Diagnostiqué haut potentiel à l’âge adulte : au seuil d’un changement de vie

Douance, haut potentiel intellectuel, précocité… Des termes qui traduisent non pas de super-pouvoirs, mais de la réalité du quotidien de beaucoup de gens. Loin des clichés, prendre conscience de sa douance à l’âge adulte peut être un vrai bouleversement.

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Voilà plusieurs mois que je dis ici et là que j’écrirai bientôt un article sur mon diagnostic concernant le syndrome d’Asperger. Et bien le voici enfin et il ne parlera pas tellement d’Asperger, mais de la douance. Il sera long, d’un seul bloc, alors ami lecteur, prends les dispositions qu’il faut : va te chercher un café et installe-toi confortablement au fond de ton fauteuil. C’est bon ? Alors on est parti. Depuis quelques mois, mon visage a commencé à changer. Certains jours, j’ai même du mal à me reconnaître dans le miroir. Ce n’est pas le “moi” de d’habitude, de toujours, que j’ai en face de moi. Non, cette image est là différente. Loin d’être problématique, c’est même plutôt positif : c’est une image plus apaisée, plus douce, moins forte tête. En fait c’est assez cool, car depuis quelque temps, je découvre qui je suis censé être, qui je suis réellement. En quelques mois, beaucoup de choses ont changées et ça se voit : mes goûts, mon caractère, quelque peu mon look, la décoration de mon bureau et aussi un peu celle de la maison. Parfois, ces changements ont même été assez radicaux. Je me mets même à écouter du jazz.

Le lien avec le sujet de cet article ? Il est direct : c’est lié à ma prise de conscience concernant le fait que je suis ce qu’on appelle un haut potentiel intellectuel. Ca concernerait 2,2% de la population environ. Suite à cette confirmation médicale de ce que je supposais depuis longtemps, j’ai entrepris une thérapie avec une psychologue qui connaît bien le sujet. Non pas que je me sentais particulièrement mal dans ma peau, c’est pour mieux relire ma vie au regard de cette nouvelle donnée. Un psy, c’est un peu comme un bordel : on sait pourquoi on y va, on ne sait jamais avec quoi on en sort (sauf que le bordel, ce qu’on en sort ça s’appelle une MST). Dans mon cas, cette relecture est salvatrice, car elle permet de déterrer le meilleur de moi-même que la vie avait enfoui sous les décombres des mûrs, que chacun érige en lui-même au fil du temps. Mais pour en parler plus en détails, quelques précisions et un retour en arrière.

Pourquoi cet article ?

D’une, parce que j’ai besoin de formaliser ma pensée. C’est d’ailleurs une des raisons d’être de mes blogs : m’aider à organiser mes idées, les écrire pour mieux les retenir. J’ai ce qu’on appelle une mémoire kinesthésique. Si vous me voyez dessiner en réunion, ce n’est pas parce que je ne vous écoute pas, mais au contraire, justement pour mieux retenir ce que vous avez à dire. C’est pour ça que dans cet article, je me livre, entier. Ce que je vais écrire n’est même pas sujet à discussion en fait. Et puis je me dis, peut être que ça peut être utile. Peut-être que certains se retrouveront dedans, ou que ça aidera des pères, des mères, des profs, des conjoints, à mieux comprendre une personne de leur entourage. Bref, à l’arrivée, j’espère que cet article aidera des personnes “comme moi” à mieux vivre leur douance.

Car n’allez pas croire que c’est une sinécure ! Comme le disait Monk, au sujet de ses capacités de détective, on pourrait dire que “c’est à la fois un don et une malédiction”. Je préfère parler de bénédiction difficile à vivre. Bref, cet article est aussi la façon pour moi de rendre la pareille, comme ont pu le faire les nombreuses personnes dont j’ai pu lire ou écouter des témoignages qui m’ont aidé. Enfin, ceci n’est que mon témoignage. Il n’y a pas qu’un seul type de douance. Chaque haut potentiel a ses spécificités propres, mais on rencontre souvent les mêmes obstacles dès qu’il s’agit d’être compris.

Le cerveau d’Hugo

Il y a de ça quatre ou cinq ans, ma femme (psychologue de métier) me demande si un soir on peut regarder un documentaire-fiction sur l’autisme plutôt que notre petit film habituel. C’est un sujet qui a toujours piqué ma curiosité, alors je me dis pourquoi pas. Le film s’appelle le cerveau d’Hugo. Pour reprendre Wikipédia, “il croise des témoignages d’authentiques autistes avec une fiction retraçant la vie d’un autiste, Hugo, depuis l’enfance jusqu’à l’âge adulte, en dépeignant les difficultés qu’il rencontre ainsi que son entourage”.

Le film permet de mieux comprendre ce qu’est l’autisme, bien qu’on ait encore beaucoup à découvrir au sujet de cette différence. Car il ne s’agit pas d’une maladie en tant que telle, mais de quelque chose, d’un câblage différent, qui met en situation de handicap. J’y découvre alors, au fil des témoignages, le syndrome d’Asperger. Il s’agit d’une forme d’autisme, qui peut parfois passer inaperçu de l’extérieur ou ne laisser apparaître que quelques attitudes étranges. Et ces témoignages m’interpellent, je me retrouve dedans, parfois même énormément. Le film se termine et je m’en tiens là.

Différent

Mais je ne suis pas de ceux qui laissent traîner les choses sous le tapis. Tout ça tourne dans ma tête, je rumine, je réfléchis, je me documente. Car depuis toujours en fait, j’ai toujours su que j’étais différent. Pour ceux qui me connaissent, ce n’est pas une surprise. Ni pour plusieurs de ceux qui me suivent sur le web. J’ai parfaitement conscience qu’on me colle souvent l’étiquette du type bizarre, un brin marginal, avec parfois une considération à mi-chemin entre la fascination, la circonspection et l’incompréhension. “Oh, c’est Seb quoi”. Parfois même un mépris inconscient. Au début du collège, je m’étais même demandé si en fait je n’étais pas handicapé, mais que tout le monde avait pour ordre de me le cacher. C’est vous dire… Non, en fait, c’est simplement que tout le monde me trouvait différent, mais personne ne s’était demandé pourquoi.

Différent parce que des centres d’intérêts aux antipodes de ceux des autres. Quand j’étais tout gosse, je m’intéressais à la philosophie, à l’astronomie, à l’Égypte antique, l’archéologie, la paléontologie, l’Histoire de France et j’en passe. Face aux enfants puis adolescents qui parlaient football, voitures, jeux vidéos et autres futilités, forcément ça ne matchait pas des masses. Je leur préférai la compagnie des adultes, bien plus intéressante. Aujourd’hui encore, mes centres d’intérêts sont assez marginaux. Dernièrement, je me suis délecté à me farcir la compréhension du déroulé de la généalogie de la famille Royale française depuis les Capétiens (Maison de Bourbon). Certainement le genre de truc dont la plupart des gens se fichent royalement (ah ah).

Différent parce qu’une mémoire hors norme : si ma mémoire de travail a quelques lacunes, j’ai une mémoire à long terme digne d’un disque dur. Comme si tout était compressé et archivé. Mes plus vieux souvenirs sont tout simplement aussi vieux que moi. Je n’accède pas forcément à tout sur demande, mais le moindre événement, une odeur, un son, une image, ravive souvent des souvenirs parfois très vieux et avec beaucoup de détails.

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Différent, parce que mon fonctionnement n’est pas celui de tout le monde. Des difficultés à comprendre certaines convenances sociales, que je juge futiles voir totalement débiles. Une facilité à comprendre certaines choses, mais sans être toujours capable d’expliquer le déroulé de la pensée : je prends connaissance des données puis je sais, c’est tout. Une capacité à comprendre, donc, qui me fait souvent passer pour un affabulateur : “comment tu peux savoir ça “? “Tu as lu ça où ” ? “Impossible que tu aies pu le comprendre tout seul” ! “Oh toi, de toutes façons tu sais toujours tout”. Autant dire que quand on vous rabâche ça dès tout petit, ça aide pas à construire l’estime de soi, encore moins à en avoir pour les autres. Le problème, c’est que ça finit quasi-systématiquement par un bien lancé “Je vous l’avais dit”. Si cette petite phrase a permis à ma confiance en moi, par le passé, à se raccrocher aux branches, elle est aussi souvent synonyme de colère. Car quand je la disais, c’est qu’il était souvent trop tard, parce que justement on ne m’avait pas cru. Si on m’avait écouté, telle ou telle situation aurait été évitée. Rageant. Aujourd’hui ? Je ne dis plus rien. Les gens n’écoutent pas de toute façon. Je les laisse se prendre leurs murs et je les aide après (tandis qu’ils sont moins disposés à être aidés par celui qui vient de leur rappeler qu’ils viennent de foirer).

Mais aussi différent parce que longtemps incapable de m’intégrer socialement. Une sorte de rigidité qui fait que sans motivation spécifique, m’intégrer à un groupe reviendrait à mettre un macchabée au milieu d’une fête. Autant dire que ça peut créer une certaine gêne. Aujourd’hui encore, certaines convenances sociales me sont difficiles à comprendre ou à repérer. J’ai aussi appris à en mimer d’autres que j’ai fini par comprendre, mais qui ne sont pas naturelles pour moi.

Différent car dans ma bulle : commencer des phrases sans les finir (et inversement), passer d’un sujet à l’autre tellement vite ou d’une façon qui n’a de logique que pour moi-même, porter mon attention sur la compréhension de choses et l’observation de détails qui semblent totalement inutiles au reste des gens. Passionné de tout, jamais spécialiste de quoique ce soit, tout nouveau centre d’intérêt l’est le plus souvent de façon éphémère, soit après que j’en eu fait un tour d’horizon, soit après l’avoir vidé de sa substantifique moelle.

Différent car empathique. Une véritable éponge à émotions. Ado, on ressent déjà tout de façon décuplée, dans mon cas je ressentais aussi ce que les autres pouvaient éprouver. Rien de magique là dedans, c’est une sorte d’hypersensibilité qui rend les relations sociales difficiles car épuisantes : en un éclair, on sait tout de suite ce que ressent l’autre, quelques heures avec suffisent à comprendre parfois pourquoi et comment.  Sans doute très utile quand on veut devenir assistante sociale ou psychologue, c’est un calvaire quand on est ado : personne n’est en mesure de le comprendre ou de l’expliquer.

Différent car hyperactif dans ma tête : prenez un lapin Duracell, mettez-lui une pile au nucléaire, mais laissez le ressentir quand même la fatigue de sa propre activité. La plupart du temps, cinq heures de sommeil par nuit me suffisent. J’ai bien évidemment appris à m’écouter depuis. Ca ne veut pas dire que je carbure moins, mais disons que j’ai réussi à trouver le bouton “pause”. Penser à mille choses à la fois, passer d’une idée à l’autre et connecter naturellement tout ça ensemble fait partie de mon quotidien. Plus concrètement, quand j’étais gosse puis ado, ça signifiait que je pouvais souler les gens assez vite sans m’en rendre compte. Ma femme dirait sans doute que c’est parfois encore le cas.

Différent car solitaire : quelle meilleure compagnie que celle de la seule personne qui semble comprendre ce qui se passe en vous ? Alors quand cette personne, c’est vous même, on est un peu coincé. Ca a un peu changé au lycée, où j’ai eu le bonheur de rencontrer d’autres aliens de mon type. Mais malgré les années, j’apprécie chaque jour des temps durant lesquels je suis seul, qui me permettent de me ressourcer et de faire le silence en moi. C’est même vital.

Une différence qui m’aura coûté de vivre le harcèlement scolaire pendant plusieurs années. Bref, pas simple.

Vers le diagnostic

Début 2016, je me dis qu’il est temps de sauter le pas. Je ne suis pas psychiatre et me confronter à un diagnostic, quel qu’en soit la réponse, me permettra d’avancer. Je décide alors de m’inscrire sur la liste d’attente du Centre Ressource Autisme Bretagne, communément appelé CRA. Des gens absolument géniaux, vraiment (je précise que ce n’est pas ironique). Il y a un CRA dans chaque région. Par bonheur, je n’ai eu qu’un an d’attente dans mon cas. L’attente se comprend, car les enfants sont prioritaires et c’est bien normal. Le but de ma démarche, c’était de confirmer ou d’infirmer le fait d’être sujet au syndrome d’Asperger ou non. Mais surtout, dans le cas d’un résultat négatif, d’avoir un début de réponse me permettant de poursuivre cette compréhension de moi-même. Dans l’attente de ce diagnostic, je lis un paquet de choses sur le sujet. Plus je me documente, trouve des tests en lignes, des témoignages, et plus j’ai de forts doutes en faveur d’Asperger.

Mais encore une fois, je garde en tête que s’il y a un diagnostic médical, c’est parce qu’il y a des connaissances dont je ne dispose pas et que c’est un métier. Je découvre aussi, par la même occasion, que ce syndrome est souvent associé à un haut potentiel intellectuel, que le diagnostic évalue aussi la présence ou non de celui-ci et le mesure le cas échéant. Ma curiosité est d’autant plus piquée, car je suspecte ma douance depuis longtemps. Mais à l’époque, j’ai toujours pensé que ça se limitait à gamberger un peu plus vite que les autres, rien de plus.

Puis dans le courant de l’été 2016, une consœur avec qui j’ai de bons échanges sur le web me fait parvenir une vidéo d’une conférence Mensa sur les hauts potentiels intellectuels. Cette vidéo :

Autant dire que ça a été une révélation. Cette vidéo, je l’ai depuis revu peut-être bien six ou sept fois. C’est là que j’ai compris une part de mon identité, mais avant de m’emballer je voulais en être certains. Ce que je voulais, c’est la vérité, un diagnostic médical qui me dise : “la bonne direction, c’est par là” et je me fichais du sens de celle-ci. Il me fallait juste une feuille de route. L’approche de mon diagnostic se faisait alors d’autant plus pressante que je compris qu’il aurait des conséquences importantes sur ma vie.

Février 2017 voit venir le moment fatidique, le premier rendez-vous qui marque le démarrage de mon diagnostic pour le syndrome d’Asperger. Ce premier rendez-vous se fait en présence de ma mère, une obligation afin que le pédopsychiatre puisse lui poser des questions. Dès la fin du rendez-vous, sans pour autant être affirmatif, il pense qu’il n’y a pas de syndrome d’Asperger, mais que je suis probablement HPI ou THPI, ainsi que sujet à divers troubles. En gros, tout ça formerait un joyeux mélange qui expliquerait mon hypothèse tout à fait sensée d’un éventuel syndrome d’Asperger, alors que ça ne serait pas le cas.

S’en suit un deuxième rendez-vous, avec une neuropsychologue, au cours duquel je réalise un test de QI (WAIS-IV), ainsi qu’un bilan neuropsychologique. Les échanges avec la psychologue sont très riches. À ce stade, je n’envisageais pourtant rien après avoir reçu une réponse à mon diagnostic. En gros, je me disais que je composerai avec la réponse et pourrai enfin tourner la page. Mais finalement, ce rendez-vous me fait comprendre des éléments intéressants d’un fonctionnement qui m’est propre. C’est comme une porte que la neuropsychologue entre-ouvre et dont l’entrebâillement me laisse apercevoir qu’il y a quelque chose à aller chercher, à gratter. Ca marine dans ma tête quelques semaines, me permet de comprendre pas mal de choses, jusqu’au troisième rendez-vous. Celui-ci se déroule en présence d’une autre psychologue du CRA, afin d’effectuer des tests complémentaires. Même punition : c’est passionnant. Et si certains exercices m’ont laissé quelque peu circonspect, je me suis littéralement plongé dans d’autres, comme l’aurait fait Balthazar Picsou dans son coffre de pièces de monnaies ! Arrivé à ce niveau, je sais qu’une fois le diagnostic tombé, ça ne pourra pas s’arrêter là : je suis comme planté devant un parcours d’obstacles, l’horizon toutefois bien dégagé, une pancarte m’indiquant la direction d’un trésor intérieur à chercher au bout.

Verdict

mioursmipanda-douance-diagnosticJuillet 2017, quatrième et dernier rendez-vous, trois mois et demi après le premier. Il s’agit du compte rendu du diagnostic, en présence du pédopsychiatre et d’une des deux psychologues. J’avais hâte d’y être ! Trente années d’interrogation allaient prendre fin. Ou pas en fait, mais c’était un début. D’entrée de jeu, on me le dit, mon cas n’est pas simple : je suis un cas à part chez les cas à part. Il y a donc un échange complémentaire afin qu’ils puissent infirmer ou confirmer l’analyse faite des rendez-vous précédents. Puis le verdict tombe : je ne suis pas sujet au syndrome d’Asperger, plus aucun doute possible. Par contre, ce qui en ressort n’est pas de la tarte. On aurait fait un bingo avec une série de troubles que j’aurai peut-être remporté le gros lot :

  • Haut potentiel intellectuel (HPI), auquel semble être associée une empathie particulièrement développée (le pédopsychiatre a jugé bon de particulièrement insister dessus)
  • Trouble déficitaire de l’attention (TDA)
  • Trouble de la communication sociale pragmatique
  • Syndrome dysexécutif

Auxquels on pourrait ajouter les syndromes suivant :

  • Déficience neurologique visuelle (suspectée par ma psychologue, puis confirmé par l’ophtalmo)
  • Dysorthographie (conséquence du TDA, en grande partie auto-compensée)
  • Dysgraphie (conséquence du précédent, en grande partie auto-compensé)

Ces trois derniers n’ont pas été diagnostiqués, mais déduit par la suite. Le fait d’être haut potentiel m’a permis de compenser en grande partie les “dys”, bien que ce soit toujours présent.

Et après ?

La digestion

Alors on fait quoi avec tout ça ? Et bien on le digère. Au début, ça n’a pas tellement changé ma vie. J’ai pu comprendre plusieurs choses, commencé à mieux vivre cette différence, mais sans pour autant que ce soit un bouleversement. Ca tourne dans ma tête et j’attends avec impatience de recevoir le compte rendu écrit. Comme si le fait que ce soit écrit graverait les choses dans le marbre. Comme pour être certain. Comme si ce dernier rendez-vous n’avait pas été totalement réel. Au fil de l’été, la restitution du diagnostic tourne en boucle dans ma tête et petit à petit, les pièces du puzzle commencent à s’assembler. Première conclusion : sur de nombreuses situations à problème vécues étant enfant et ado avec d’autres gamins, ils ne sont pas à blâmer. Ils ne savaient pas. Tout simplement. Un pardon plein, entier, envers ces autres qui m’ont posé problème. Ca permet de faire la paix, de se sentir mieux, d’avancer. Ce sentiment, cette situation, elle va se répéter au fil des mois qui suivent. Je commence à découvrir une sérénité intérieure.

Le digestif

Le compte rendu se faisant désirer tandis que l’été est déjà bien entamé, je décide de ne plus attendre celui-ci pour aller voir un psychologue. De préférence, un spécialiste des HPI et qui sache de quoi il parle. Par bonheur, j’en trouve une et j’ai ma première séance fin Août 2017. Une première séance, puis une seconde, et déjà, c’est le bordel : j’aime être honnête avec moi-même, alors quand je découvre une faille ou une incohérence en moi, je ne peux pas la laisser traîner. Et comme je lui ai dit ensuite à elle, sans vous donner de détails : lors de cette seconde séance, c’est un vrai tas de merde qu’elle a poussé ! J’ai vu une faille aussi large qu’un canyon, alors je me suis engouffré dedans et j’ai tout détricoté jusqu’à ne plus avoir de matière, puis j’ai tout remis d’équerre. C’est là que les choses ont commencé à changer. Que j’ai commencé à changer. Chaque séance me permet de déconstruire pour mieux reconstruire. Ca fait un bien fou !

La colère, première édition

Il paraît qu’après un diagnostic de ce type, il est normal d’osciller entre bien être et colère. En tout cas, je confirme le fait. Ca m’a travaillé une bonne dizaine de jours : mais bordel de merde, en trente ans pas un seul professeur n’a repéré quoique ce soit. Mes parents me savaient précoce, sans s’en être inquiétés plus que ça, pensant que je pigeais juste plus vite que les autres. En revanche, à aucun moment on ne leur a dit que certains problèmes que j’ai pu rencontrer durant ma scolarité mériteraient d’aller consulter. Que ce soit en classe ou dans mes relations avec les autres, il y avait des problèmes.

J’en ai toujours été conscient, mais les adultes ont toujours nié cette différence. Comment faire confiance aux adultes si eux-mêmes ne sont pas foutus de vous comprendre ou de vous écouter ? On ne leur fait pas confiance. Quand on est ado, on prend ce qu’il y a d’intéressant chez eux et on se construit son monde, celui dans lequel la seule personne digne de confiance, c’est soi-même. Ce n’était certainement pas la meilleure solution. Ca a surtout participé à me doter d’un certain cynisme et d’un comportement acerbe jusqu’à il y a quelques années encore.

Au final, j’en suis arrivé à penser que ce qui était fait, était fait. Inutile de revenir dessus. Oui, il aurait pu en être autrement. Oui, ça fait chier, et même grave chier. Mais c’est comme ça. Désormais il faut avancer.

Déposer les armes

mioursmipanda-douance-whiteflagJ’ai enfin reçu le fameux compte rendu. Ca y est, c’est là, gravé dans le marbre. Treize pages de résultats et d’analyses avec conclusion, le tout signé par le pédopsychiatre. Je le lis, le relis, le relis encore et les choses continuent de se connecter entre elles. Je fais le lien avec mon passé ainsi qu’avec des éléments que mes séances de psy mon permis de mettre en lumière. Je commence à voir le contour se dessiner et à comprendre que rien n’est simple, mais que c’est plutôt chouette en fait. Je transmets évidemment ce compte rendu à ma psy, qui semble en avoir une lecture assez similaire que moi. Les séances se suivent et petit à petit, un vrai changement, profond, intense, s’opère en moi.

Je continue dans ma démarche de pardon : sur toutes les situations à problème vécue étant enfant et ado avec d’autres gamins, aucun n’est à blâmer. Aucun ne savait et finalement, leur réaction à mon égard, était normale. Quand on sait la boule d’émotion négative que tout ce merdier (et quelques autres en “bonus”) avait fait de moi étant gosse, pas étonnant que les autres enfants n’avaient pas envie de ça dans leur vie. Un gosse, ça a besoin d’amour, de sécurité. Ca serait comme demander à des écolos d’habiter à Fukushima. C’est pas forcément très sain. Bref, c’est un pardon total que j’ai eu envers ces autres qui m’ont pourri. Ca permet de faire la paix, à nouveau, de se sentir mieux, d’avancer. La violence intérieure s’apaise et je me rends compte qu’au fil des années, je me suis armé jusqu’aux dents. Toute ma vie a convergé à me doter d’une attitude guerrière : mes références, mes relations, mes expériences. Même mon nom de famille, dont l’une des origines est la version germanique du mot guerrier. Là, je dépose les armes. Ca ne veut pas dire que j’oublie ce que j’ai été, ou que je refuserai de me battre (faut pas déconner non plus), mais terminé d’être en guerre contre le monde. Car c’est bien ce que j’étais au fond de moi. Je vous avais bien dit que je serai entier pour cet article.

La colère, seconde édition

Au fil des séances, ma psy repère aussi autre chose :  pour elle, mes résultats sont certes corrects pour certains, mais ne sont pas “mon standard” d’après elle. Pour elle, sur certains points, je devrai avoir bien plus. Ce qui l’amène à penser que je suis sujet à un problème d’ordre ophtalmique ou orthoptique. Sans plus attendre, je prends rendez-vous chez l’ophtalmo et l’orthoptiste. Je trouve un rendez-vous assez rapide chez une ophtalmo en cambrousse, à quarante bornes de chez moi. Dans la même journée que ce rendez-vous, direction l’orthoptiste.

Et donc à trente ans, j’apprends que j’ai une déficience visuelle qui empêche mon cerveau de voir en 3D car on ne m’a jamais emmené voir un orthoptiste et que pour y remédier : il aurait fallu y aller avant mes six ans. Bordel.

Ca explique aussi pourquoi le ciné 3D a pour seul effet de me donner mal au crâne sans voir la 3D. Et la raison à ce dysfonctionnement accentue aussi mes “dys”, ce qui est toutefois corrigible par une rééducation orthoptique. Ma dysorthographie (en grande partie corrigée, tout seul), mes problèmes de mémoire de travail, mes anciens problèmes de graphie de l’écriture, mes problèmes d’attention (qui m’ont coûté cher quand je bossais en entreprise) et j’en passe. Tout ce merdier aurait pu être évité. Une bonne partie des problèmes liés et qui ont foiré ma confiance en moi étant gosse, ado et jeune adulte (car aujourd’hui ça va assez bien à ce niveau), ne sont pas de mon fait. Il s’agit d’une simple déficience neurologique qui auraient pu être corrigée quasiment d’un claquement de doigt si ça avait été pris à temps. Toutes ces fois où je me suis fait mettre en pièce par un prof, un patron, les parents : ce n’était pas de ma faute, je faisais bel et bien du mieux que je pouvais.

Et là, je découvre donc que mes compétences sont bien meilleures et que tout ce merdier gosse/ado/jeune adulte n’a pas d’autre raison d’être que l’incompétence de la plupart des toubibs. Ces derniers n’ont rien vu entre temps ou n’ont jamais fait d’ordonnance pour pousser mes parents à aller voir un orthoptiste.

mioursmipanda-douance-colereAlors quand j’entends un ami médecin me dire “non mais, on a fait sept années d’études, alors c’est normal ceci, normal cela”… Sans dec, des toubibs, en douze déménagements, j’en ai croisé une vingtaine. Et seuls deux ont simplement suggéré l’orthoptiste, sans pour autant faire une ordonnance. Aucun ophtalmo n’a jamais rien vu à ce sujet, sauf celle vue voilà quelques semaines, qui a plus que confirmé (et même en version plus dramatique) la supposition de la psy. Alors rien de grave en soit, car la rééducation orthoptique n’apportera que du mieux et résoudra majoritairement ces problèmes (bien que ça semble définitivement foutu pour la vision des volumes).

Et je ne parle pas du monde de l’enseignement, qui ne s’est tout simplement jamais posé de questions sur certaines difficultés ou au contraire, aurait pu être interpellé par certaines facilités. Jamais. Je sais bien qu’à une époque, les professionnels étaient moins informés, mais merde, tous en trente années, je peine à y croire. Trente ans de potentiel sous-exploité parce qu’à aucun moment, des gens ont fait ce qu’il fallait ou ne se sont pas montrés poussifs pour que ce qu’il faut soit fait. Par exemple, à cause ça j’ai toujours pensé que les hautes études, c’était pas pour moi. Alors qu’en fait, si, pas moins que pour un autre et peut-être même plus. Je n’ai même pas le Bac, comme un tiers de mes pairs paraît-il. Coup de gueule salvateur, que j’ai aussi poussé sur Facebook. Je ne vais pas ruminer indéfiniment, il faut avancer. Mais le prochain médecin ou prof qui viendra me donner des leçons sur le nombre de ses années d’études, il risque de se faire rembarrer dans ses quatre cents mètres.

Ah ! Ajoutons à tout ça mon trouble déficitaire de l’attention, qui vient en rajouter une couche et vous pouvez relire une seconde fois les six paragraphes précédents. La colère, troisième édition.

Le Christ nous restaure

Car je crois que tout est lié. Si j’étais conscient de certaines choses depuis des années, il aura fallu qu’une paix intérieure commence par prendre place en moi pour que je prenne conscience qu’il me faille avancer là-dessus. Et ma psy me rejoint sur ce point, c’est ma conversion et la religion qui m’ont apporté cela. Sans ma rencontre avec Dieu, il est fort probable que ce travail sur moi-même ait pris bien des années supplémentaires. Et comme mon fils aîné semble bien parti pour être de la même trempe, avoir connaissance de tout ça permettra de bien l’accompagner au fil du temps et lui éviter plusieurs des écueils que je me suis pris. Ainsi je considère que Dieu est à l’œuvre tout au long de ce cheminement. On dit souvent que le Christ nous restaure intérieurement. Je constate que de part ma conversion, c’est présentement le cas.

Régénération

Bref, je découvre qui je suis réellement petit à petit au fil des semaines, avec l’impression que je ne me connais pas. Et c’est plutôt chouette : je compare ce qui m’est arrivé intérieurement ces derniers mois à une régénération du Docteur (Doctor Who). Le Docteur a la faculté de se régénérer pour braver la mort. Mais cette régénération entraîne une altération génétique qui lui donne un aspect et surtout, une personnalité différente. En gros, ça donne ça :

Le discours du Docteur au sujet du changement, lors de cette régénération, vaut le détour :

En quelques mois, j’ai parcouru un sacré cheminement intérieur. Après être passé par une seconde étape de colère, j’ai fait le choix conscient de rester dans la joie, car tous les changements positifs que ça m’a apporté appellent à mieux que la colère. Ma psy m’a fait remarquer que ça se voyait même positivement sur mon visage et comme je l’écris au début de l’article, certains matins je ne reconnais pas encore totalement cette nouvelle expression qui est la mienne dans le miroir.

Désormais j’en suis donc à l’étape : “Qu’est-ce que je fais de tout ça ? Où est-ce que je vais ?” Mais je ne suis pas trop inquiet, j’ai de nombreuses idées et projets. Sur mon bras droit est tatoué depuis de nombreuses années une étoile de Bethléem. Autour de celle-ci il est écrit : “Connais-toi toi-même et sois ce que tu es”. Je crois que je suis sur le bon chemin.

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Sébastien DROUIN

Consultant en communication, designer graphique, blogueur, formateur, chroniqueur radio, catholic veggie, zèbre et électron libre. Mi-ours, mi-panda et re-mi-ours derrière.

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