, lors des temps de préparation de baptêmes des petits enfants, exprimer la paternité de Dieu aujourd’hui à des parents éloignés de l’Église qui vivent la parentalité humaine ?”
C’est le titre de mon mémoire de théologie, réalisé sous la direction de Père Olivier Gravouille. Je vous en ai déjà parlé sur le blog : durant deux ans, chaque mois j’assistais à une journée de la formation diocésaine d’évangélisation, qui s’appelle “Venez à ma suite”. Ce programme, qui s’étalait sur deux ans au travers de vingt journées, avait pour but de nous faire développer des compétences pluridisciplinaires en nous apportant des notions bibliques, théologiques, liturgiques, anthropologiques, historiques, pastoraux et j’en passe. À l’issue de ces deux années, on a eu la possibilité de passer un Certificat d’Étude Théologique, délivré par l’Université Catholique de l’Ouest.
C’est une possibilité dont j’ai saisi l’opportunité et pour laquelle il nous faut rendre un mémoire d’une dizaine de pages. Étant habitué à écrire comme je parle avec un style qui m’est propre, adopter un format plus universitaire n’a pas été simple au début. Aussi ne m’y suis-je mis qu’en Juillet dernier. Mais une fois dedans, on ne m’arrêtait plus, si bien que j’ai même trouvé compliqué de m’en tenir au nombre de pages qui nous était imposé.
Et du coup, maintenant que ce document est rendu, dans l’attente de mon oral l’année prochaine, je pense que c’est intéressant de le partager. Je ne prétends pas réinventer la roue, étant pour le moment un théologien débutant. Mais je suis convaincu que ma réflexion n’est pas dépourvue d’intérêt et qu’elle apportera quelques éléments de réflexion à certains.
Constat personnel et contexte de l’Église en France aujourd’hui
“Comment, lors des temps de préparation de baptêmes des petits enfants, exprimer la paternité de Dieu aujourd’hui à des parents éloignés de l’Église qui vivent la parentalité humaine ?” Ce questionnement trouve racine dans ma propre expérience de vie, lors de la préparation du baptême de mes enfants (en 2016, puis en 2018). Une chose me marque lors de ces temps de préparation : certaines personnes ont l’air de se sentir obligées d’assister à ces réunions. Elles restent focalisées sur leurs smartphones pour passer le temps ou affichent le fait qu’elles sont ici parce qu’il le faut. Ces attitudes de parents éloignés de l’Église, je les ai également retrouvées chez de nombreux proches : de tradition chrétienne, souvent non pratiquants, presque aussi souvent non croyants et parfois même dans le rejet de l’Église.
Et pourtant, ces gens décident de se tourner vers Dieu dans les premiers mois ou les premières années de vie de leur enfant. À un moment, ils conviennent donc qu’il est important de baptiser leur enfant, que ce soit par tradition ou parce qu’ils croient en Dieu. Et ce même s’ils semblent laisser peu de place à celui-ci dans leur vie.
Que dit l’Église au sujet du baptême des petits enfants ?
Le droit canon indique deux conditions à remplir pour qu’un enfant soit baptisé 1 : qu’il y ait un «espoir fondé que l’enfant sera éduqué dans la religion catholique» et que «les parents y consentent», ou «au moins l’un d’eux». Si cet espoir fait «totalement défaut» le baptême sera «différé», mais la réalité est souvent différente.
Que faire si des parents peu pratiquants demandent le baptême d’un enfant ?
Si l’Église ne semble rien dire sur ce point, nous pouvons penser que c’est parce que le droit canon cité précédemment se suffit à lui-même. Ainsi pouvons-nous supposer qu’il convient de sensibiliser les parents à certaines notions de catéchèse, tout en accueillant la démarche qu’ils entreprennent pour leurs enfants. Celle-ci ne saurait faire «totalement défaut», puisqu’elle traduit l’ouverture des parents, même minime, à la vie chrétienne.
Mgr Georges Soubrier, évêque émérite de Nantes, rappelle toutefois 2 que «On ne peut pas dire : On accueille et on verra bien ensuite. Il faut un espoir fondé de découverte de la foi.» Mais reconnaît aussi que «cette responsabilité travaille beaucoup de prêtres». Ainsi, dans la mesure où des parents demandent le baptême, souvent le prêtre y voit-il un espoir fondé.
Alors comment pouvons-nous profiter de ces temps de préparation de baptême des petits enfants pour transmettre quelque chose de la foi chrétienne aux parents éloignés de l’Église ? Ma réflexion va tourner autour de l’idée de mettre en parallèle la paternité de Dieu et la parentalité humaine.
Les parents éloignés de l’Église disposent-ils d’une vie spirituelle au travers de laquelle nous pouvons les toucher ?
Il convient de rappeler pourquoi l’Église baptise des bébés sans leur consentement : «Nul, s’il ne naît d’eau et d’Esprit, ne peut entrer dans le Royaume de Dieu» (Jn 3:5), mais aussi «Avant que l’homme ne fasse le choix de Dieu, Dieu le choisit» 3. Le baptême fait naître à une vie nouvelle et unit le baptisé à la mort et de la résurrection du Christ (Rm 6). Par le Christ, le baptême fait donc entrer le baptisé en relation avec Dieu (Mc 16, 16 ). Adulte, le baptême est un choix fait en connaissance de cause. Mais baptiser dès le plus jeune âge, c’est permettre à l’individu de recevoir sans attendre ce don de Dieu qui lui est destiné.
Derrière la démarche de faire baptiser son enfant, on trouve plusieurs raisons, parfois à visée spirituelle, d’autre fois pour des motifs plus pragmatiques. La première catégorie de parents à faire baptiser leur enfant est celle des chrétiens avec une pratique plus ou moins régulière. Ceux-là souhaitent faire entrer leur enfant dans la grande famille des chrétiens.
Qu’en est-il des autres ? Très souvent chrétiens de par leur propre baptême, mais sans pratique religieuse, voir sans croyance, on peut facilement supposer qu’ils souhaitent le baptême de leur enfant pour deux raisons distinctes. Je me suis alors permis alors, par soucis de synthèse, de classer ces attitudes en deux catégories (nommées très arbitrairement) :
Les pragmatiques
Ils souhaitent d’abord faire baptiser leur enfant pour des raisons purement factuelles : acheter la paix familiale ou par tradition. Faire baptiser leur enfant traduit à minima une absence de fermeture à la religion. Les questionnements existentiels de cette catégorie de personnes peuvent être absents comme variés, ce qui n’exclut pas une dimension spirituelle. On va toutefois pouvoir les détecter au cours des réunions de préparation.
Les spirituels
Ils envisagent, sans nécessairement s’en rendre compte, le baptême sous un angle New-Âge, y voyant une façon de faire en sorte que leur enfant soit protégé par Dieu. Si à travers cette recherche de protection on peut apercevoir aussi du pragmatisme, c’est d’abord une motivation spirituelle qui les anime. Ils ne saisissent souvent pas le sens du baptême, mais sont dans une démarche qui traduit une quête de sens et donc une ouverture à la spiritualité. Leur démarche spirituelle a alors pour but de «se rattacher avec ferveur à l’autre, au sens large du terme : que ce soit à Dieu (pour une connexion verticale, Ellison, 1983), à un proche, aux morts, à la nature ou à une cause (pour une connexion horizontale)» 4.
Pourquoi certaines personnes, bien que désireuses faire baptiser leurs enfants, sont-elles éloignées de l’Église ?
Pour comprendre cet éloignement, il est intéressant de se pencher sur le compte rendu d’une étude 5 menée par le diocèse allemand d’Essen, à l’ouest de l’Allemagne. Si la réalité de vie de nos frères en Christ d’outre-Rhin est certainement sensiblement différente de la notre, l’analyse qui en est faite devrait nous pousser à interroger notre propre situation.
Cette enquête a été réalisée auprès de 4 000 personnes. D’après Ulrich Riegel, professeur à l’université de Siegen et l’un des deux théologiens ayant dirigé l’étude, la première chose qui en ressort est l’éloignement de l’Église catholique elle-même, ainsi que le manque de lien :
«Derrière ces deux notions se cache le fait que l’Église est perçue comme une institution basée sur des intérêts de pouvoir et des manigances. Elle est jugée peu crédible alors que les messages et les comportements de certains représentants religieux divergents.»
Viennent seulement ensuite des éléments plus factuels, comme de «mauvaises expériences personnelles», ainsi que les positions de l’Église sur certains sujets (célibat des prêtres, image de la femme, homosexualité, pédophilie, etc.) sans «mener directement à un départ» 6.
Tobias Faix, théologien, codirigeant de l’étude et membre de l’institut de recherche Empirica, explique que l’éloignement de l’Église ou le départ d’un paroissien vient du fait que «plusieurs facteurs se combinent jusqu’au jour où on se dit : ça suffit».
On peut donc classer en deux catégories les raisons poussant à l’éloignement de l’Église :
- La raison principale est d’abord le besoin de contact (manque de lien) et de se sentir en accord avec les valeurs (éloignement de l’Église). Si l’on peut difficilement pousser les gens à se sentir proche de l’Église à cause des agissements de certains, nous pouvons toutefois entretenir le lien en assurant un suivi des paroissiens et en les invitant à s’impliquer dans la communauté.
- Le second facteur de départ est le cumul du point précédent à de mauvaises expériences personnelles et à certaines prises de position de l’Église. Ici, la remédiation proposée se trouve dans le dialogue, qui a une importance capitale afin de capter l’attention des gens. Nous pouvons ainsi leur permettre de comprendre le point de vue de l’Église en ramenant un sujet de questionnement aux raisons qui ont poussé à certaines prises de position.
Thomas Rünker, coauteur de cette étude, reste d’ailleurs positif 7 : «notre expérience locale nous amène à penser que même en cas de divergence d’opinions, le dialogue reste toujours possible. On peut très bien parvenir à discuter tout en gardant des points de vue opposés».
Quel parallèle entre l’amour de Dieu et l’amour des parents ?
Tandis que certaines personnes se sont donc éloignées de l’Église pour des raisons variées, il faut parvenir à les toucher dans leur réalité. J’ai alors choisi de faire le parallèle entre l’amour de Dieu et l’amour parental que les gens portent à leurs enfants. Nous verrons par la suite ce qu’en dit l’Église catholique. Un des facteurs ayant nourri ma problématique est mon propre rôle de père de deux jeunes enfants, qui me donne souvent un aperçu de l’amour du Père à notre égard. Il s’agirait alors de prendre en considération ce point commun entre Dieu et tout parent de futur baptisé (sans oublier que chaque parent est lui aussi enfant), pour susciter l’intérêt des parents et créer une ouverture. En voici quelques exemples, qui vont ensuite nourrir la suite de cette réflexion. Bien entendu, ces exemples se basent sur des généralités.
- Un parent a pour son enfant un amour immense, pour ne pas dire infini. On peut aisément imaginer que cet amour nous fait vivre seulement des prémices de l’amour divin que Dieu nous porte. «Dieu, en effet, a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, son unique, pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle» (Jn 3:16).
- Chaque pas que fait un enfant, chacune de ses avancées, est une joie pour ses parents qui s’émerveillent de le voir grandir. De la même façon, «Nous savons d’autre part que tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu» (Rm 8:28).
- Nous ne pouvons pas imposer notre avis à nos enfants, tout comme Dieu nous laisse libre de nos choix. Mais comme le Père céleste, nous sommes heureux de les voir emprunter le chemin de vie que nous souhaitions pour eux. «Il y a de la joie chez les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se convertit» (Lc 15:10).
- Tout parent dont les enfants ne s’entendent pas aspire à ce que ceux-ci fassent la paix et se pardonnent. De la même manière, Dieu attend que nous pardonnions (le pardon diffère de l’excuse) envers celui ou celle qui reste notre frère ou sœur en Christ. «Supportez-vous les uns les autres, et si l’un a un grief contre l’autre, pardonnez-vous mutuellement ; comme le Seigneur vous a pardonné, faites de même, vous aussi» (Col 3:13).
- Mais tout parent est lui aussi fils ou fille de quelqu’un. Il est ici question de la relation d’un enfant avec ses parents et de l’amour mutuel qu’ils se portent. «Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés ; demeurez dans mon amour. Si vous observez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, comme, en observant les commandements de mon Père, je demeure dans son amour.» (Jn 15:9-10).
Si tous ces exemples permettent de capter l’attention, il faut garder à l’esprit qu’il ne s’agit là que d’une ouverture. Il va ensuite falloir exploiter cette ouverture et aller plus en profondeur. Nous définirons plus loin quels aspects de la foi nous pouvons véhiculer au travers de ces éléments et ce que nous pouvons transmettre du credo.
Que dit l’Église catholique
Depuis le début de ce document, nous sommes donc partis des parents éloignés de l’Église pour aller vers leur désir du baptême de leur enfant, jusqu’au parallèle de leur amour avec celui de Dieu. Avant de réfléchir à ce que nous pouvons annoncer de la foi et du credo, il convient de nous assurer que nous ne nous fourvoyons pas au sujet de notre porte d’entrée qu’est ce fameux parallèle. À cet effet, voyons ce qu’en dit l’Église catholique.
Concernant l’amour de Dieu pour les hommes, celui-ci est bien l’image originelle de l’amour d’un père pour ses enfants. Le Catéchisme de l’Église catholique nous rappelle en effet ceci au sujet de notre filiation avec le Père céleste 8 :
- § 2639 : «l’Esprit se joint à notre esprit pour témoigner que nous sommes enfants de Dieu (cf. Rm 8, 16), il rend témoignage au Fils unique en qui nous sommes adoptés et par qui nous glorifions le Père.»
- § 2798 : «Nous pouvons invoquer Dieu comme “Père” parce que le Fils de Dieu fait homme nous l’a révélé, en qui, par le Baptême, nous sommes incorporés et adoptés en fils de Dieu».
Concernant l’amour que Dieu nous porte, le Catéchisme de l’Église catholique nous dit la chose suivante :
- § 1604 : «Dieu qui a créé l’homme par amour, l’a aussi appelé à l’amour, vocation fondamentale et innée de tout être humain. Car l’homme est créé à l’image et à la ressemblance du Dieu (cf. Gn 1, 27) qui est lui-même Amour (cf. 1 Jn 4, 8. 16). Dieu l’ayant créé homme et femme, leur amour mutuel devient une image de l’amour absolu et indéfectible dont Dieu aime l’homme».
L’amour parental, quant à lui, est reconnu dans le paragraphe suivant :
- § 2215 : «Le respect pour les parents (piété filiale) est fait de reconnaissance à l’égard de ceux qui, par le don de la vie, leur amour et leur travail, ont mis leurs enfants au monde et leur ont permis de grandir en taille, en sagesse et en grâce».
Nous avons désormais l’assurance que ces sujets ne souffrent d’aucune ambiguïté. Le Catéchisme de l’Église catholique est dans la continuité de ce que nous dit la Bible. Ceci est évidemment normal, mais il est important de constater que c’est suffisamment explicite pour ne laisser place à aucun risque d’incompréhension pour les acteurs pastoraux se saisissant de ce sujet.
Quels aspects de la foi sont plus facilement recevables par des gens éloignés de l’Église ?
Avoir utilisé le parallèle entre l’Amour de Dieu et l’amour parental a pour objectif de mettre les personnes en disposition d’accueillir différents aspects de la foi. Car suivre le Christ est un choix radical, dont l’absence de demi-mesure peut parfois faire peur. Il convient alors de se mettre au niveau des gens pour qu’ils comprennent qu’ils peuvent alors avancer dans leur foi à leur rythme. En effet, Dieu ne presse pas l’homme à le rejoindre puisqu’il le laisse disposer de sa liberté de choix. Le Catéchisme de l’Église catholique est d’ailleurs clair sur ce point :
- § 1731 : «La liberté est le pouvoir, enraciné dans la raison et la volonté, d’agir ou de ne pas agir, de faire ceci ou cela, de poser ainsi par soi-même des actions délibérées. Par le libre arbitre chacun dispose de soi.».
Commençons par évoquer une évidence : si l’on veut maintenir l’écoute obtenue des parents éloignés de l’Église et ne pas digresser, les sujets polémiques (PMA, GPA, avortement, fin de vie, mariage des prêtres, etc.) sont à éviter durant ces temps de rencontre. Sauf si, bien entendu, ces sujets sont abordés directement par un participant.
Un des quatre piliers de la foi chrétienne : l’Amour
Dans les Épîtres aux Éphésiens, Saint Paul résume la foi chrétienne à quatre piliers : la Vérité, l’Amour, l’Unité et la Sainteté. C’est donc sur l’Amour, puissant moteur pour tout être humain dans différents aspects de sa vie, que nous pouvons poursuivre une réflexion autour de la foi chrétienne. Dans ces épîtres, l’Amour n’y est pas dépeint comme un simple sentiment, mais comme un acte consenti, celui de l’acte d’aimer. «En toute humilité et douceur, avec patience, supportez-vous les uns les autres dans l’amour» (Eph 4:2).
«Dieu, en effet, a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, son unique, pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle» (Jn 3:16).
Faire parler les faits
Notre foi, c’est aussi de croire en la résurrection de Jésus. Ainsi – et je prends le risque d’être légèrement hors-sujet le temps d’un paragraphe – si aborder notre foi sur le versant de l’amour ne satisfait pas les septiques, on peut se baser sur les faits. Le livre «Jésus, l’enquête» 9 est une excellente base pour commencer. On y apprend, par exemple, qu’il y a cinq cents témoins de la résurrection du Christ, aux travers de neufs sources se trouvant dans et en dehors de la Bible. Ces sources sont historiquement authentifiées par des historiens et datent de quelques mois après la crucifixion du Christ.
Qu’est-ce qu’on transmet du credo par la même occasion ?
On ne saurait parler des aspects de la foi sans parler du credo. Parmi les symboles de la foi, ils s’en trouvent deux qui détiennent une place toute particulière dans la vie de l’Église :
- Le Symbole des apôtres, connu sous le nom de Credo, bien que le Symbole des apôtres soit avant tout un moyen de reconnaissance des chrétiens entre eux.
- Et le Symbole de Nicée-Constantinople, que l’on peut aussi considérer comme étant le Credo, celui-ci abordant d’ailleurs plus d’aspects de la foi chrétienne que le précédent.
Tout d’abord, il peut être précisé que les affirmations du symbole de Nicée-Constantinople sont partagées par les confessions chrétiennes majoritaires : le catholicisme, l’orthodoxie et la plupart des églises protestantes. Ce symbole s’affranchit donc des barrières entre les différentes confessions chrétiennes (tandis que le Symbole des apôtres est ignoré des orthodoxes). C’est un fait qu’il convient de rappeler et qui peut s’avérer rassurant pour certaines personnes qui seraient mal à l’aise avec l’Église catholique en particulier.
Si le Credo ne saurait souffrir d’aucune fragmentation volontaire, je propose toutefois de commencer par la transmission de ces quatre points aux parents éloignés de l’Église :
- «Je crois en un seul Dieu, le Père Tout-Puissant» : il y a des gens qui sont «catholiques sans être chrétiens» pour ainsi dire. Ces personnes voient seulement dans la religion un schéma de valeurs à transmettre. Il s’agit donc de souligner vers où se tourne notre foi.
- «Pour nous les hommes, et pour notre salut, Il descendit du ciel» : il s’agit de rappeler la raison pour laquelle Jésus est venu sur Terre. Il est venu pour nous, par amour, afin de nous sauver de nos fautes. Cet acte est la preuve de l’amour filiale que le Père nous porte. L’amour porté à nos enfants est un aperçu de l’Amour que Dieu éprouve de façon divine.
- «Il a pris chair de la Vierge Marie, et S’est fait homme. Crucifié pour nous sous Ponce Pilate» : c’est par amour qu’il s’est fait homme, a expérimenté notre décrépitude et a souffert la passion. Ce passage témoigne à son tour de cet Amour que Dieu nous porte. Cet amour doit aussi interpeller sur le martyr des croyants qui suivent la voie de Jésus.
- «Je crois en l’Esprit Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie; il procède du Père et du Fils» : ce passage permet de ne pas oublier la dimension trinitaire de Dieu, le rôle de l’Esprit Saint, et revient à la dimension filiale.
- «Je reconnais un seul baptême pour le pardon des péchés» : le baptême est la grâce que Dieu nous accorde, et qui nous fait entrer dans son acceptation de Lui dans notre vie. Parce que Jésus a porté la responsabilité de nos péchés sur la croix, ceux-ci sont pardonnés dès lors que nous acceptons l’Amour de Dieu et Son pardon. Nous revenons ainsi au sujet qui nous intéresse lors de ces temps de préparation, le baptême.
Comment donner le goût de tendre vers ces aspects de la foi ?
Avec tous les éléments que nous venons de voir, peut-être les animateurs d’une soirée de préparation auront-t-ils su créer une disponibilité chez certains des parents éloignés de l’Église. On ne peut évidemment pas forcer les gens à se mettre en chemin, mais ces temps d’échanges peuvent être le lieu où les équipes d’animation seront forces de proposition. Cela peut passer par plusieurs propositions :
Compiler des extraits de films
Pourquoi ne pas envisager de passer un montage vidéo de plusieurs extraits de films chrétiens, en plus des interviews habituelles ? Cela donnerait un côté plus dynamique et pourrait aussi susciter l’envie de voir ces films en entier a posteriori, et donc poursuivre la réflexion.
- Le film chrétien «Le Chemin du pardon» est une adaptation du roman chrétien «La Cabane» 10. Il exprime le sujet de la paternité de Dieu de nombreuses manières (6min04, 17min50, 45min40, 54min55, 59min25, 1h05, 1h17min30, 1h25min50, 1h42min35, 2h02h05). Nan, la femme du personnage principal, Mackenzie, appelle d’ailleurs Dieu «Papa». Ce terme est employé tout au long du film pour parler de Dieu et s’adresser à lui.
- Le film chrétien «Paul, Apôtre du Christ», qui retrace les derniers jours de Saint-Paul. Par analogie, le film donne quelques illustrations de ce que la paternité humaine donne à voir comme aperçu de l’amour de la paternité de Dieu (23min50, 45min40, 1h31min13).
Proposer un exercice
Afin de pousser les parents à réfléchir et trouver des réponses, on peut leur proposer, entre deux rencontres, d’effectuer une courte rédaction. Sur une page, l’idée serait de proposer une définition du baptême en se basant sur des supports. Ces supports peuvent être quelques documents qui pourraient leurs être fournis, ou des sources qui leur seraient indiquées.
Témoignage
Il serait intéressant d’envisager l’intervention d’un baptisé à l’âge adulte pour parler du sens du baptême. De part son cheminement, on peut supposer qu’il a su mettre sur sa foi des mots et un sens qui sauront toucher le cœur de personnes éloignées de l’Église, comme lui-même a pu l’être auparavant. Son témoignage permettrait d’ailleurs d’aborder le kérygme en filigrane.
Des échanges ouverts
En reprenant des idées évoquées par ces films, où à la suite de ceux-ci, l’idée serait d’organiser des échanges ouverts tout en accompagnant la réflexion des personnes. Cela nécessite toutefois un animateur pédagogue, ce qui me pousse alors vers une dernière proposition lors de ma conclusion.
Conclusion : points de vigilance et hypothèses de réflexion
Toucher le cœur des parents éloignés de l’Église est un sujet complexe. Il faut pouvoir amorcer une réflexion sans jamais qu’un des participants ne se sente heurté dans sa sensibilité. Même si la bienveillance semble naturelle pour ces temps d’échanges, il faut être vigilant à ne pas tomber dans le prosélytisme, ce qui risque de faire se fermer des participants.
De part mon expérience personnelle de ces rencontres, j’alerte aussi sur le danger d’un discours inaudible. En voulant faire trop de théologie ou de catéchèse, l’animateur peut rendre la réunion ennuyeuse sans s’en rendre compte. Tandis qu’il est parfois difficile de raccrocher un public dont nous avons conscience qu’il a perdu le fil, ça l’est d’autant plus si nous ne nous en rendons pas compte.
Peut-être pour les plus réfractaires, qui viendraient à poser des questions par défense plus que par curiosité, pouvons-nous aussi imaginer un petit guide ludique du type ««Guide des sujets polémiques : les bonnes raisons de l’Église de n’en faire qu’à sa tête». L’usage de ce guide ne serait d’ailleurs pas restreint à ces réunions.
L’élaboration d’un scénario pédagogique
C’est en tant que Formateur professionnel d’adultes que j’ai imaginé cette dernière, mais principale, proposition. L’idée serait de faire élaborer un vrai scénario pédagogique, comme pour une séance de formation, en veillant à utiliser les méthodes pédagogiques «actives».
Je parle bien de «faire élaborer», puisqu’il s’agirait d’un réel travail d’ingénierie de formation par un Formateur professionnel d’adultes ou un ingénieur de formation : concevoir un scénario pédagogique qui tiennent compte du fait que les animateurs sont des bénévoles parfois peut formés, s’adressant à un public particulièrement hétérogène, avec pour objectif d’amorcer une réflexion chez participants les plus éloignés de l’Église.
Les méthodes actives, que je cite plus haut, s’appuient sur le constructivisme, mouvement issu des travaux de Jean Piaget, psychologue du siècle dernier. Ces méthodes permettraient ainsi aux participants de construire eux-mêmes leurs connaissances et leur réflexion sur le baptême. Elles permettraient aussi de prendre conscience de la paternité de Dieu, grâce au parallèle avec la paternité humaine. L’animateur devient alors un facilitateur, guidant les participants dans le déroulement d’une réflexion les faisant cheminer d’un point A vers un point B.
Il conviendra ensuite de réfléchir à après le baptême, pour définir comment poursuivre l’accompagnement spirituel des personnes s’étant ouvertes au cours de cette préparation.
«Former, c’est faire le deuil d’apprendre quelque chose à quelqu’un ; il n’y a que «quelqu’un» qui puisse apprendre quelque chose».
— Jean-Claude DOUCET, ancien directeur de centre Afpa
Bibliographie
- Citations bibliques : (2011). La Bible (Collection Traduction œcuménique de la Bible). France : Les éditions du Cerf.
- Église latine, Aubé.H, Caparros.E. (2007). Code de droit canonique – Edition bilingue et annotée – Wilson & Lafleur
- (2009). Le refus d’un baptême secoue le diocèse de Nantes. Récupéré le 15 Juillet 2018, de : https://www.la-croix.com/Religion/Actualite/Le-refus-d-un-bapteme-secoue-le-diocese-de-Nantes-_NG_-2009-02-24-531756
- Pourquoi baptiser des bébés ? Récupéré le 29 Juillet 2018 de : https://www.saintleuparis.catholique.fr/spip.php?article420
- Rivière.C (1997). Socio-anthropologie des religions, Paris, France : Armand Colin
- (2017) Allemagne, pourquoi les catholiques quittent l’Eglise ? Récupéré le 5 Août 2018, de : https://www.la-croix.com/Religion/Actualite/Le-refus-d-un-bapteme-secoue-le-diocese-de-Nantes-_NG_-2009-02-24-531756
- (2017) Allemagne, pourquoi les catholiques quittent l’Eglise ?Récupéré le 5 Août 2018, de : https://www.la-croix.com/Religion/Actualite/Le-refus-d-un-bapteme-secoue-le-diocese-de-Nantes-_NG_-2009-02-24-531756
- (2018) L’Église catholique ne peut se préoccuper uniquement des fidèles qui fréquentent la messe. Récupéré le 5 Août 2018, de : https://protestinter.ch/201802208825/8825-l-eglise-ne-peut-se-preoccuper-uniquement-des-fideles-qui-frequentent-le-culte.html
- Collectif (1997). Catéchisme de l’Église catholique (Collection Textes du Magistère). Vatican : Desclé – Mame / Pocket.
- Strobel, L. (2018). Jésus / l’enquête. Nîmes, France : Vida éditions.
- Young, W.P. (2009). La Cabane. Paris, France : Éditions Trédaniel.
