D’anticlérical à catholique, partie 3 : en repas de famille

Tout est dans le titre. La plupart de mes proches voient ça sans trop le comprendre, car je suis passé de l’un à l’autre en peu de temps. Loin de moi l’idée de convertir avec cet article, il s’agit plutôt d’expliquer ce qui se passe dans la tête de quelqu’un qui fait ce cheminement.

Après vous avoir parlé des faits dans la première partie puis des réflexions qui s’en sont suivies intérieurement dans la seconde, venons en aux questions qui fâchent. Car très souvent des gens bloquent sur ces sujets quand ils tentent de comprendre l’acte de conversion. Sans vouloir refaire ces débats, voici quelques précisions sur des sujets qui peuvent faire tâches en repas de famille. On pourrait également parler de la contraception, de l’inquisition, du Moyen-Âge et de toutes les idées reçues qui concernent ces sujets, mais dans ce cas je n’ai pas fini d’écrire des suites à cette série d’articles.

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À travers ces articles, je ne veux pas convertir mais expliquer. En revanche cher lecteur, comme pour les deux premiers articles de cette série, je te propose que nous passions un marché, toi et moi. Peu importe nos divergences d’opinions, restons bienveillants à l’égard l’un de l’autre. Que ce soit dans tes commentaires en ce qui te concerne, que ce soit dans mes articles ou dans mes réponses à tes commentaires. Le but n’est pas d’être d’accord, mais de se comprendre.

Les avis soutenus par les catholiques font souvent polémique dans le monde. Mais la réciproque est vraie aussi, les avis contraires agitent également les croyants et ce pour les mêmes raisons : parce que cela va à l’encontre de notre schéma de valeurs, nous trouvons nous aussi que ce que d’autres appellent des avancées sont des reculs. Malheureusement les médias préfèrent faire des raccourcis qui sont souvent suivis par l’opinion publique, comme je l’ai fait par le passé. Ainsi en repas de famille avons-nous tous souvent, chrétiens ou non, un opposant à nos idées qui nous pousse conjointement à rendre inaudible le bruit des couverts dans les assiettes.

Ça sera donc l’objet de cette troisième et dernière partie : en repas de famille. Bien entendu, on ne saurait résumer les sujets suivants à un simple paragraphe. Ceux-ci sont souvent complexes et nécessitent une réflexion approfondie afin de maîtriser tous les tenants et aboutissants pour en percevoir les nuances. Toutefois, je vais tenter d’expliquer de façon synthétique les prises de position que l’on connaît aux catholiques.

Le mariage pour tous

Commençons par ce sujet qui fâche encore régulièrement aujourd’hui : le mariage des couples de même sexe. J’ai longtemps défendu bec et ongle celui-ci, jusqu’à ce que je rentre dans le détail des « petites lignes ». Dans les faits, cette loi touche en réalité à plusieurs problèmes en même temps.

Un problème sémantique :

Savez-vous que le terme mariage implique à l’origine et par définition des notions de religion et de famille ? Tout d’abord, la famille implique par défaut une différence sexuée dans les parties qui en sont à l’origine. Ainsi, avant de parler de famille avec des personnes de même sexe, peut-être devrait-on plutôt faire les choses dans l’ordre et commencer par redéfinir le terme famille (chacun sera pour ou contre, ce n’est pas le sujet ici).

Pour en revenir au terme mariage, son usage est inadapté dès l’État civil dans la mesure où ce mot inclut une dimension religieuse. Le problème pour bon nombre de catholiques n’est pas que des personnes de même sexe vivent et construisent ensemble un foyer (noté que j’emploie le terme foyer et non famille). L’un des soucis est l’emploi du mot mariage, qui une fois dévoyé écarte la notion de tout ce qui est religieux. Si en revanche le gouvernement avait travaillé pour une union civile pour tous ça aurait posé beaucoup moins de problèmes. Ou alors à ceux accordant une importance symbolique, issue de son origine religieuse, au mariage civil qui n’est pourtant rien d’autre qu’une formalité administrative. En faisant évoluer profondément la signification de mots aussi importants, c’est un changement civilisationnel que l’on provoque. Et ce n’est pas moi qui le dit mais Christiane Taubira.

Le principe de filiation :

En disant « une famille, c’est un papa et une maman « , tous les catholiques ne nient pas la capacité d’un couple de personnes de même sexe à s’occuper d’enfants avec amour. Le problème est du côté du principe de filiation qui s’avère totalement bafoué dans cette loi du mariage pour tous. Mais qu’est-ce que la filiation ? Il s’agit de la reconnaissance de la lignée père et mère du point de vue de la loi. Désormais, un enfant adopté par deux femmes aura légalement deux mamans. En revanche, impossible pour lui d’avoir deux papas, un homme ne pouvant porter d’enfant. La présomption de paternité, actuellement inscrite dans la loi, pourrait à terme tout simplement disparaître ce qui obligerait les pères ordinaires et mariés à faire une reconnaissance précoce de paternité. Et les pères homosexuels non biologiques ne pourraient alors que s’assoir dessus.

Par ailleurs, cette loi créé une véritable confusion. Pour citer le pédopsychiatre Christian Flavigny : « Elle [la loi] viendrait fausser ce qu’est le processus de la venue au monde des enfants. Elle viendrait lui dire [à l’enfant], deux parents, que ce soit du même sexe ou de sexe opposés, c’est pareil. La loi mentirait aux enfants. »

Que des couples de même sexe ou non veuillent adopter, tant mieux : il y a tant de gamins qui attendent une famille… Socialement parlant, l’adoption reste de toutes façons quelque chose d’exceptionnel. D’après moi on devrait même favoriser celle-ci pour tous (sans pour autant faire mentir la loi). Certains trouveront les cathos tatillons, mais ne pas l’être c’est faire insulte à son intelligence.

PMA et GPA :

Bien que Madame Taubira ait promis qu’elle ne toucherait pas à ces sujets, il s’en est fallu de peu dans une autre loi de l’ex-ministre, celle de la réforme sur la famille. D’ailleurs, depuis peu on ne dit plus la famille mais les familles, ce qui sous-entend qu’il n’y a pas réellement d’égalité dans la mesure où il y a plusieurs conception de la famille.

  • GPA : non contente de ne pas être naturelle, la GPA ouvre tout simplement la porte aux usines à bébé en France. Et même si l’Europe a récemment donné un avis défavorable à cette pratique et qu’elle reste illégale en France, elle a toutefois de quoi inquiéter. En témoigne les différents faits que l’on peut observer à l’étranger. A ce jour, les enfants sont conçus en Belgique puis reconnus en France « grâce » à Taubira, ce qui favorise le recours à cette pratique malgré son interdiction.
  • PMA : une fois ces couples de même sexe mariés, beaucoup souhaitent avoir accès à la paternité/maternité. Comment pourrait-on leur refuser ? Mais plutôt que de faciliter l’adoption, on permet aux gens d’utiliser certaines techniques médicales. Et si actuellement cette technique reste réservée en France aux couples de sexes différents, il est toujours possible de pratiquer la PMA à l’étranger. D’après moi, avoir un enfant de son sang n’est pas un droit (et je le dis bien que j’ai des exemples de PMA dans mon entourage). Laisser la nature faire son job n’est certainement pas pire que « l’eugénisme positif » qui commence à se répandre.

L’avortement

Les catholiques passent pour réfractaires à refuser l’avortement. Mais comment peut-on considérer la protection de la vie comme arriérée ? Si je peux comprendre que pour un athée nous ne sommes qu’un bout de viande avec des us et coutumes purement sociaux, il faut savoir que les chrétiens considèrent que la vie est sacrée et que l’existence d’un enfant en gestation a autant de valeur que celle d’un adulte. Qu’il soit conscient ou non, le fœtus est vivant. C’est la science qui le dit. A partir de ce moment, tout est dit : l’avortement est inconcevable. Ce n’est pas une attaque, ami lecteur : je tiens ma parole de bienveillance. Je pose juste des mots sans langue de bois afin que tu comprennes ce qui se passe dans nos têtes et dans nos cœurs et qui suscite parfois de vives réactions. Certains étendent même ce respect du vivant à toutes les formes de vie et intègrent à leur chemin de foi, comme moi, une démarche végétarienne voir parfois végane.

Notre société a donc un comportement schizophrène : d’un côté on considère le fœtus comme un bien inerte que l’on peut jeter, de l’autre on le considère comme un bébé bien vivant que l’on peut sauver grâce à des opérations pré-natales. La loi permet même aujourd’hui des avortements la veille d’un accouchement dans le cas de handicap et de maladies génétiques, ce qui signifie qu’à aucun moment un enfant dans le ventre de sa mère n’est légalement reconnu comme un être humain.

Quand aux exceptions qui pourraient hypothétiquement justifier un tel acte, nous considérons que nous ne pouvons pas en tirer une loi qui soit générale.

Le mariage des prêtres

Même du temps où je ne me considérai pas chrétien, je n’ai jamais bien compris pourquoi tant de personnes ont un avis sur ce sujet qui ne les concerne absolument pas. Est-ce que d’avoir un prêtre marié dans leur paroisse les auraient fait venir à l’église ? J’en doute, sinon la France serait déjà protestante.

Savez-vous qu’un prêtre passe par sept années d’études avant d’être ordonné ? Soit presque l’équivalent d’un doctorat (8 ans d’études après le bac) et plus qu’un master (5 ans d’études après le bac). En sept ans, il a tout le temps de réfléchir à l’engagement qu’il prend. Par ailleurs, il trouve son épanouissement ailleurs, en offrant sa vie pour les autres puisque la mission d’un prêtre ne s’arrête pas aux célébrations religieuses et à l’animation de sa paroisse : aide aux plus démunis, offrir une écoute et un accompagnement à ses ouailles qu’elles soient en détresse ou non, un prêtre à un emploi du temps chargé.

Et pour ceux qui aimeraient participer activement aux célébrations tout en étant marié, il faut savoir que c’est déjà possible : c’est un rôle réservé aux diacres qui assistent, entre autre, le prêtre dans ses missions du quotidien sur la paroisse.

La pédophilie

Un sujet qui fait toujours couler beaucoup d’encre… Mais la pédophilie est un problème lié à notre société et non à une institution en particulier. Prenons un exemple concret : aux États-Unis, on entend régulièrement de sordides faits divers impliquant des joueurs de football américain dans des histoires de viols. Est-ce que ça fait du football américain un vivier de violeurs ? Bien sûr que non et les médias, satiriques ou non, se gardent bien d’orienter leurs propos vers ce type d’associations.

Le vrai problème de la pédophilie dans l’Église, c’est l’association qui est faite de l’institution avec quelques-uns de ses représentants, mais aussi et surtout les déformations faites dans les médias. Ces mêmes médias qui se gardent bien d’amalgamer la pédophilie avec l’État ou l’Éducation nationale quand elle concerne des élus ou des professeurs.

La messe

La plupart des personnes qui voient ça d’un œil extérieur ne comprennent pas à quoi ça sert de se retrouver tous les dimanches. Pour faire simple, la messe c’est un peu comme une retranscription en direct live de ce qui s’est passé voilà plus de 2000 ans. Une sorte de retransmission quantique à travers le temps et l’espace. Ainsi, toutes les messes sont directement reliées à un événement de la vie du Christ.

Le chrétien, bien que toujours libre dans ses choix, est convoqué à la messe. C’est un moment aussi solennel qu’important qui ne doit pas être vécu avec routine, un travers dans lequel on peut tous tomber facilement.

Au cours de ce moment, loin de suivre un bête rituel, nous sommes amené à faire corps et à réfléchir sur nous-mêmes ou ce qui nous arrive en nous basant sur les enseignements de la Bible. C’est un appel permanent à travailler sur soit vis-à-vis du Créateur.

Le chrétien « modèle »

Un reproche souvent fait aux chrétiens, la plupart du temps lancé à la fin d’un débat stérile : le fait que le chrétien n’ait pas fait vœux de pauvreté/aide aux malades/fait don de ses biens/jamais commis d’erreur (rayez les mentions inutiles). Tout d’abord, rappelons que si la religion chrétienne existe, c’est justement que nous sommes imparfaits mais nous tentons de le vivre avec humilité et en cherchant à nous améliorer. Si nous étions parfaits, on serait vous et moi à se balader le zob et les miches à l’air dans le jardin d’Éden Ensuite, je remarque que ceux invoquant cet argument ne sont pas souvent des modèles de sainteté eux-mêmes. Loin de moi l’idée de les juger, chacun a ses raisons d’être ce qu’il est. Mais peut-on décemment attendre des autres plus que ce qu’on attend de soit-même ?

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Bibi est celui qui porte la veste marron

La conversion à l’âge adulte

Samedi dernier, lors de la veillée pascale, j’ai reçu les sacrements de la confirmation et de la communion. Un grand moment qu’il m’est difficile d’expliquer simplement et que certains ne comprennent pas forcément. Beaucoup vivent l’absence de pratique religieuse comme un progrès et expliquer ce qui nous amène à faire le cheminement inverse nous confronte à certains murs. D’où l’écriture de ces trois articles.

Recevoir ces sacrements est l’aboutissement d’un chemin commencé voila plus de douze ans. Loin d’être une finalité, c’est une sorte de renaissance. Ne vous méprenez pas, ce chemin n’est pas plus facile que celui d’un non croyant, mais éclairé et c’est déjà pas mal. Croire en Dieu n’est pas quelque chose que l’on fait pour obtenir une place au Paradis. Pour prendre une image, c’est plutôt comme la caverne de Platon : une fois qu’on a compris de quoi il en retourne, on peut très difficilement ignorer ce que l’on a compris. On ne peut pas ne pas croire. Loin d’être un chemin qui nous entrave, accepter l’origine divine de notre existence nous libère et nous permet d’étendre nos horizons.

Et n’oubliez jamais : Dieu est partout, alors évitez de montrer quelque chose du doigt

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Sébastien

Consultant en communication, designer graphique, formateur, blogueur, chroniqueur radio, catholique, metalleux, zèbre et électron libre. Mi-ours, mi-panda et re-mi-ours derrière.

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