Messe chiante, la faute aux équipes liturgiques

Vous vous souvenez quand le Pape François nous a invité, nous chrétiens, à mettre le feu dans nos paroisses ? Et bien c’est ce que je veux faire à mon échelle avec ce petit article suite à la messe à laquelle j’ai assisté ce matin.

mioursmipanda-messe-chiante

Nul besoin d’aller chercher une guitare électrique ou des chanteurs de gospel. Notre liturgie à tout ce qu’il faut !

Ce matin, comme chaque Dimanche, je me rends à la messe avec femme et enfant. Je tiens à le préciser à mes lecteurs non croyants ou non pratiquants, c’est loin d’être un moment auquel je me rends sous la contrainte. Bien au contraire, c’est un moment important pour moi, car ça me permet d’entretenir ma relation à Dieu. Une sorte de checkpoint hebdomadaire, un peu comme un point de sauvegarde dans les jeux vidéos. Si je suis malade, tant pis, je regarde en ligne. L’unique circonstance pour louper une messe, ça serait qu’un proche ait particulièrement besoin de moi à ce moment.

La messe est donc une convocation à assister à une sorte d’écho quantique de la Pâque du Christ, à son dernier repas et le partage de son être avec ses disciples. Ainsi y sommes-nous conviés, quelque soit la qualité du célébrant ou de l’équipe liturgique. Bref, pour faire simple : même si l’ambiance est pourrie, on est tenu d’y venir et d’y trouver quelque chose de bon à en tirer, de rester dans la joie. Mais voilà, on a pas tous ce recul spirituel et certains ont besoin de plus pour se rendre à la messe. On ne peut pas leur en vouloir ! Dieu s’adapte au rythme de chacun et certains ont besoin que la messe soit vivante, dynamique ou avec des chants de qualité, que cela fasse sens. C’est normal.

Alors quand on se plaint des églises qui se vident, des messes pompeuses ou des communautés paroissiales qui se meurent, il ne faut pas regarder du côté du message, ni des gestes posées durant la messe. Nul besoin de modifier les fondamentaux de la liturgie (ensemble de gestes, rituels et prières) qui est en fait remplie d’un sens aussi subtil que profond. Ni même du côté de l’homélie du prêtre, qui en toutes circonstances contiendra toujours un message adressé à quelqu’un qui en a besoin. On pourra éventuellement en critiquer parfois la longueur, mais c’est tout.

Les équipes liturgiques

Le vrai problème vient d’après-moi des équipes liturgiques, chargées de l’organisation des messes, des lectures, des chants et j’en passe. Ce matin, comme chaque Dimanche en l’absence du diacre, c’est donc la même grenouille de bénitier, 60 balais environ, célibataire, qui a piloté l’animation de la liturgie. Point d’orgue ni aucun instrument, des voix décalées à vous en faire mal aux oreilles, un prêtre lui-même perdu dans cette animation. Quant au psaume, il est chanté par la dite grenouille qui, si on lui confiera volontiers les lectures, ne doit plus être très loin de la performance de briser le verre de ses lunettes dès qu’elle chante. Et le pire dans tout ça, c’est que je ne me moque pas, c’est sans animosité aucune que je vous raconte ça : c’est la triste réalité. On a là l’exemple type d’une personne qui compense en n’en faisant qu’à sa tête et en animant la messe comme elle l’a toujours fait. Si encore elle le faisait bien…

Certains diront alors qu’il faut accepter les bonnes volontés et touti quanti. Oui ! Mais pas si ça doit créer le malaise au point que des paroissiens ne veulent plus venir ou vont dans la paroisse d’à côté. D’autres me diront que je n’ai qu’à me proposer comme bénévole. Figurez-vous que je l’ai fait ! En amenant des idées et en proposant des points précis sur lesquels intervenir, en toute bienveillance. Aussi bien pour la liturgie que pour m’occuper de la communication web de la paroisse (comme je l’ai fait pour ma paroisse précédente concernant ce dernier point).  La personne à qui je me suis adressé, enchantée, me dit depuis quatre mois régulièrement qu’elle va me recontacter, qu’elle doit d’abord parvenir à faire lâcher prise à la personne qui s’occupent de ça depuis toujours (“ça” étant l’un des points sur lesquels j’ai proposé mon aide). Ces personnes, qui se sentant en danger, font parfois de nouveau bien les choses une ou deux semaines durant, avant de recommencer comme avant.

Ce problème, je l’observe dans de nombreuses paroisses. Car quand je me rends chez des amis ou en famille pour le week-end, la messe dominicale reste pour moi un incontournable. Et si j’ai eu de très bonnes surprises à Château-Gontier ou à Les Essarts-le-Roi, le plus souvent c’est le même schémas qui ressort. Une petite cheffe, un prêtre perdu et une messe dont la liturgie perd alors son sens. Je pense aussi à une ancienne paroisse de celui que j’appelle mon directeur spirituel, qui à chaque nouveauté qu’il tentait d’apporter se voyait confronter à un mur, une vieille pie qui s’empressait d’appeler l’ancien curé de sa paroisse. Je pense aussi à la paroisse d’origine de mon meilleur ami, dont la “cheftaine” place depuis vingt ans la chorale juste derrière le célébrant (ce qui est une engeance liturgique), avec elle au milieu. Bref, la liste est longue.

Se mettre au service de Dieu

Le problème est simple : tandis qu’une équipe liturgique est là pour se mettre au service de Dieu, en animant une messe ou une célébration digne de ce nom, elle sort de ce rôle dès qu’il s’agit d’un moyen pour jouer les petits chefs. Que les lecteurs membres d’équipes liturgiques se rassurent : toutes les équipes et toutes les paroisses ne sont pas concernées. Mais beaucoup le sont ! Et si quelques-unes ont très certainement de bonnes raisons de rencontrer des difficultés, ce n’est plus le cas dès que les petits égos de quelques-uns entrent dans le game. C’est d’ailleurs ce même problème que rencontrent bon nombre d’associations.

Le Père Guy Gilbert disait ainsi que les croyants se mettent  au service de Dieu, tandis que les terroristes mettent Dieu à leur service. Si mon parallèle est brutal et que les grenouilles de bénitiers ne sont, évidement, pas des terroristes, pour rester dans un champ lexical explosif, on peut dire qu’elles minent toutefois nos communautés paroissiales de l’intérieur. Le service de Dieu n’est pas là pour que nous nous mettions en avant. Au contraire, la star, c’est Jésus. Si un remerciement du prêtre en aparté fait toujours plaisir, nous devons nous effacer, afin que seul l’ensemble soit perçu, apprécié, ressenti, vécu par les croyants.

L’envie de venir

Ainsi bien des équipes liturgiques minimisent souvent leur rôle. Celui-ci n’est pas seulement de faire en sorte que textes et chants soient assurés. Ça, le lecteur CD de la sacristie branché sur les enceintes de l’église peut très bien le faire. C’est d’ailleurs l’usage dans certaines paroisses en manque de bénévoles. Le rôle des équipes liturgiques est d’abord d’honorer Dieu en animant une belle messe, une belle célébration, un bel enterrement, un beau baptême, etc.

En cherchant le beau dans la dévotion avant de se chercher soit, non seulement on pourrait se trouver au détour d’une prière, mais on créée alors une atmosphère de paix, une ambiance de sérénité, qui permet aux gens de trouver la paix de l’âme et aide à entrer en communion avec Dieu. L’équipe liturgique va ainsi provoquer des émotions dans le cœurs des croyants causant, selon les chants, émotions, frissons et larmes de joies. Je prends d’ailleurs mon ancienne paroisse comme exemple, dont la qualité des messes étaient le résultat du travail fabuleux des équipes liturgiques ! Et quand une équipe est dynamique, c’est un cercle vertueux : elle attire d’autres bénévoles, tandis que le résultat de cet énorme travail incite alors à venir à la messe toujours plus de croyants le cœur rempli d’allégresse.

La messe peut-être un moment magnifique et je crois sincèrement que nos églises peuvent être à nouveau pleines à craquer, bien que les équipes liturgiques ne soient pas le seul problème. Nul besoin d’aller chercher une guitare électrique ou des chanteurs de gospel. Notre liturgie à tout ce qu’il faut pour ça ! C’est simplement à nous d’arrêter de nous mettre des peaux de saucissons sur les yeux et d’accepter de nous sortir les doigts du cul, quitte à en froisser quelques-uns au passage. Il en va de la survie de nos communautés paroissiales.

Cet article vous a plu ? Partagez-le !

   

Sébastien DROUIN

Consultant en communication, designer graphique, blogueur, formateur, chroniqueur radio, catholic veggie, zèbre et électron libre. Mi-ours, mi-panda et re-mi-ours derrière.

Recevez ma newsletter

Assurez-vous de ne plus manquer un seul article en vous inscrivant à la mailing-list du blog de Mi-ours, mi-panda et re-mi-ours derrière.
En m'inscrivant, j'accepte de recevoir par e-mail une newsletter contenant les derniers articles du blog et je prends connaissance de la politique de confidentialité du site.

Un autre article ?