Non, Game of Thrones n’est pas une série de fantasy

Alors que la saison 3 vient de sortir et que son nom est sur toutes les lèvres, j’en ai plein les bottes d’entendre les gens prétendre découvrir connaître la fantasy à travers une série qui ne fait pas honneur aux mondes imaginaires. Pour rappel, Game of Thrones (GoT) est une adaptation de l’œuvre littéraire de l’américain George R. R. Martin (dont les initiales R.R. ne sont pas sans rappeler le nom d’un de ses confrères, ô combien célèbre lui aussi). L’œuvre originale comporte cinq tomes à ce jour, et deux sont toujours dans le stylo de leur auteur.

Je ne remets absolument pas en question le travail de « mister Martin » (prononcez avec une patate chaude dans la bouche) ni celui de la production télévisuelle de la série. Mais ne me laissant pas prendre au charme, je vais décortiquer le succès de cette série et démontrer ce qui en fait une série comme les autres plutôt qu’une super saga de fantasy. Car non, Game of Thrones n’est pas de la fantasy. Et c’est un rôliste de longue date qui vous l’explique !

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A/ Les bonnes recettes de Hollywood

Afin de comprendre, je vais vous expliquer comment font les productions de séries US font pour réussir une bonne saga, quel que soit le thème. On notera que si la production à pris sa part de libertés, George R. R. Martin a très certainement lui aussi utilisé certaines de ces méthodes durant l’écriture pour offrir un tel champ des possibles à son histoire.

1/ Personnages

Plus il y a de protagonistes , plus ça rend la série complexe, difficile à suivre et surtout, offre de la matière première au scénario. Rien de plus logique jusque là. Ajoutons à cela des profils psychologiques très élaborés et des personnalités aussi tordues qu’ambiguës. Ceci laisse des marges de manœuvres suffisantes pour permettre à l’histoire d’aller de rebondissements en rebondissements sans être incohérente. Pour chaque personnage, quelques traits de caractères sont toujours légèrement exagérés, afin que chacun puisse clairement s’identifier à l’un des protagonistes de l’histoire et s’en approprier le contenu. Et nous savons aujourd’hui à quel point les gens aiment se représenter à travers des idoles virtuelles pour gonfler leur égo. Et ainsi, on vend des produit dérivés à gogo…
Les personnages à l’état d’esprit simple et humble restent en second plan ou ne font pas long feu. Le Mestre de Winterfell est l’illustration parfaite de ces deux éventualités…

2/ Intrigue & émotion

Un mot : tordue. A la limite, tant mieux pourrait-on dire. Après tout, il faut bien donner envie aux gens de regarder la série jusqu’à la fin. Mais concevoir une intrigue aussi vicieuse a surtout deux buts : donner du temps cerveau humain disponible à Coca-cola (voir la vidéo en fin d’article) et jouer émotionnellement avec vous.
Les émotions négatives sont très faciles à obtenir, et c’est d’autant plus facile de faire rebondir l’affect du lobotomisé téléspectateur vers des sursauts d’émotions positives en lui en faisant voir de toute les couleurs auparavant. Un pas en avant, deux pas en arrière, et petit à petit l’histoire vous attire dans son monde sans que vous ne vous rendiez compte de quoi que ce soit. Un yoyo émotionnel qui n’a rien de nouveau, puisque cette technique scénaristique est utilisée depuis la fin des années 80.

3/ De la chaire fraîche et des putains filles faciles

Comment ? Je suis grossier ? Oui, mais pas vulgaire. Ca, la TV s’en charge très bien toute seule, et en voilà un bel exemple. Si il y a bien quelque chose qui se démocratise chaque année un peu plus sur nos écrans, et qui me déplore, c’est l’absence totale de pudeur et la banalisation du sexe. Ne le cachons pas, ça fait vendre. Si en plus, les donzelles ne sont pas toujours consentantes, c’est encore mieux car ça fait parler les gens et grimper l’audimat. Personnellement, je trouve ça vraiment consternant.

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Catie Catin

4/ Un connard qu’on prend plaisir à haïr

Je suis sur que vous avez tous pensé au même personnage
Le genre de type que tous les spectateurs, en dehors des plus dérangés, détesteront…! Il fédère la communauté de fans à travers une seule et unique chose : la haine que l’audimat a pour lui. Les téléspectateurs rongent leur frein à chaque fois qu’il ouvre le bouche et aimeraient traverser l’écran pour lui coller une raclée. Dans Dallas, c’était J .R. Dans Games of Thrones, il s’appelle Joffrey Lanister Baratheon. Salopard de consanguin…

5/ Une bonne campagne de com’

Je ne vais pas développer cet aspect ici, Hugo Clery le fait parfaitement dans son article sur le Blog du Modérateur.

Voilà, vous avez certains des principaux ingrédients pour une série à succès. Peu importe le cadre, peu importe le thème, mélangez le tout et ça marchera ! Vous en doutez ? Si c’était faux, Les Feux de l’Amour et leurs 10 122 épisodes (au 26 mars 2013) auraient fait “feux de pailles” depuis longtemps !

B/ Ceci n’est pas de la fantasy

Après vous avoir démontré ce qui fait le succès d’une bonne série US, je peux enfin en arriver là où je le voulais : cette série n’est pas une série de fantasy.
Elle emprunte bien quelques éléments du genre à droite à gauche, mais dans la mesure où les éléments empruntés ne sont absolument pas indispensables au déroulement de l’histoire, voir même carrément accessoires, j’estime que nous ne pouvons pas considérer ça comme de la fantasy. Si encore la série avait fait preuve d’originalité… Mais non. Voici quelques sous-genres de la fantasy :

  • Dark Fantasy : Comme son nom l’indique, la Dark Fantasy finit rarement bien. C’est la plupart de temps le mal qui l’emporte, dans un univers sombre et violent. (Exemple : Elric)
  • Light Fantasy : C’est “Les Bronzés” de la fantasy. Les histoires sont plus légères et le ton clairement comique et burlesque (Exemple : Les annales du disque-monde, Shrek)
  • Low Fantasy : L’univers fictif dans lequel l’intrigue évolue communique directement avec notre monde. (Exemple : Harry Potter, Le Cœur du Guerrier, Hellboy 1 & 2, Chroniques de Narnia)
  • High Fantasy : L’environnement y est très important et y est décrit avec précision et exactitude. Les créatures les plus diverses œuvrent pour une cause commune. (Exemple : Le Seigneur des Anneaux, The Hobbit, Willow, Donjons & Dragons 2).
  • Heroic Fantasy : Elle suit la destinée d’un héros, dans un univers peuplé de créatures fantastiques. La magie y est la plupart du temps utilisée à bon escient. (Exemple : Lancedragon, Donjons & Dragons 1, Cœur de Dragon 1 & 2, Cycle de Terremer)
  • Sword and Sorcery : L’univers y est souvent violent et ombrageux. Il met en scène des guerriers barbares et des sorciers maléfiques. (Conan).
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Kinder Dragon

Bien entendu, rien n’est figé et la liste des sous-genres est longue. Le jeux de rôle « Magic : The Gathering » est même un grand inclassable puisqu’il regroupe tous les types de fantasy, touchant parfois même au steampunk et à la science-fiction.

Je vous entends penser d’ici “Mais Daenerys, elle a des dragons pourtant !”. Non, elle a des lézards qui crachent du feu et qui ne servent à rien. Moi aussi je peux imbiber des cerfs-volants d’acétone et y gratter une allumette dessus. Peut-être que la saison 3 en fera de vrais dragons, mais jusque-là, on peu tout à fait s’en passer.

Alors, si je résume bien :

  • 3 dragonnets-kinder en kit qui servent à la décoration.
  • 2 prestidigitateurs dont les tours sont dépassés.
  • 1 armée de marcheurs blancs. Aussi communément appelés zombies, ou encore draugr dans Skyrim. A la limite, c’est bien le seul élément tangible, mais qui ne fait pas pour autant de Walking Dead ou de Zombieland des productions de fantasy.
  • 1 univers différent du notre, comme il en existe tant en physique quantique.
  • Autant de magie que de foutre dans le cul d’une nonne (ça, c’était vulgaire par contre )
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Marcheur blanc VS Draugr

En aucun cas les éléments précédemment cités ne sont (à l’heure où j’écris ces lignes) des éléments moteurs autour desquels s’articule l’histoire. Encore une fois, je ne remets pas en cause le travail de la production ni le succès que la série rencontre. J’ai moi-même fini par l’apprécier et la bande son envoie du lourd. Mais appelons les choses par leurs noms : Game of Thrones n’est ni plus ni moins qu’une série US comme il en existe tant de nos jours (avec son lot de morts en plus). L’histoire ne fait qu’emprunter des éléments à la fantasy pour les caser dans un décors médiéval, mais ce n’est certainement pas de la fantasy comme s’acharne à lui attribuer certains de ses fans.

Reportage de France 2 (paradoxalement) : Le temps de cerveau disponible.

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Sébastien DROUIN

Consultant en communication, designer graphique, blogueur, formateur, chroniqueur radio, catholic veggie, zèbre et électron libre. Mi-ours, mi-panda et re-mi-ours derrière.

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