Andrew Bennett : l’excellente websérie fantastique française

Bon, mon titre trahit d’entrée de jeu ma conclusion. Au moins, d’avance vous savez que je ne n’écris pas cet article pour vous apprendre à planter des navets. Au lieu de ça, j’ai envie de vous parler du Youtubeur Superflame et de sa websérie Andrew Bennett. Article garanti sans spoil.

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Pas plus tard qu’hier, à l’heure où j’écris ces lignes, L’Obs titrait sur son site « Comment Netflix flingue la télé française« . Ca serait presque drôle si ça n’était pas dramatique. Comme l’a souligné quelqu’un sur Twitter : des primes qui démarrent à 21h15, de nombreuses coupures de pub qui de surcroît font doubler le volume du son, ou encore, des sites de replay truffés de bugs. Que ce soit à la TV ou au cinéma, les productions visuelles sont souvent très convenues et il est très difficile d’aller faire dans le fantastique ou la science-fiction pour les réalisateurs français. Si on devait faire un point sur les dernières productions françaises notables dans le domaine, on est vite limité (Valerian, Dans la brume).

Superflame Story

Tout ça pour en venir à un fait : j’oserais dire que si Netflix se tire la part du lion en terme d’audience, Youtube est toutefois l’un des incubateurs de la créativité audiovisuelle française. Youtube est une aubaine pour les créatifs de tous poils et peut être un véritable tremplin pour certains talents. Parmi ces talents, je veux vous parler aujourd’hui de Superflame. Il s’agit d’un youtubeur français qui a démarré en 2013. Son concept sort des sentier battus, puisqu’il est avant tout sonore : imitations de voix, détournements, sketchs audio, etc. Mais les productions que je préfère sont ses « Superflame Story », au cours desquelles il comte une nouvelle en utilisant différentes voix. C’est ainsi qu’il y a deux mois et demi, l’ami Maxime m’a fait découvrir les Superflame Story. De fil en aiguille, je me suis vite retrouvé à découvrir la chaîne Youtube, jusqu’à tomber sur le « Calendrier d’avant la fin des temps », publiée en Décembre 2017, et que j’ai dévoré en trois soirées.

Cette histoire a pour personnage principal le fameux Andrew Bennett. Celui-ci est un britannique quasiment centenaire qui a la particularité de ne pas vieillir et de posséder une étrange porte. Il peut faire apparaître celle-ci à loisir presque où bon lui semble, pour ensuite entrer ou sortir de son bureau qui se trouve de l’autre côté. Ca ne vous dit rien ? Les whovians n’auront pas manqué le clin d’œil à Doctor Who et au TARDIS, plus grand à l’intérieur.

Peu de moyens

Superflame, créateur d’Andrew Bennett, s’est donc lancé pour projet de réaliser une websérie. À cet effet, il a lancé un appel à contribution en début 2017 et est parvenu à obtenir la somme de 80 000 € pour financer son projet. Un très beau score, mais quand on sait ce que coûte une production audiovisuelle digne de ce nom, on était en droit d’attendre quelque chose de relativement soft avec des moyens limités. À titre de comparaison, « Un si grand soleil » coûte 145 000 € par épisode (sans compter le fait que les moyens sont mutualisés sur plusieurs épisodes) et le montant d’un épisode de « Paris 16e » peut grimper jusqu’à 212 500 €. Sans oublier qu’Andrew Bennett est une série fantastique, ce qui sous-entend donc son lot de post-prod et d’effet spéciaux additionnels, et qu’elle dure une heure et demi au total.

Bref, 80 000 € ça fait court, et pourtant le staff s’en est tiré haut la main. À propos du staff, on saluera le travail de Soundlife Production, dont on peut suivre le debrief sur Youtube. Eux-mêmes le disent, ils y ont mis de leur personne et on produit quelque chose qui avoisine plutôt les 120 000 €. À titre de comparaison, si TF1 produisait une série de ce genre, le coût global avoisinerait les 800 000 €.

L’œil de Kamimba

L’entrée en matière étant faite, parlons maintenant de la fameuse websérie, la première saison d’Andrew Bennett. L’intrigue nous parle d’une série de meurtres, pour lesquels un œil est systématiquement, mais méthodiquement, arraché. Les chemins de la police et celui de Bennett vont donc se croiser à cette occasion, les deux enquêtant initialement chacun de leur côté. Autour de ces crimes, un livre, qui donne un pouvoir inconnu à celui qui accomplit un mystérieux rituel. Un scénario simple, mais qui fonctionne très bien, d’autant qu’on doit y ajouter notre protagoniste et son étrange porte pour venir pimenter un peu tout ça.

Commençons par le générique et la découverte de la bande son. Le style musical n’est pas sans rappeler Sherlock Holmes, auquel il est d’ailleurs fait quelques références dans la série. Le travail est soigné et nous transporte tout de suite dans l’univers de l’auteur. À chaque nouvel épisode, j’avais cette petite sensation lors du générique des quelques rares séries que j’apprécie particulièrement : cette excitation de connaître la suite mélangée à l’impatience d’un enfant prêt à déballer un cadeau de Noël.

Côté scénario et mise en scène, aucune convenance n’est faite : la série sait se montrer drôle quand il le faut, autant que visuellement trash et psychologiquement violente à certains moment. Jamais sans en faire de trop, et toujours de façon justifiée. Cela sera peut-être un peu perturbant pour celui qui est habitué à des productions plus lisses ou au genre plus ciblé. Pour ma part, j’ai trouvé que ce mélange des genres donne un équilibre surprenant qui fonctionne assez bien. Le style visuel de l’image m’a donné l’impression d’être parfois en léger décalage avec le reste. Mais ce n’est qu’un détail qui n’empêche nullement d’apprécier la série. Dans l’ensemble, la série prend des risques pour parvenir à nous livrer un résultat original, malgré un budget serré qui ne permettait aucun confort de travail. On leur pardonnera alors les effets spéciaux relatifs à la porte d’Andrew Bennett, qui sont parfois un peu voyant.

Jeu d’acteurs hétérogène

Du côté du jeu d’acteurs, j’ai trouvé ça plus hétérogène. Le sbire de l’antagoniste me paraît sonner faux dans ses premières apparitions, même s’il gagne beaucoup en crédibilité au fil des épisodes. L’antagoniste, quant à lui, a un côté caricatural, ou alors peut-être son personnage n’est-il pas assez exploré par le scénario, ce qui nous aurait permis d’en savoir plus à son sujet. Finalement, son seul désir est « plus de pouvoir » et rien ne ressort de son histoire personnelle. Cela me fait beaucoup penser aux méchants dans Les Aventures de Tintin. Mais compte tenu du budget serré, on ne peut en tenir rigueur à la production. C’est aussi peut-être la simplicité de l’intrigue et de certains personnages qui rendent la websérie facile à suivre au travers des dix épisodes de dix minutes.

Le rôle d’Andrew Bennett est campé par Superflame lui-même, dans lequel il est réellement remarquable pour un premier rôle. Le côté british du personnage se ressent plus dans les aventures audios, mais gageons qu’avec un peu d’entraînement, le jeu d’acteur de Superflame fera gagner énormément en profondeur à son personnage lors de la prochaine saison. Frédéric Perchet quant à lui, dans le rôle de l’inspecteur Hobbs, est absolument formidable. Son charisme fait prendre tellement de place à son personnage, que lui et Bennett forme très rapidement un vrai binôme. Les circonstances étaient similaires dans l’aventure audio du « Calendrier d’avant la fin des temps », au cours de laquelle Bennett et l’inspecteur Bloom forme également un tandem de choc.

Allez-y les yeux fermés

Je conclurai sur ce double mauvais jeu de mots, qui prendra tout son sens quand vous aurez regardé les épisodes d’Andrew Bennett. La simplicité du scénario est sa force et on appréciera son efficacité et sa capacité à ne jamais laisser deviner la suite, puis à nous en faire vouloir toujours plus. L’histoire nous laisse volontairement et systématiquement sur notre fin, sans jamais nous décevoir et en nous surprenant souvent. La fin du dernier épisode, sans rien vous révéler, est d’ailleurs particulièrement frustrante. En bref, une excellente série à regarder sans hésiter. Cette première saison souffre de quelques faiblesses, mais la production en a conscience, autant que de ses forces qui en font pour moi une série prometteuse qui se distingue particulièrement au milieu de la youtuberie francophone.

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Sébastien DROUIN

Consultant en communication, designer graphique, blogueur, formateur, chroniqueur radio, catholic veggie, zèbre et électron libre. Mi-ours, mi-panda et re-mi-ours derrière.

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