Des combats de robots géants pour justifier la recherche en l’absence de guerre

C’est une nouvelle qui court sur la toile depuis quelques semaines : une entreprise qui conçoit des robots géants à lancé un défi à une autre entreprise afin d’organiser un combat grandeur nature. Mais n’y-a-t-il pas anguille sous roche ?

Personnellement, je parlerai même de baleine sous gravillon (dixit un de mes anciens boss). Pour ceux qui aurait loupé l’info, en voici un bref résumé avant de vous la décrypter :
En Juin 2015, une équipe de passionnés de robotique des USA ont lancé un défis à une entreprise japonaise en ces mots : “Suidobashi, vous avez un robot géant, nous avons un robot géant. Vous savez ce qui doit arriver… nous vous défions en duel ! Préparez vous et choisissez le lieu du combat. Dans un an, nous combattons !”. Quand à leur engin, ils précisent également : “comme on est américains, on y a ajouté de très très gros flingues !”.

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Je vous passe les détails de l’histoire de ces américains, vous trouverez aisément vos réponses en fouinant un peu. Mais qu’ont répondu les japonnais à ce défi potache ? Et bien ils ont répondu par l’affirmative dans une vidéo tout aussi décalée que celle lancée par leurs opposants : “On ne peut pas laisser un autre pays gagner cela. Les robots géants font partie de la culture japonaise ! Oui, nous allons nous battre !” Le web et les geeks sont en liesse, et tous s’impatientent de l’heure fatidique à laquelle se combat aura lieu. Ne manque plus qu’une arène avec César pour présider celle-ci.

Si le site Science et Avenir compare ça au film Real Steel, je suis plutôt tenté de comparer ça aux mecha japonais de la franchise Gundam. Alors beaucoup diront que c’est bon enfant, que ça fait avancer la recherche et j’en passe. Pour autant, rien n’est à prendre à la légère, et je trouve cette actu plutôt pernicieuse. Je m’explique.

L’art de la guerre au service du progrès technologique

misoursmipanda-reanimatorUne personne de bon sens serait tentée de penser que la technologie servirait plutôt les besoins engendrés par la guerre, mais passons. Autrefois, ce sont les industries de la guerre qui faisaient avancer la recherche et boostaient l’économie. Il suffit de voir tout ce que les dernières guerres ont apporté pour le constater :

  • La seconde guerre mondiale a tristement permis une meilleure compréhension de l’atome en accélérant les recherches sur le nucléaire ;
  • Le régime nazi avait une grande avance d’un point de vue sanitaire (cancer, amiante, pesticides, etc.) ;
  • La guerre froide fut le point de départ de la course vers l’espace, qui a permis de développer de nombreuses techno. Technologies qui ont atterri ensuite dans notre quotidien ;
  • Le radar, le premier ordinateur et j’en passe, sont nés durant la seconde guerre mondiale ;
  • Ce sont de graves blessures de guerre qui ont fait avancer la chirurgie esthétique et orthopédique ;
  • Par ailleurs, ce sont entre autre des vétérans de la guerre au Moyen-Orient qui servent de cobayes pour les essais de prothèses robotisées.

Bien heureusement, la guerre n’est pas la seule source d’innovation et toutes ces avancées auraient sans doute fini par voir le jour. Mais la guerre, sans que ça lui donne une justification, est un incubateur, un laboratoire à ciel ouvert. Les guerres de masse étaient alors du pain béni pour les industriels, quand bien même les chercheurs pouvaient mettre les meilleurs sentiments du monde à faire leur travail. Une fois les guerres passées, c’est la reconstruction des nations, alors enfouies sous les ruines, qui stimulait le génie de l’humain. De nos jours, ça stimule surtout l’économie…

Le diable est en les détails

Les “grandes guerres”, comme celles que l’Europe à connu, il n’y en a plus vraiment et grand bien nous en fasse. Mais alors quid de l’accélération de l’innovation ? Les trente glorieuses sont passées, et si on peut penser que la science et le progrès n’ont jamais été aussi fulgurant qu’aujourd’hui (et je suis de ceux qui pense que ça va même parfois trop vite et trop loin), il y a des domaines où l’on aimerait que ça avance plus vite : l’armement. Et si c’est avec l’accord du public et patriotisme, c’est encore mieux ! Personne ne veut de la guerre, et une grande partie des gens reprochent aux États de dépenser plus dans l’armement qu’il n’en faudrait pour mettre un terme aux problèmes de famine et de misère dans le monde.

misoursmipanda-armure-mobile-avatarBref, voila nos huiles coincées : comment développer l’industrie de la guerre sans faire la guerre avec l’accord de l’opinion public ? C’est là que la culture nippone et ses ersatz de Gundam entrent en scène. Car non contents de faire appel à la pop culture et aux mangas, les américains qui ont lancé le défi mentionné plus haut doivent trouver le financement pour mettre au point leur engin de combat. Et pour y parvenir, quoi de mieux pour ça qu’une campagne de crowdfunding ? Ces gens qui ne veulent pas que leurs impôts financent la guerre y participent eux même docilement en finançant le développement de son armement. Car ne nous leurrons pas : l’escalade technologique fera nécessairement basculer ces “progrès” dans le domaine militaire, l’armée y voyant une belle opportunité. Sans aller jusqu’à développer des Gundam, je ne serai pas surpris de voir d’ici 10 ans, dans les médias, des images d’armures mobiles du même acabit que celles qu’on voit dans le film Avatar.

Parano ? Pas tant que ça…

Alors j’entends d’ici les : “tu t’imagines des choses”, “tu te prends trop la tête”, “ça va être marrant”, auxquels je réponds qu’il faut se réveiller et qu’on ne vit pas chez les Bisounours. Le projet de combat de robot buzz plutôt bien outre-atlantique, à tel point qu’il ne suscite pas seulement l’intérêt de l’américain moyen. En effet, une société produisant des véhicules de la DARPA et la NASA elle-même s’est intéressée à ce qui ressemblait à une blague potache. Et la réaction des industriels japonais est la même de l’autre côté du Pacifique : tous sont au petit soin pour doter Suidobashi de la meilleure armure mobile qui soit. Sachant cela, on peut légitimement se poser la question de savoir si ce n’est pas orchestré pour avoir l’aval du public (en plus de son argent) ou si, à défaut, les organismes gouvernementaux US n’ont pas profité l’occasion…

En conclusion

Les hypothèses que j’émets dans cet article, bien que j’y crois dur comme fer, reste évidemment de simples hypothèses. Mais je n’ai vu nul part une réaction allant dans le sens de mon analyse, ce qui me laisse à penser qu’il y a un certain manque de recul (tout du moins, parmi ceux qui s’expriment).
L’information, quand bien même paraît-elle futile ou amusante, doit être décryptée avant d’être applaudie. Et ce, même quand on trouve ça bien au premier abord. Je dirai même : surtout quand on trouve ça bien au premier abord ! Il ne s’agit pas de devenir méfiant pour tout, mais juste de prendre du recul. Et quand il est question de trouver de nouvelles façons de mettre sur la tronche à ses voisins, ce n’est pas du luxe.

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Sébastien DROUIN

Consultant en communication, designer graphique, blogueur, formateur, chroniqueur radio, catholic veggie, zèbre et électron libre. Mi-ours, mi-panda et re-mi-ours derrière.

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