« Le vent se lève » : le message caché de Miyazaki sur la conception et la créativité

Ce 5 Novembre 2014 est sorti le DVD du film « Le vent se lève », ultime œuvre livrée par le maître Hayao Miyazaki. L’occasion pour moi de revenir sur un film bourré d’hommages et de références, qui m’a particulièrement marqué.

mioursmipanda-vent-se-leve-affiche« Le vent se lève, il faut tenter de vivre »… C’est avec cette citation de Paul Valéry en guise de titre que Miyazaki a prit sa retraite. Sortie en 2013 au Japon, et le 22 Janvier 2014 en France, ce film est librement inspiré de l’histoire d’un ingénieur en aéronautique, Jirō Horikoshi. Je suis allé le voir au cinéma en début d’année et je pense que ça ne surprendra pas grand monde de dire que c’est une merveille ! Mais ce qui m’a frappé, c’est le message implicite que nous laisse le créateur de Nausicaä au sujet de notre capacité à créer.

Synopsis

Depuis l’enfance jusqu’à l’âge adulte, on suit le personnage de Jirō poursuivre son rêve qu’est de concevoir des avions. Inspiré par le concepteur d’avions Giovanni Caproni qu’il imagine ou rencontre en rêve à plusieurs reprises, Jirō rêve de voler et de dessiner de magnifiques avions. Sa vue ne lui permettant pas de devenir pilote, il parvient à poursuivre des études et à se faire engager dans une importante entreprise d’ingénierie en 1927. Tout en retraçant la vie de Jirō, le film est rythmé par des grands évènements historiques qui ont influencé son existence tel que le séisme de Kanto en 1923, la Grande Dépression, l’épidémie de tuberculose et l’entrée en guerre du Japon.

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Et Miyazaki dans tout ça ?

Lui aussi concepteur de génie, au même titre que certains des personnages de cette œuvre sublime, il n’est pas en reste de messages cachés au sein de ses productions. En voici quelques unes qui m’ont marqué dans ce dernier opus :

  • Studio Ghibli : Le nom du studio de Hayao, pourtant créé en 1985, provient du mot que les Italiens utilisaient pendant la Seconde Guerre mondiale pour désigner l’un de leur avion alors dessiné par… Caproni lui-même ! Hayao a toujours été un féru d’aéronautique, ses films en témoignent. Il est intéressant de voir que son film est, entre autre, un hommage à l’ingénieur qu’il l’a inspiré tout au long de sa carrière.
  • Le père de Miyazaki, Katsuji Miyazaki, a été directeur de Miyazaki Airplane, une entreprise en aéronautique appartenant à son frère et qui produisait des pièces du Zero, le modèle d’avion conçu par Jirō Horikoshi. C’est sans doute ce qui explique l’origine de la passion de Hayao pour les avions.
  • Miyazaki n’a donc jamais caché sa passion pour les avions et si l’on regarde de plus près ses réalisations, on remarquera que beaucoup laissent apparaître des machines volantes. Le planeur de Nausicaä trouve d’ailleurs un écho dans « Le vent se lève » avec la première vision qu’à Jirō de sa future conception. Ou plutôt est-ce sans doute l’inverse, et Miyazaki a-t-il voulu rendre hommage à ce qui lui a donné l’inspiration toutes ses années ?
  • On retrouve aussi des références dans les scènes de batailles du film « Le Château Ambulant », mais aussi et surtout dans « Porco Rosso », dont l’aviation y occupe la place principale.
  • Une autre référence à « Porco Rosso » est le paradis des aviateurs, représenté quasiment de la même façon dans ce dernier et dans « Le vent se lève ».

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  • Autre détail, Miyazaki partage sa myopie avec son personnage ainsi que son désir de voler.
  • Comme dans « Mon voisin Totoro », on trouve une femme malade : La mère de Miyazaki a elle aussi souffert de la tuberculose.
  • Enfin, pour finir : La première œuvre du Studio Ghibli est « Le Château dans le ciel » et date de 1986. On comprend alors que la boucle se ferme quand on écoute la bande son du premier opus de nos aviateurs de l’animation. En effet, le thème musical de « Le vent se lève » est tout simplement une adaptation de celui qui rythme « Le Château dans le ciel » ! Je vous laisse comparer par vous-même grâce aux vidéos ci-dessous. Certaines scènes du début du premier peuvent d’ailleurs faire penser à des scènes du dernier. Une autre façon de dire très subtilement aux fans qu’il est temps pour le maître de passer à autre chose…

Je n’ai fait qu’effleurer la surface en me basant sur mes souvenirs de l’ensemble des œuvres du maître. Mais je suis convaincu qu’en creusant davantage, bien plus de références sont dissimulées. Je ne serai d’ailleurs pas surpris qu’il en ait caché pour chacune de ses réalisations.

Le pic de créativité dure 10 ans, profitez-en pleinement !

C’est une des leçons que Jiro reçoit de Caproni au cours de ses rêves. Si l’on regarde la carrière de Miyazaki, entre son premier et son dernier long métrage, il y a 34 ans. Toutefois, l’essentiel de son œuvre tient sur ces 10 dernières années. 5 longs métrages sur les 10 qu’il totalise, ainsi que ses 11 courts métrages, auront été réalisés sur cette période de dix années. C’est un peu sa façon à lui de nous dire qu’il a fait son temps, qu’il souhaite passer à autre chose et laisser la place aux générations suivantes

Pour aller plus loin (Merci Yannick pour ces deux liens) :

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Sébastien DROUIN

Consultant en communication, designer graphique, blogueur, formateur, chroniqueur radio, catholic veggie, zèbre et électron libre. Mi-ours, mi-panda et re-mi-ours derrière.

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