Exodus 90 : chronique d’une retraite spirituelle numérique

En début d’année, j’entamais un parcours spirituel américain de trois mois, appelé Exodus 90. Neuf mois plus tard, tandis que j’ai réitéré l’expérience une seconde fois, je prends enfin le temps de te faire mon retour d’expérience plus en détail.

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Je ne suis qu’un pécheur, comme tout un chacun. Mais je suis aussi un chercheur de Dieu, qui cherche à s’améliorer continuellement et à avancer sur Ses voies. C’est alors que dans ma prière, voilà bientôt un an, je demandai à Dieu de m’aider à me rapprocher de Lui et travailler sur certains aspects de moi-même. Sans que je me souvienne comment, je fis alors la découverte du programme Exodus 90 (dont j’ai eu l’occasion de parler sur RCF). Et quel programme ! Celui-ci m’a profondément aidé à améliorer ma pratique spirituelle et mon attitude. Je le recommande à tout homme chrétien.

À l’origine

Au départ, cela part d’un constat simple : nous sommes esclaves de nos habitudes, de notre confort et de nos divertissements. C’est alors qu’un prêtre, le Père Brian Doerr, a décidé de mettre au point cet exercice spirituel à destination des séminaristes du séminaire du Mont Sainte-Marie (USA). Hommes qu’ils étaient, avec leurs défauts et leurs imperfections, ils aspiraient à une liberté pleine et entière pour entrer au service de l’Église. Ainsi, de 2013 à 2015, une dizaine de groupes de séminaristes ont pu expérimenter Exodus 90. Fort du succès de ce parcours, Exodus 90 fut lancé à destination des évêques, des prêtres et des laïcs de par le monde, sous la forme d‘une application mobile.

Exodus 90, quésaco ?

James Baxter, directeur de l’association américaine Those Catholic Men, qui gère désormais Exodus 90, l’explique de la façon suivante :

« Nous voyons des hommes en proie à de nombreuses dépendances, le porno et la chasteté étant en tête de liste. Mais ils regardent aussi Netflix avec frénésie, se livrant à des habitudes de consommation malsaines et sont toujours sur leurs téléphones. C’est un moyen pour eux de se libérer de toutes ces choses qui les possèdent. Cela peut être une forme d’esclavage. Tout est une question de liberté. C’est la liberté pour les hommes d’expérimenter leur filiation dans le Père. « 

C’est là qu’intervient la solution radicale qu’est Exodus 90 : vivre une expérience moderne de la traversée du désert, à la façon des Israélites dans le chapitre de l’Exode retrouvant leur liberté en traversant le désert. Ainsi, chaque jour, l’application nous propose une méditation et un temps de prière autour d’un passage de l’Exode. Ce dernier est mis en corrélation avec notre vie et se conclut parfois par un exercice qui nous est donné à faire. Mais ça ne s’arrête pas là…

Tout d’abord, l’ascèse

Les hommes acceptant de suivre Exodus 90 le font avec un engagement : celui de vivre cette expérience dans l’ascèse. Attention, c’est raide :

  • Lave-toi à l’eau froide
  • Pratique des exercices réguliers
  • Aie une bonne nuit de sommeil (au moins sept heures)
  • Abstiens-toi de boire de l’alcool
  • Abstiens-toi de sucreries
  • Abstiens-toi de manger entre les repas
  • Abstiens-toi de boire des sodas ou des boissons sucrées
  • Abstiens-toi de films ou de divertissements audiovisuels
  • Abstiens-toi d’acheter des matériaux et objets non essentiels
  • Écoute seulement de la musique qui élève l’âme à Dieu
  • Utilise uniquement l’ordinateur pour le travail, les études ou les tâches essentielles
  • Utilise ton smartphone uniquement pour les communications essentielles ; l’utilisation non essentielle est interdite

Autant te dire qu’annoncé comme ça, on peut vite trouver ça décourageant. Mais finalement, si un chrétien trouve l’une de ces règles difficiles, c’est bien qu’il y a un travail à effectuer dessus, non ? Pour ma part, concernant ma première expérience d’Exodus 90, j’avais fait le choix d’en assouplir légèrement trois d’entre-elles. Car plutôt que de m’engager sur quelque chose qui n’aurait pas tenu, j’ai préféré me donner un objectif ambitieux, mais réalisable. Lors de ma seconde expérience avec Exodus 90, j’ai respecté ces trois règles, mais en ai assoupli trois autres. Finalement, il m’aura fallu vivre ce parcours à deux reprises pour enfin comprendre la nécessité de toute cette ascèse. Ainsi, la prochaine session que je compte réaliser l’année prochaine sera-t-elle sans concession.

Prière et fraternité

En parallèle de l’observation de ces règles strictes, il faut aussi s’engager dans une prière quotidienne et pratiquer le jeûne partiel deux jours par semaine. Et pour être sûr de tenir dans le temps, les participants sont invités à réaliser cet exercice à plusieurs, de sorte à créer un petit groupe de discussion et de prière qui va se réunir très régulièrement. Malheureusement, dans mon cas je fus seul et c’est aussi pour cette raison que j’ai assoupli légèrement quelques règles : le soutien mutuel est une vraie force, il y a donc moins de risque de chute en échangeant régulièrement avec d’autres personnes qui partagent la même expérience de vie. Pour l’histoire des repas, c’était un peu compliqué, aussi ai-je rapidement pris l’habitude de me contenter d’un fruit, le midi des jours de jeûne partiel (jusqu’à ce que Carême arrive, où là j’ai jeûné tous les midis). Et tout ça, pendant une période de 90 jours continue. Voilà l’essentiel d’Exodus 90.

Pourquoi une durée si longue ?

Si le programme dure 90 jours, c’est parce c’est suffisamment long pour modifier la chimie du cerveau, aide à rompre avec les mauvaises habitudes et permet d’en créer de nouvelles. Beaucoup de choses que les hommes abandonnent leur permettent de retrouver du temps pour la prière, d’une part, mais aussi pour être vraiment présents avec leurs familles.

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Retour sur expérience

À ce stade de l’article, tu as déjà compris que j’ai adoré ça. Mais je pense que tu n’imagines pas encore à quel point. On commence ce type d’exercice en y voyant une sorte de nettoyage spirituel et personnel. On imagine alors, la première fois, que la vie reprendra son chemin ensuite. Mais il n’en est rien : des nombreuses habitudes que j’ai prises au cours de ce parcours, beaucoup ont finalement subsisté ensuite. Voici alors ce que j’ai appris, entre autres choses ô combien nombreuses (vraiment nombreuses) :

  • Que nous sommes bien plus esclaves que nous l’imaginons des petites choses de notre quotidien : objets, musiques, films, smartphones, réseaux sociaux, etc. Même en étant une personne qui – je le crois vraiment – était dans le raisonnable, la mesure de chaque chose, j’ai finalement découvert que toutes ces choses n’apportaient que du bruit dans ma vie. Il ne s’agit pas d’y renoncer totalement à la suite de l’exercice, mais de savoir mieux doser. Comme le disait Philippus Von Hohenheim, alias Paracelse : « Tout est poison, rien n’est poison, seule la quantité importe ».
  • Que notre quotidien importe peu si on le remet à Dieu ; il y a bien plus important : mon épouse, mes enfants, mes amis, mes proches, etc.
  • Que faire l’exercice de s’en remettre toujours plus à Lui te fait découvrir qu’Il pourvoit toujours plus au fur et à mesure que tu lui accordes plus de temps. « Demandez, et vous recevrez » (Matt. 7:7).
  • Que bien qu’étant un maniaque du rangement et du tri, une sorte de Marie Kondo au masculin, j’avais encore beaucoup trop de choses. Sortir de ces esclavages, de mes esclavages, m’a quand même fait dégager trois sacs poubelles de choses et d’autres de mon bureau (sans pour autant donner d’impression de vide). Deux sacs du reste de la maison. Et l’équivalent d’une voiture pleine, à la déchetterie, en ce qui concerne le garage. Attention ! Exodus90 ne te donne pas d’ordre, il ne t’oblige à rien : il te fait juste prendre conscience, et parfois avec une pertinence désarmante. Parfois comme si on avait su ce que je m’étais posé comme questions suite aux méditations précédentes, pour y répondre directement dans les jours qui suivent.
  • Qu’un jour de repos par semaine – le Dimanche en l’occurrence – est quelque chose de sacré et de réellement réparateur qu’on ne découvre qu’en se forçant à se l’accorder. Réparateur physiquement, mais aussi relationnellement : car si on va mieux en famille, on travaille mieux et on est plus disposé à accueillir l’autre.
  • Que passer du temps avec Lui, chaque jour, autour d’un texte, d’une méditation, a tout rendu encore plus simple et ô combien reposant.
  • Que se laver à l’eau froide, c’est finalement vivifiant et on finit vraiment par s’y faire sans problème !
  • Que ne pas manger entre les repas et ne plus grignoter a permis de faire une économie substantielle, mais surtout rend l’esprit plus vif.
  • Que l’exercice quasi quotidien va de pair avec la rigueur personnelle, car l’exercice permet d’évacuer la frustration, qui est alors le symptôme de notre liberté chèrement acquise.
  • Que les divertissements audiovisuels sont vraiment des mangeurs de temps phénoménaux qui n’apportent pas grand-chose. J’ai su me divertir de bien des façons durant ces temps. Seule la musique que j’écoute habituellement m’a manquée en revanche. Quelques morceaux pêchus ont été les bienvenus une fois le parcours terminé la première fois, mais curieusement, après trois mois, l’effet n’est plus le même. Au cours du second parcours, c’est même la moitié de la musique que j’écoute habituellement que j’ai viré, pour la remplacer par d’autres choses.
  • Que notre corps est le Temple de l’Esprit Saint : on n’aurait pas idée de grapher une église, alors ne profanons pas nos corps. Ceci étant compris, j’ai donc fait recouvrir mon tatouage du Hellfest (festival que j’apprécie toujours), par un orbe crucigère.
  • Qu’il en va de même pour le péché : on ne doit plus faire d’écart en conscience, quand on comprend ce que le Ciel attend de nous. Et si nous ne sommes que de simples humains, Dieu est bien heureusement là pour nous aider à suivre le chemin qu’Il souhaite nous voir emprunter.
  • Qu’un tel exercice permet de se débarrasser de bien des démons intérieurs et de vraiment devenir une meilleure personne.
L’ascèse, la prière et la méditation encadrées, que nous apporte la religion, font découvrir ce que de petites franges de notre société redécouvrent depuis quelques décennies : l’essentiel est ailleurs. La vie a besoin de simplicité, d’authenticité, de sobriété heureuse. Il y a toujours du chemin à faire. Et à chaque étape, on se rend compte que la route est encore plus longue. Mais libre. Enfin. Et à Dieu toute la Gloire.

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Sébastien

Consultant en communication, designer graphique, formateur, blogueur, chroniqueur radio, catholique, metalleux, zèbre et électron libre. Mi-ours, mi-panda et re-mi-ours derrière.

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