Nouvelle #5 : Coronavirus, un boom technologique et l’isolement des gens

Voilà bien un an et demi que je n’avais pas écrit de nouvelle. Non par manque d’idées, mais par manque de temps. La pandémie mondiale et un petit créneau de liberté m’ont alors inspiré cette nouvelle d’anticipation, dont le narrateur est un médecin.

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Journal personnel, 8 Juin 2023.

Je m’appelle Giannis Apostolos, je suis docteur en médecine, spécialisé en virologie. J’ai fait partie des très nombreux chercheurs qui ont participé à la recherche autour de celui qu’on appelait au début le coronavirus.

Je ne suis pas vraiment certain de savoir ce qui me pousse à relater ces faits dans mon propre journal… Comme si l’écrire allait m’aider à passer à autre chose. Comme pour ne pas tomber dans la folie. Peut-être que l’Histoire aura un jour oublié l’impact civilisationnel de ce virus durant l’année 2020, mais aussi durant 2021 et 2022. Que ces quelques pages puissent alors en être un témoignage.

Je dois me rendre tout à l’heure au centre de soin, pour mon injection semestrielle de sérum contre le covid. Encore une fois l’attente sera longue. Et oui.

Fin 2019, cette saloperie a commencé à faire parler d’elle en Chine. Mais malgré l’emballement médiatique, les choses ont pourtant suivi leur cours. Certaines personnes ont rapidement adopté une attitude survivaliste, mais la plupart ont préféré se rassurer en se berçant d’illusions. Ce n’était pourtant pas faute de prévenir, mais c’était sans doute plus facile pour les gens de croire que ça ne bouleverserait pas leur existence. L’OMS, après avoir bien fait paniquer les médias, a commencé à comparer ça au virus de la grippe, pour apaiser les esprits. Ou encore au virus de la rougeole, pour lequel il y avait beaucoup de vaccino-septiques. Mais celui-là, il a mis tout le monde d’accord.

Début 2020, un laboratoire a cru parvenir à trouver un remède et a eu l’autorisation d’effectuer des essais cliniques. Au terme d’un travail acharné, ça a fonctionné. Mais pas du premier coup. Quand ce fut le cas, son problème est que son effet dans le temps est très limité. Et c’est aujourd’hui notre seule solution : une injection tous les six mois. Tous les six mois, nous devons nous rendre dans un centre de soin, afin de recevoir une injection nous évitant de contracter le covid.

Alors au début, comme je l’ai écrit, certains comparaient ça à la grippe, ou allaient jusqu’à dire qu’on pouvait être asymptomatique, que ça ne concernait que les personnes fragiles. Tout d’abord, il faut rappeler que le covid est trois fois plus contagieux que la grippe. Mais le vrai problème est que le covid, à lui seul, fragilise les gens. J’en veux pour exemple qu’une Japonaise qui avait déjà contracté le virus une première fois, après sa guérison, la contracté une seconde fois deux semaines plus tard. Certains arguaient alors que c’était dû à la fatigue, et que ça peut arriver aussi avec la grippe.

Si seulement ça avait été si simple… Au départ, nous nous sommes dit – les chercheurs – « Cette femme n’était probablement pas totalement guérie, il est normal qu’elle ait fait une rechute ». Non. Le cas de cette jeune femme pouvait signifier deux choses : ou le virus avait déjà muté, ce qui était assez peu probable, et cette personne avait contracté une autre souche du covid. Ou bien le corps humain n’est pas préparé et n’est pas en mesure de fournir les anticorps adaptés. La guérison aurait alors été due essentiellement aux repos, vitamines et médicaments, et au prix d’un organisme profondément fragilisé et fatigué.

C’est cette seconde hypothèse qui s’est vue confirmée. C’est comme ça que des personnes qui n’étaient pas fragiles se sont mises à attraper à nouveau le covid. Encore, et encore, jusqu’à en décéder. Nous nous sommes alors retrouvé alors avec un virus qui n’était plus seulement deux fois plus létal que la grippe, mais autant que le Sida il y a quelques années.

Toutefois, le pire de mon récit reste à venir… Comme le disait si bien le film de Jurassic Park, « la nature trouve toujours un chemin ». Le virus s’est alors mis à muter, énormément. Il fragilisait non seulement le corps, mais les médicaments avaient de moins en moins d’effet sur lui. Il a aussi commencé à infecter les animaux qui, bien qu’asymptomatiques, étaient devenus des porteurs sains. Pour pallier ce problème, beaucoup de pays se sont mis à organiser des ramassages dans les rues des villes et villages pour les euthanasier en masse. Si les oiseaux ont apprécié l’absence des chats dans les rues, on estime le nombre d’animaux euthanasiés en trois ans, à plus de quatre milliards.

Le virus a quand même continué à se propager et les morts ont commencé à se compter, par centaines. Puis par milliers. Il n’y a pas une seule personne qui n’ait pas perdu un proche à cause du covid. Bien au-delà des estimations, en deux ans, cinq pour cent de la population mondiale a fini par décéder. Cinq pour cent. Trois cent cinquante millions de personnes.

Les plus fragiles. Les plus anciens. Les plus pauvres aussi, vivant souvent dans des conditions de vie n’aidant par leur métabolisme à trouver les ressources nécessaires pour se défendre.

Alors bien heureusement, nous avons fini par trouver un sérum, mais avec une efficacité toute relative. Tous les six mois, nous devons recevoir une nouvelle injection. Imaginez donc un peu : sept milliards de personnes nécessitant quatorze milliards d’injections par an. Tout simplement impossible : il n’y avait pas de quoi répondre à la demande. Les premiers à en bénéficier furent donc les anciens malades, le personnel médical, les personnes travaillant pour les États, les fonctionnaires, les enseignants. Et ceux qui étaient capables de s’offrir des injections à cinq cent euros. Évidemment. Mais là encore, il était difficile de répondre à la demande.

Il a fallu trouver d’autres solutions pour limiter la pandémie. Amazon s’en est donné à cœur joie, eux qui développaient un système de livraison par drones. On a donc remplacé toute forme de livraison, puis les démarchages humains de toutes sortes, par des drones. Jusqu’aux courses du quotidien. À cet effet, les drones ont commencé à être équipés d’écrans et d’outil de visioconférences. Ils se sont alors même invités dans les entreprises, rendant possibles toutes formes de contrôles visuels à distance. Ça a encore plus profondément transformé le monde du travail, puisque pour limiter au maximum la propagation de la pandémie, le télétravail est devenu une obligation dans toutes les situations le permettant. Les états ont très rapidement fait passer des décrets afin d’inscrire cette obligation dans la loi. Malheureusement, ça a aussi été imposé dans des situations où il n’était pas tout à fait adapté. Qu’à cela ne tienne, c’était – et c’est toujours – une question de santé publique mondiale. Dans la continuité, l’enseignement à distance est également devenu la norme dès le collège. Même les examens se font désormais à distance, sous forme d’oraux par visioconférence.

Et là, le virus a commencé à ralentir momentanément. La demande en termes de sérum, en revanche, a continué à être supérieure à ce que les laboratoires étaient capables de fournir. Les États se sont donc mis à financer ces derniers, et nous avons vu des usines de production sortir de terre comme des champignons. Nous étions à ce moment fin 2021 et à cette période, nous venions de franchir le cap des cent millions de morts.

Les pays en développement ont été les plus touchés. Chose logique, compte tenu du niveau des infrastructures de santé en place. Près de la moitié des décès ont eu lieu sur le sol africain. Seules les peuplades vivant de façon isolée ont été épargnées. Les peuplades de ce type, d’où qu’elles soient, vivent aujourd’hui en autarcie. Tous les gouvernements du monde ont émis des décrets afin qu’elles-ci puissent vivre en sécurité. Comme elles vivaient déjà en autonomie avant la crise, pour elles cela n’a-t-il pas changé grand chose. Mais elles sont désormais presque totalement coupées du monde.

Ça été un vrai boom pour le numérique et le métier de drone data analyst a connu un développement totalement inattendu. Drone, formation à distance, télétravail, et même consultation médicale à distance. La consultation médicale ne se transformait en rendez-vous physique qu’après une première consultation par drone médical interposé. Puisque toute consultation était quasiment doublée, les médecins se sont retrouvés surchargés ! Les salles d’attente sont presque devenues des chambres stériles, interdiction d’y avoir des magazines ou tout autre passeur de germes du virus. D’ailleurs, la mise en libre service de flyers publicitaires a elle aussi été interdite. Et pour les plus courageux qui allaient faire leurs courses en supermarché, le port de masque et de gants jetables dès l’entrée en magasin était obligatoires. Comble du cynisme, les centres commerciaux se sont mis à les offrir comme ils le faisaient déjà avec les jetons de caddie.

Beaucoup d’entreprises de voyage ont mis la clé sous la porte. Les autres, me demanderez-vous ? Pour survivre, certaines ont eu l’idée macabre de devenir actionnaires d’autres entreprises, fabricantes de masques et équipement de protection divers. Quelques unes sont restées plus en phase avec leur cœur de métier, en développant de nouvelles formes de tourisme virtuel, après avoir financé des start-up travaillant sur le sujet. D’ailleurs, à l’instar des usines de production de sérum, les usines de productions de matériel numérique ont également fleuri à tout va : la Chine étant sous embargo, il a donc fallu relocaliser la production des appareils numériques. Après une crise économique mondiale sans pareil, certains pays vivent désormais un essor tout aussi spectaculaire. Je pourrai également vous parler de la mise en place du revenu de base par plusieurs pays occidentaux, en réponse au chômage que cette crise a engendré. Il y aurait tant à dire, mais je vais être en retard pour mon injection.

Voilà où en est avec le coronavirus. Quelques années plus tard, il existe toujours. Il y a toujours des morts. Un tout petit peu plus qu’au début de la crise. Nous pouvons dire que nous sommes à quelques semaines d’enrayer le virus… Mais à quel prix ! Trois cent cinquante millions de morts. Un boom technologique. Et l’isolement des gens.

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Sébastien

Consultant en communication, designer graphique, formateur, blogueur, catholique, metalleux, zèbre et électron libre. Mi-ours, mi-panda et re-mi-ours derrière.

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