Pourquoi le secret de la confession est-il inviolable ?

Voilà peu, une amie m’a interpellé sur le problème que semble représenter le secret de la confession : des pédophiles se dénoncent à des prêtres, et ces derniers ne disent rien. Scandaleux ! Et pourtant, nous avons tous à gagner à ce que ce secret demeure.

J’ai déjà parlé du pardon sur ce blog, c’est un sujet important à mes yeux. Loin d’être un acte « gnan-gnan », les mécanismes du Sacrement du pardon (ou plus exactement, Sacrement de pénitence et de réconciliation), bien au-là des dimensions spirituelles et religieuses, sont aussi multiples qu’ils sont complexes. Alors avant d’aller plus loin, je t’invite à prendre 5-10 minutes pour lire l’article que voici : Fiche de lecture : le pardon, par Dieu, pour les autres, mais aussi pour soi.

C’est bon ? Okay, allons-y Allonzo !

Pas plus tard qu’aujourd’hui, l’amie sus-citée m’écrit la chose suivante : « Le pardon est important dans la religion, et on a le sentiment que l’institution de l’Église est réticente à l’idée d’aller contre pour criminaliser la pédophilie. »

Et elle a totalement raison. Mais contrairement à ce que l’on pourrait penser, il y a de très bonnes raisons à cela. Moi-même, je serai prêtre et un confrère viendrait me confesser des actes de pédophilie, je ne saurais violer cette confidentialité si j’en avais le choix. Je vais tenter de vous démontrer pourquoi. Tout d’abord, il faut comprendre ce qu’est un sacrement.

Sacrement, kézako ?

Dieu nous a donné des sacrements pour nous rejoindre. Ce ne sont pas des symboles, ou des rituels magiques. C’est éminemment bien plus que ça : c’est Dieu lui-même qui agit, par l’intermédiaire de celui qui sacre. Ainsi un prêtre ne marie pas un couple : Dieu marie, le prêtre célèbre le mariage. Le Sacrement du pardon – au travers de la confession – nous restaure, dit-on. Tandis que nous nous admettons pécheurs, parfois au moment ou plus personne ne croit en nous, jusqu’à nous-mêmes, Dieu, lui, nous dit individuellement : « Tu as ton libre arbitre, tu es capable de devenir une meilleure personne, sache que je t’aime et que ta confession va t’aider à ce que je m’approche de toi et t’aide à mieux agir, si tu m’écoutes. Je te pardonne « . C’est un acte d’amour immense ! Mais aussi une responsabilité : Dieu nous dit que nous avons notre libre arbitre pour changer. Cela signifie deux choses :

  • Que si parfois nous avons cédé au chant des sirènes aux suggestions du malin, c’est de notre libre arbitre. Nous sommes donc responsables.
  • Mais que ce libre arbitre nous permet aussi de l’écouter Lui, et donc d’avancer sur un meilleur chemin, de devenir une meilleure personne.

Si tu n’es pas chrétien, tu te diras surement que tu n’as pas besoin de Dieu pour savoir ce qui est bon. Mais là n’est pas la question, puisque le chrétien considère au contraire que c’est risqué de s’en remettre à soi-même, puisque nous ne sommes pas Dieu. Nous sommes appelés à nous en remettre à lui, pour finalement accepter de n’être qu’un acteur des circonstances.

Bref, pour en revenir au Sacrement du pardon, celui-ci nous aide donc à avancer, à nous reconstruire. Dieu reconnait là notre dignité humaine, par le témoignage de son amour : le pardon qu’il nous a accordé. Parfois, pour certains qui ont commis de graves péchés ou vivent la culpabilité de façon excessive, la confession est le premier pas vers un changement positif. Car le prêtre confesseur n’est pas là pour juger ! Pour ma part, je n’ai toujours rencontré que de la bienveillance au moment de la confession. Et je le redis, pardonner ce n’est pas excuser. Si tu n’as pas encore lu mon article sur le pardon, c’est le moment. Et si tu veux savoir pourquoi ce Sacrement existe, c’est par ici.

Alors on fait quoi ?

On est donc face à deux situations différentes possibles.

Les confesseurs violent le secret de la confession

Et alors là, plus aucun prêtre, ni même aucun laïc, n’osera confier ses fautes les plus lourdes s’il sait qu’il peut être dénoncé ou que ça peut faire l’objet de bruit de couloir. Car si demain on dénonce la pédophilie, on dénonce tout. Et dans ce cas, plus de Sacrement du pardon, plus de reconstruction intérieure possible, moins d’amour de Dieu (car c’est quand même un peu l’objectif), donc des gens ayant gravement fauté encore plus isolés. Livrés à eux-mêmes. Donc non seulement des vies d’enfants gâchées, mais surtout des actes qui ne seront jamais jugés. Et autant le dire tout de suite, la fin d’un sacrement signe la fin de tous les Sacrements : tout perd son sens si demain on s’assoit sur un Sacrement. C’est quelque chose d’absolu.

Les confesseurs refusent de violer le secret de la confession

Dans cette situation, des gens, prêtres ou non, vont continuer de tout confier en confession. Parfois, certains prêtres leur refuseront peut-être même le pardon de Dieu, car ces personnes ne veulent en réalité pas avancer en vérité et réparer physiquement des actes graves. Parfois, certains confesseurs réussiront à convaincre le pécheur d’aller se dénoncer en guise de pénitence. Parfois,non. Mais ce qu’il faut retenir, c’est qu’au-delà du sacrement, le secret de la confession est sans doute bien plus bénéfique que l’absence de secret.  Je me permets toutefois de supposer que certaines « mises au placard » sont peut-être liées à la confession d’un prêtre fautif auprès de son évêque, tandis que le prêtre fautif n’aura pas voulu se dénoncer. Ca serait finalement une façon de mettre celui-ci hors d’état de nuire.

La porte ouverte à des actes concrets

Quitte à devenir hors la loi, l’Église ne reviendra jamais sur cette inviolabilité du secret. Mais au-delà des dimensions spirituelles et religieuses, la violation du secret de la confession serait la meilleure façon pour ne plus réussir à détecter les pédophiles et les laisser agir dans le plus grand secret. Sans parler de toutes les personnes fautives, pédophiles ou non, qui sont en souffrances à cause de leurs actes et pour qui la confession est un moyen de s’en sortir et parfois même, un lieu dans lequel ils peuvent trouver le soutien d’un prêtre qui va les accompagner dans une démarche sincère pour se dénoncer et se rendre à la justice. C’est plus facile à faire à deux que tout seul.

Quand on dit que l’amour de Dieu restaure, ce n’est pas qu’une image. Ca s’observe factuellement et la confession est un puissant outil que Dieu a mis en place, pour les victimes, comme pour les coupables. Pour en savoir plus, je vous invite à lire l’excellent article de l’Abbé Pierre Amar sur le sujet, qui explique tout ça bien mieux que moi et plus en détail.

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Sébastien

Consultant en communication, designer graphique, formateur, blogueur, chroniqueur radio, catholique, metalleux, zèbre et électron libre. Mi-ours, mi-panda et re-mi-ours derrière.

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