“Marseille” : une série (presque) à l’américaine qui réussit à témoigner d’une réalité française

Marseille est la première série française produite et distribuée par le géant américain Netflix. Loin d’être le navet dépeint par la critique, j’ai beaucoup apprécié la série alors que celle-ci est pourtant française. Par ailleurs, Marseille dresse le portrait d’une réalité de notre pays en matière de coups bas politiques.

J’ai toujours apprécié Gérard Depardieu, convaincu que sous le masque d’odieux connard qu’il donne en public il y a autre chose, que celui-ci transmet dans son jeu d’acteur. Aussi avais-je en tête de regarder la série Marseille à un moment, mais la critique négative à titillé ma curiosité. Je me suis donc englouti les huit épisodes de cette première saison à l’occasion de ce week-end.

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Le géant Netflix a tapé fort avec la série Marseille. En produisant une série française, il allait de soit que ça ne serait pas sans y apporter sa pâte. Et pour réussir son pari, Netflix a fait appel à Dan Franck (Carlos, Jean Moulin) pour le scénario, Florent Emilio-Siri (L’Ennemi intime, Cloclo) pour la réalisation et Gérard Depardieu pour la tête d’affiche. Pour ceux qui ne l’ont pas encore regardé, Marseille nous raconte l’histoire de Robert Taro (Gérard Depardieu), maire de Marseille depuis 20 ans. Les prochaines élections municipales vont l’opposer à Lucas Barres (Benoît Magimel) qu’il avait choisi pour lui succéder. Les deux candidats vont alors se livrer un combat sans merci, sur fond de luttes tournant autour de la vengeance et animée par la mafia et les politiciens.

Ca à l’odeur d’une série américaine, ça à le goût d’une série américaine…

Car Marseille casse les codes de la série franco-française. Au risque de heurter quelques lecteurs arrivés ici par hasard : les séries françaises disposent d’une certaine capacité à m’horripiler. Que ce soit en matière de moyens, de scénario, de réalisation et j’en passe. Plus qu’un train de retard, c’est toute une compagnie ferroviaire que la France doit rattraper. Et là dedans, il y a Marseille. Très perturbante au début, car j’ai eu l’impression de voir série américaine tournée en France dont on aurait réussi le doublage. Et puisque je suis parti sur le french-bashing, j’en remettrai une couche sur la pratique catastrophique du doublage des films et séries en français. Marseille ne souffre donc d’aucun malaise là-dessus.

Les principaux ingrédients d’une série américaine sont bien présents : la folie des grandeurs, le choix d’acteurs réputés, des personnages aux caractères sans demi-mesure, des plans larges, une direction artistique soignée, un scénario avec de vrais rebondissements et un puzzle qui – bien qu’un poil prévisible à mon goût – se constitue pièce par pièce au fil des épisodes.

…mais ça reste une série française

En voulant imiter nos amis d’outre-Atlantique, Marseille a aussi repris pour elle un autre code des séries américaines : le côté graveleux, manquant totalement de maîtrise dans le cas présent. Si bien que nous nous retrouvons avec des scènes de sexes dont on pourrait se passer. Même les scénaristes de Game of Thrones ont fini par laisser un peu cette caractéristique sur le banc de touche. Si le graveleux a un certain intérêt dans la narration, on se passerait en revanche de la vie sexuelle de la fille du Maire, pour ne citer que ça.

Le jeu des acteurs restent par ailleurs incertains à plusieurs reprises. Notre Gégé national excelle toujours – passant facilement et avec cohérence du menhir à l’homme croulant sous le poids des regrets – mais Benoît Magimel – son adversaire – est beaucoup moins constant. Ce dernier alterne en effet entre performance et caricature. Il en est de même concernant le niveau global du jeu des acteurs : certains réussissent très bien là où d’autres sont inconstants, ce qui apporte un léger manque de cohérence à la tonalité globale de la série.

Enfin, le sujet du drame familial est certainement une recette bien trop utilisée par la télévision française pour pouvoir être reprise de la même façon. Marseille ne fait qu’à moitié le travail, nous laissant un petit goût d’inachevé contre lequel on aurait aimé que le scénariste prenne le parti de la jouer davantage à l’américaine.

Toutefois, la série sort clairement du lot malgré ces bémols dans la mesure où on prend en considération un autre aspect, oublié des critiques.

Une réalité française

Car les critiques manquent de souligner le thème que Marseille aborde : la politique. La plupart de mes lecteurs réguliers le savent, je suis carté MoDem. Mais de part mes multiples engagements et expériences professionnelles passées, j’ai souvent été amené à côtoyer des gens de gauche quand j’étais sur Rennes. Clairement : Marseille n’est pas une caricature. Si on en est bien évidemment loin en Côtes d’Armor, la réalité politique des grandes villes en est tout autre. Sexe, magouilles, coups bas et rock’n’roll semblent faire partie des convenances.

Par exemple, ce député dont les adultères étaient un secret de Polichinelle que seule sa femme semblait ignorer. Ou cet élu socialiste qui a dit un jour devant moi à de jeunes élus “votre première préoccupation, ça doit être de vous faire réélire. Le reste, vous verrez ça lors de votre second mandat”. Ou bien ce directeur de campagne qui avait dors et déjà prévu avec son équipe que les accords passés avec un autre parti ne seraient pas respectés. Ou encore, ces jeunes militants dont la directive était de gangrener tout autre mouvement naissant localement et mettre le bordel quand c’était possible. La droite n’est pas en reste d’exemples similaires : il y a l’histoire de ce sénateur UMP ayant tenté de faire chanter son collègue du même bord en essayant en vain de monter un complot sexuel. Ou encore les différents entre Rachida Dati et Rama Yade. Bref, entre ce dont j’ai été témoins de loin et ce qu’on peut lire ici et là, la liste est longue. Je vous laisse imaginer de quoi il en retourne pour peu qu’on soit dans les coulisses du pouvoir.

C’est peut-être en ça que Marseille ne rencontre pas son public en France. À mi-chemin entre la série française et la série américaine, elle traite d’un problème très éloigné des citoyens et auquel ceux-ci sont hermétiques le plus souvent, sinon hostiles. Malgré ces travers, Netflix nous livre une vraie belle production qui réussit le job, à contrario d’une grande partie des séries françaises.

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Sébastien DROUIN

Consultant en communication, designer graphique, blogueur, formateur, chroniqueur radio, catholic veggie, zèbre et électron libre. Mi-ours, mi-panda et re-mi-ours derrière.

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