Plaidoyer contre le crayon rouge

Beaucoup l’ignorent, mais être formateur ce n’est pas seulement vouloir transmettre. Excédé par certaines pratiques de beaucoup de formateurs, profs et autres maître d’école, voici un petit plaidoyer contre l’une desdites pratiques.

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Cela nécessite des compétences, une formation, des connaissances en pédagogie (au sens professionnel). Qu’il s’agisse des démarches déductives ou inductives, les différentes méthodes pédagogiques qui en découlent, la façon de les alterner, la construction d’une séance de formation, la gestion des publics, la conduite d’entretien, l’ingénierie de formation, un peu de sciences cognitives par-dessus tout ça, et j’en passe.

Bref, quand je ferme la porte de ma salle de formation je ne suis plus consultant en communication. Je ne suis plus designer graphique. Je suis formateur. C’est-à-dire que suis un facilitateur, un guide, afin que mes apprenants puissent construire leur savoir et leurs compétences. Ils sont acteurs dans le processus d’acquérir le métier pour lequel je suis leur formateur. Cela marche à tout niveau, de l’école jusqu’à la formation pour adulte, en passant par l’université.

Et parmi toutes les pratiques pédagogiques, il y en a une, toute simple, qui peut nourrir un cercle vertueux ou – si on fait l’inverse – s’avérer dévastatrice pour l’apprenant. Il s’agit de la façon dont on traite l’erreur de l’apprenant : JAMAIS de rouge pour mettre en évidence une erreur, JAMAIS barrer l’erreur, JAMAIS l’effacer, JAMAIS l’incriminer. On peut la souligner d’une couleur commune, la commenter, rebondir dessus positivement pour approfondir, expliquer. Bref, valoriser l’effort envers et contre tout. Sinon, c’est l’effet Pygmalion assuré (go Google). Car le rouge, la rature, la reprise créent la peur de l’échec et bloquent alors l’élève / l’apprenant dans son implication. Pire, dans sa confiance en lui. Oh bien entendu, ça ne le traumatisera pas. En apparence. Mais cela peut casser toute envie de participer, voire même de s’impliquer. Ou bien pire encore, en créant la peur de l’erreur, ça le bloquera dans sa tentative de répondre lors d’un devoir. Alors que c’est justement à ce moment qu’il a le droit à l’erreur ! C’est pendant le processus d’apprentissage qu’il doit se sentir en confiance et doit pouvoir se dire : « si je me trompe, je vais apprendre, je vais être épaulé, encouragé ».

Un devoir, une évaluation, ce n’est pas fait pour savoir qui est le meilleur. Ce n’est pas fait pour créer de la compétition. C’est un outil pédagogique à l’intention du formateur en premier lieu : définir le niveau de l’élève, de l’apprenant, pour savoir comment aider l’élève/l’apprenant, éventuellement quelles adaptations de parcours opérer, ou bien remettre en question sa pratique professionnelle en tant que formateur.

Ça ne veut pas dire de pas envoyer de skud quand c’est nécessaire, mais savoir justement composer avec le rythme de l’élève / l’apprenant. Quand c’est fait dès le début, les apprenants en difficultés vont à un rythme normal et les plus doués aident les moins doués (ce qui ancre davantage connaissances pour ces derniers). Ainsi, tout le monde avance !

Alors quand je vois qu’encore aujourd’hui, à l’école ou à l’université, que des maîtres d’école ou des profs bardés de diplômes utilisent ces vieilles méthodes désuètes accompagnées d’une remarque cinglante, cela me met hors de moi. Pire encore, ces personnes perdent toute crédibilité à mes yeux.

Changez de pratique. Ou changez de métier.

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René DROUIN

Consultant en communication, designer graphique, formateur, blogueur, catholique, metalleux, zèbre et électron libre. Mi-ours, mi-panda et re-mi-ours derrière.

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