Accepter de n’être qu’acteur des circonstances

J’attribue toujours mes réussites à Dieu, mais jamais mes défaites. Certains y voient une incohérence, quand d’autres estiment que je ne dois mes réussites qu’à moi-même. Je me suis alors dit que ça pourrait être intéressant de faire la lumière sur ce point.

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Voilà peu, j’ai obtenu mon titre professionnel de Formateur Professionnel d’Adulte. Heureux de l’avoir obtenu, tandis que je n’avais jusque là qu’un BEP et appris sur le tas, j’ai pourtant remercié le Ciel dans un statut Facebook. C’est alors qu’un ami, pour me taquiner, vient me dire que je ne dois cette réussite qu’à moi-même. Et pourtant, vraiment je le crois, non. Reprenons les choses par le début pour comprendre de quoi il en retourne pour un catholique.

L’Homme s’est séparé de Dieu

Je ne peux pas faire de titre plus clair. L’Homme s’est séparé de Dieu en péchant (Genèse 3). Ce n’est pas Dieu qui a désiré cet état de fait, c’est la conséquence de l’acte de l’Homme qui a  succombé à la tentation en désobéissant à Dieu. Et messieurs, ne venez pas me parler d’Eve, car Adam a accepté de croquer dans le fruit défendu sans se poser de question. Les deux sont donc responsables. Si dans la Genèse tout cela peut paraître – à raison – très métaphorique, transposons cette image à notre époque. L’homme dispose du libre arbitre (Genèse 1:26), donc de la capacité à faire des choix, à outrepasser sa nature animale ou même ce que Dieu attend de lui (Isaïe 48:18). C’est ce qui le distingue des animaux et est la source de sa dignité, puisque cela signifie que chaque individu, aussi irrécupérable puisse-t-il paraître, a donc la capacité de devenir une meilleure personne.

L’Homme étant séparé de Dieu, Dieu ne peut agir et “prendre le contrôle” dans sa vie sans nuire à son libre arbitre. Il faut donc que ce soit un choix conscient et éclairé de l’Homme, qui demande alors à Dieu d’intervenir. En cela, Dieu n’agira que si la demande l’Homme va dans le sens de Son plan pour ce dernier, ou ne le contredit pas. Mais ce n’est pas une raison suffisante à Dieu pour aller à l’encontre du libre arbitre des autres personnes, qui seraient impactées par la prière du demandeur. Tout au mieux peut-il les inspirer, de part son Esprit.

Ainsi, avant mon examen et pendant celui-ci, je tournais régulièrement mon cœur et mes pensées vers Dieu. Je ne lui demandais pas de réussir l’examen et basta. C’eut été trop simple… ! Je lui demandais de mettre en moi les bons mots, les bonnes attitudes, les bonnes réponses, et tout ce qu’il fallait pour favoriser ma réussite, si cette dernière allait dans le sens de son plan. Je lui demandais aussi de donner aux deux jurés professionnels les bons mots, les bonnes attitudes, les bonnes questions et la bienveillance pour y concourir. Dans mon cas, comme dans celui des jurés, c’est précisément ce qui s’est passé. Et si ces personnes semblaient d’une bienveillance naturelle, je dois dire que j’aurais pu tout aussi bien tomber sur les jurés auxquels ma collègue à eu à faire. Elle a eu droit à une prof de français et un aficionados des diplômes, ce qui aurait pu rendre les choses beaucoup plus compliquées pour le dysorthographique autodidacte que je suis.

L’échec ne vient pas de Dieu

Certains se demandent parfois ce qu’ils ont fait au Ciel pour mériter que telle ou telle crasse qui leur tombe dessus. Et bien rien, Dieu ne punit pas (Romains 8:1). Alors j’entends déjà quelques-uns me parler de l’enfer, aussi vais-je tout de suite traiter ce point. Quand l’Homme passe l’arme à gauche, s’il n’était pas déjà croyant, il prend conscience de l’existence du Créateur. Nous sommes ainsi tous appelés à être sauvés, que nous soyons chrétiens ou non, quelque soit nos actes. Même Hitler ? Oui, même lui, pour peu qu’il ait réellement regretté ses actes, se soit tourné vers Dieu et lui ait demandé un pardon sincère (Luc 23:42). Dieu lit dans nos cœurs, impossible de le berner. Mais ne vous détrompez-pas ! Pardon ne veut pas dire excuse, pardon veut seulement dire que le pécheur peut à nouveau avancer vers Dieu, dans l’Amour de Dieu. Ce qui est fait est fait, et est parfois inexcusable. Il faudra bien que quelqu’un assume au bout. En l’occurrence, quand le pécheur a demandé pardon, c’est Satan qui prendra des taquets dans la tronche et règlera de toute façon la note au moment de la fin des temps (Matthieu 25:41).

Bref, pour en revenir à l’enfer, il n’est pas question d’un lieu avec des flammes où les démons organisent un barbec’ géant sur lequel ils font griller des âmes. Cette idée reçue vient d’une expression utilisée à l’époque de Jésus et bien avant, dans laquelle la géhenne, le feu de l’enfer (Marc 9:47) fait référence à une immense fosse commune dans laquelle on brulait les corps des criminels et les ordures de la population, en périphérie de Jérusalem. Le mot géhenne vient du grec géénna qui signifiait “feu de l’enfer”, qui lui-même vient de Gé Hinnom, en français Vallée de Hinnom, lieu de la décharge publique et fosse commune se situant en périphérie de Jérusalem. Bien avant encore, cet endroit avait aussi été le lieu de sacrifices humains.

L’enfer est en fait le lieu où vont les Hommes qui, faisant face à l’existence de Dieu à l’heure de la mort, se détourne de lui, refuse son Amour. On pourrait donc plutôt le voir comme un endroit exclu de la Création, où vont ceux qui ne veulent pas de lui. En gros, le néant, dans lequel aucune émotion positive ne peut subsister puisque Dieu ne s’y trouve pas. En refusant l’Amour de Dieu, des Hommes se puniraient eux-mêmes. Dieu ne veut pas que les Hommes aillent en enfer. Au pire, qu’ils fassent un séjour prolongé au purgatoire tous frais payés, pour devenir de meilleures personnes et ensuite êtres saints. Mais certainement pas l’enfer, qui est un lieu de perdition (du mot perte, perdu) et non de punition. D’ailleurs, l’Église n’affirme pas qu’un seul Homme puisse se trouver en enfer, partant du principe qu’il appartient à Dieu la possibilité de toucher le cœur des gens, même au dernier moment d’un acte irréversible comme le suicide.

Ainsi, même de leur vivant et quel que soit leurs péchés, Dieu ne punit pas ses enfants. Il les laisse faire, par respect de sa promesse de libre arbitre. Il nous laisse faire, pleurant parfois, souvent, certainement, nos attitudes, nos actes, nos paroles, nos pensées qui sont en décalage avec ce qu’Il espère de nous. Mais se réjouissant aussi, soyons en certains (Luc 15:7), de chaque attitude, acte, parole, pensée, même infime, qui suit sa volonté et le plan qu’Il a pour nous tous et chacun d’entre nous.

Ainsi l’échec n’est-il que le fruit des circonstances dans lesquelles Dieu n’a pas pu intervenir, pour nous prévenir que nous faisions fausse route ou bien favoriser les circonstances extérieures. Peut-être aussi ne l’avons-nous pas écouté. Et quand c’est alors le cas, alors, le malin a pu intervenir. Car celui-ci vient là où nous ne laissons pas Dieu s’installer (1 Jean 5:19 ; 1 Pierre 5:8). La présence de Dieu, c’est comme l’histoire de la lumière écrasant l’ombre. Face à la lumière, l’ombre ne peut exister.

Je ne suis qu’un acteur des circonstances

C’est donc ainsi que je définis mes échecs et mes réussites : je ne suis qu’un acteur des circonstances. Évidemment, rien ne se ferait si je n’agissais pas !

C’est comme au rugby : sauf que là c’est Dieu qui endosse le rôle de l’entraîneur, du capitaine et qui transforme l’essai. Si je suis ligne arrière ou charnière et que je la joue solo, ça sera compliqué de gagner le match. Mais si je fais en sorte que la ligne avant (Père, Fils et Saint-Esprit = Talonneur, pilier droit et pilier gauche) puisse disposer du ballon, alors je sais qu’ils marqueront. Tandis que je participe à ce que la balle soit au bon endroit au bon moment, Dieu y participe aussi. Mais surtout, c’est lui qui court ou tape dans le ballon pour que notre équipe marque des points.

Je ne suis donc qu’un acteur des circonstances, même si je participe allègrement à ce que celles-ci me soient favorables. Je pourrais jouer solo, par le hasard des événements ça pourrait marcher. Mais je veux être certains de vivre la victoire, et pour ça je n’ai nullement besoin de dire que c’est la mienne ou de définir comment cette victoire doit se dérouler. Aussi j’accepte de fonctionner en équipe, la meilleure de toute, et de m’en remettre au capitaine. C’est une autre façon de parler du lâcher prise.

Je terminerai en paraphrasant et en réarrangeant à ma façon une citation que l’on attribue fréquemment à Saint Ignace de Loyola, fondateur des jésuites : “Il faut agir comme si tout dépendait de nous, mais prier en gardant à l’esprit que tout dépend de Dieu”.

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Sébastien DROUIN

Consultant en communication, designer graphique, blogueur, formateur, chroniqueur radio, catholic veggie, zèbre et électron libre. Mi-ours, mi-panda et re-mi-ours derrière.

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