Social justice warrior et fascisme décontracté

Voilà un moment que j’hésitais à me lancer dans la rédaction d’un article au sujet de cette catégorie de personnes, qui a crû en même temps que l’essor des réseaux sociaux. Le sujet est sensible et la capacité d’une large frange de ces personnes à monter dans les tours me vaudra peut être un shitstorm.

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Dolores Ombrage, ou “Harry Potter contre le Camp du Bien”

Un shitstorm, comme certains d’entre eux se plaisent à l’appeler, ou tempête de merde, dans la langue d’Hugo et de Molière. Il s’agit généralement d’une situation online au cours de laquelle quelqu’un reçoit diverses insultes et menaces de la part de personnes, le plus souvent anonymes et cachées derrières plusieurs profils sociaux pour simuler une supériorité numérique. Mais voilà, je me dis que si j’hésite à parler d’une catégorie de personnes de crainte de me les prendre sur le coin du nez, c’est justement parce qu’il y a beaucoup à dire à leur sujet et que nous arrivons à un glissement dangereux : celui d’une pensée unique par crainte d’user de sa liberté d’expression. Celui du totalitarisme et d’un fascisme décontracté.

Qu’est-ce qu’un SJW

Revenons très rapidement sur ce qu’est le social justice warrior (SJW) pour le comprendre. Je ne vais pas refaire le portrait complet de cette catégorie de personnes. Plusieurs articles le font très bien. Pour faire simple, le SJW est une personne qu’on aurait pu qualifier autrefois “de toutes les luttes”. Mais ce qui le distingue, c’est sa capacité à s’outrer et la ferveur de son militantisme, refusant tout compromis et dérivant souvent vers une forme de violence. Il suffit d’aller sur les réseaux sociaux et de regarder les débats échanges de coups en commentaires de sujets polémiques (euthanasie, avortement, causes LGBT, féminisme, extrême-droite, racisme, genre, écologie, immigration, etc.) pour le comprendre.

La culture de l’entre-soit

J’en ai moi-même subit les frais quand j’ai voulu aborder – sereinement et avec bienveillance pourtant – le sujet de la fin de vie (qui fera l’objet d’un prochain article). Mais le pire n’est pas tant d’avoir été insulté ou menacé, c’est d’avoir été classé dans des listes de blocage automatique. Pour avoir critiqué l’écriture inclusive, par exemple, j’ai été ajouté à des listes créées avec une application Twitter. Toute personne qui autorise cette application à accéder à son compte Twitter me bloque alors automatiquement, ainsi que des milliers d’autres comptes. D’une part, on m’associe donc à un ensemble de personnes parfois douteuses, de façon publique, ce qui s’apparente quand même pas mal à de la diffamation. Mais ne trouvez-vous pas dangereux et liberticide l’acte de remettre sa liberté d’accès à l’information à une tierce personne sans même la connaître ? On aurait pas idée de l’accepter de la part d’un état ou d’une entreprise. Bref, un entre-soit et une fermeture d’esprit dangereux, dont on comprend facilement le glissement totalitaire. Ces listes sont très nombreuses, pour ma part je sais y figurer dans au moins deux d’entre elles avec mon compte perso et une avec mon compte pro. J’ai d’ailleurs porté plainte auprès de la CNIL et j’attends le retour de ces derniers.

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J’entends d’ici les SJW vociférer intérieurement les raisons de l’usage de ces méthodes et à commencer à entrer dans le jeu de celui qui a reçu le plus d’insultes et de menace. Sauf que la misère et les injustices vécues ne font pas l’objet d’un concours. L’un des problèmes du SJW : vouloir se protéger de la connerie humaine en en faisant preuve, plutôt que d’accepter son existence et de gérer les choses au cas par cas. Mais surtout, de construire son identité non pas sur l’idéal à atteindre, mais sur l’existence même de la lutte. Sans vouloir tomber dans la psychologie de bas étage d’une féministe aux cheveux bleus ayant fait sociologie à la fac, le SJW vit par, pour et dans la lutte. Il ne peut être heureux, car l’oppression et le malheur font partie par définition de son identité. Heureusement pour lui, il y aura toujours des luttes pour nourrir cette spirale infernale, dont je ne parviens pas à déterminer si elle tient plus d’une forme de narcissisme ou d’un manque de confiance. Vous me direz, les deux sont parfois liés.

Derrière le masque

Derrière cette foule de bons sentiments de défense de l’humain et du progrès, il y a toujours une colère dirigée contre un oppresseur. Car finalement, le SJW n’a pas forcément de convictions à proprement parlé d’après moi. On peut remarquer une chose : le SJW est toujours du côté des opprimés, qu’ils aient tort ou raison et sans tenir compte du contexte, sans avoir tous les tenants et aboutissants. Finalement, on pourrait penser que le SJW est surtout en recherche de repères, parmi lesquels, le besoin de diriger vers l’extérieur une violence qu’il a au fond de lui. Ainsi, la lutte devient un élément de son identité et un exutoire prenant la forme d’une expiation. Remettre sa lutte en question, c’est lui retirer cette béquille sur laquelle il s’appuie pour se construire ou se reconstruire, suite à une absence de repère ou un traumatisme (parfois lié à l’une des luttes concernées).

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Cet article aurait pu s’appeler “Vernis et bois pourri”.

Pour cette même raison, le SJW est tout simplement incapable d’empathie envers celui qui pense différemment de lui. Il y a toutefois une explication logique à ceci : faire preuve d’empathie (factuelle) pour celui qui est différent ou pense différemment c’est accepter de voir, à travers les yeux de l’autre, nos propres failles et incohérences, nos propres traumatismes et donc d’accepter la remise en question. La construction de la pensée du SJW semble malheureusement lui interdire toute forme de remise en question. J’ai réellement de la peine et de la compassion pour ces personnes, car en dépit du mal-être intérieur qu’elles vivent, cette violence tournée vers les autres l’est d’abord envers elles-mêmes.

“Les idées sont plus puissantes que les armes à feu. Nous ne laisserons pas nos ennemis avoir des fusils, pourquoi devrions nous les laisser avoir des idées ?” – Joseph STALINE

Attention danger

On doit reconnaître à cette minorité de personnes, ou plutôt cet ensemble de minorités, qu’elles ont une forte capacité à faire entendre leurs voix et à agir en groupe. Par confort ou par peur de représailles, certains n’ont pas envie de s’opposer à eux. Il n’y a alors plus de débat, un seul avis prévaut publiquement. Ce n’est pas celui qui est tue, mais celui qui est proclamé haut et fort. Et petit à petit, l’opinion publique glisse vers une forme de pensée unique, privé de tout élément de réflexions. Le cas de Jacqueline Savage, sujet qui n’a jamais été traité rationnellement par l’opinion publique, est un parfait exemple du glissement dont je parle. Dans ce genre de situation, les éléments de réflexion contradictoire sont systématiquement pointés du doigt pour être tournés en ridicule, plutôt que d’entamer un vrai débat duquel tout le monde sortirait par le haut. Le conditionnement des SJW est très proche de celui des membres d’une secte, ainsi toute discussion semble malheureusement vaine, en plus d’être énergivore. Mais nous, car je nous sais nombreux, ne nous laissons pas faire.

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La violence avec laquelle sera peut-être accueilli cet article ne fera que confirmer mon propos. Une précision toutefois : je ne dis pas que tout militant est un SJW. Loin de là, ça serait comme dire que toutes les voitures sont des Lada. Est-ce qu’en revanche je mets tous les SJW dans le même sac ? Oui. Car compte tenu et malgré ce qui défini un SJW, je considère que cette catégorie est un sac en particulier à elle toute seule.

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“La masse […] se sent plus rassurée par une doctrine qui n’en admet aucune autre près d’elle, que par une libérale tolérance” – Adolf HITLER

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Sébastien DROUIN

Consultant en communication, designer graphique, blogueur, formateur, chroniqueur radio, catholic veggie, zèbre et électron libre. Mi-ours, mi-panda et re-mi-ours derrière.

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