Doctor Who, saison 10 : retour sur une production en dents de scie usagée

Hier soir se terminait sur la BBC la toute dernière saison de Doctor Who. Après 12 semaines depuis le début de celle-ci, je ne cache pas ma déception sur ce final et ma satisfaction de savoir que son show runner va enfin passer le relai. Retour sur une production en dents de scie usagée.

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Vous noterez que dans mon titre, c’est bien la scie qui est usagée et non pas ses dents. Car à l’image du yoyo des quatrième et douzième docteurs, le show runner de la série Steven Moffat nous fait passer de la satisfaction à la déception d’un épisode à un autre. Et si casser les codes de la série aurait pu apporter un vent de fraîcheur et redorer le blason de Moffat, le manque de dynamisme de cette saison et les nombreux recyclages employés font de celle-ci l’une des plus mauvaises de la série, depuis sa reprise en 2005. Attention, spoilers.

De l’originalité au recyclage

Pour commencer, j’aimerai revenir sur les scénarios des épisodes. En soit, l’idée de base de chaque épisode est initialement plutôt pas mal. Énormément de bonnes idées à exploiter. Tout d’abord, il y a un peu de nouveauté qui déboîte avec les épisodes Extremis et The Eaters of Light, les deux réussites de la saison d’après moi. On y trouvera aussi du fan-service sympathique qui fait à peu près son job avec Empress of Mars et World Enough and Time. Et enfin, un peu de fraîcheur avec The Return of Doctor Mysterio (épisode de Noël précédent) ou encore Smile. Ça reste léger, mais ça fonctionne bien.

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Mais cette saison 10, ce sont aussi de terribles ratés en matière de mise en scène et de rythme qui font des épisodes précédemment cités la meilleure moitié, là où ceux-ci auraient dû être des temps de respiration pour le spectateur. Oxygen est un piètre recyclage de l’ambiance de Kill the Moon (saison 8 ) et du scénario d’Under the Lake (saison 9), The Pyramid at the End of the World / The Lie of the Land sont remplis d’incohérences et finissent en eau de boudin. Et le final de la saison, The Doctor Falls, qui m’a laissé sur ma fin et une impression de trop peu après avoir outrageusement recyclé The Time of the Doctor (saison 7) en faisant du fan-service sans limite.

Un final décevant

Pour rester dans la continuité du précédent paragraphe, revenons sur  The Doctor Falls. Le Docteur est coincé et vit dans une petite communauté, sans possibilité d’utiliser son TARDIS, tout en subissant le siège des cybermen. Il finit par se régénérer à la fin de cet épisode tout en conservant son visage encore quelques temps. Ça ne vous rappelle rien ? On est clairement sur un remake de The Time of the Doctor. Et la dernière scène n’est ni plus ni moins qu’un odieux copier/coller du cliffhanger de The Name of the Doctor, où l’on y voit une incarnation passée du Docteur rencontrer son actuelle incarnation, en vue du prochain épisode. Par ailleurs, les deux compagnons sont sortis de la série sans adieu, l’un croyant à la mort de ses deux amis, l’autre passant pour morte auprès des deux autres. Une fin sans au revoir entre le Docteur et ses compagnons, qui créé un vrai malaise plutôt que de faire verser la petite larme tant attendue. Ça m’en a presque rendu triste pour les personnages. Bref, on s’attendait à mieux pour ce dernier final qu’avait à nous proposer le show runner.

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L’affiche de l’épisode final envoie du petit chaton par paquet de douze.

Acteurs au top et personnages mal exploités

Le personnage de Bill est très intéressant. Si j’ai eu beaucoup de mal au début, elle est pour moi la réussite de l’épisode final avec une très belle fin concernant sa sortie. Mais elle trouve difficilement sa place la première moitié de la saison. Oscillant entre une jeune femme un peu lente à la détente et ne saisissant pas le cadeau que lui fait le Docteur, puis une femme forte avec de la ressource qui est capable de tenir tête à notre Seigneur du temps préféré. Finalement, on fini par s’attacher à elle, mais après une mauvaise exploitation de son personnage. Rien à redire du côté de Pearl Mackie, qui endosse son rôle et assure du début à la fin.

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Capaldi est toujours au top de son côté. Il reste de loin mon interprète préféré du Docteur et sa prestance est toujours aussi forte. Mais tout comme pour Bill, l’exploitation de son personnage me paraît vraiment très pauvre. Pauvre en rebondissements, en ces déclics de dernières minutes qui donnent un sursaut dans l’épisode, en qualité des dialogues à quelques exceptions près.

Reste le Maître, Missy et Nardole. Pour les deux premiers, je ferai précisément la même remarque que pour Capaldi sans ajouter quoique ce soit. Nardole sauve la mise en apportant un vrai contraste et la grande richesse de son personnage. Sa sortie est assez décevante, aussi j’espère vraiment qu’il réapparaîtra dans la série par la suite pour en sortir avec les honneurs.

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Matraquage militant

Le Docteur a toujours été un rebel, un avant-gardiste et les épisodes ont souvent porté diverses remarques ou messages critiquant notre société. Mais dans le cas de cette saison 10, divers sujets liés aux revendications LGBT sont abordés si souvent que ça en devient agaçant et efface l’aspect divertissant de la série. À contrario, Moffat savait très bien manier le militantisme sans en faire trop à l’ère Matt Smith. Toujours avec une pointe d’humour et de cynisme, le message passait tout en prêtant à sourire. Mais là, non seulement le message est répété et abordé dans tous les sens, mais cela est fait sans humour et avec un sérieux qui vient casser ce à quoi la série nous a habitué. On passe alors de ce qui se veut riche en background et divertissant à une répétition de messages qui ne sont, de surcroît, qu’abordés en surface. De quoi en rendre certains hermétiques. Si en revanche l’objectif était de faire débattre les gens, c’est gagné.

Une bande son recyclée

On revient sur le recyclage avec un élément souvent oublié : la bande son. Depuis la reprise de la série en 2005, c’est Murray Gold qui est aux commandes. Il réalise d’ailleurs un travail formidable en matière de composition. Mais pour cette dixième saison, aucune nouveauté musicale. Pire encore, la bande son donne l’impression de n’être ni plus ni moins qu’un recyclage de celles des deux dernières saisons, sans aucune plus-value particulière. Et ça, c’est quand elle est présente ! Car le staff de la série a pris le parti de ne pas mettre en musique les temps forts de plusieurs épisodes de cette saison. Sans doute dans le but de souligner le fond du message ou l’intensité du moment. Mais c’est au détriment des émotions suscitées chez le spectateur. Étant pour ma part un auditif, si l’on peut dire, cette lacune a véritablement beaucoup jouée dans mon appréciation des épisodes.

Vivement l’épisode de Noël. Et Chris Chibnall.

Bref, cette saison signe la fin de l’ère Moffat et ce n’est pas trop tôt. On nous avait promis du lourd pour cette saison 10, celui-ci n’a été que partiellement au rendez-vous et de façon contrastée avec de sérieux ratés. La très bonne saison 9 de la série nous montrait toutefois déjà un show runner bientôt en bout de course qui avait livré ses dernières pépites. Pour ma part, j’estime que la saison 10 est inégale et paye le prix de son entêtement, avec ce résultat loin d’être à la hauteur ce qu’il avait promis.

L’épisode de Noël à venir sera également le dernier signé de Steven Moffat. On espère alors que celui-ci nous y livrera le final attendu initialement hier soir pour proposer une belle sortie au douzième Docteur, qui a souffert d’un manque de créativité quand son interprète a pourtant été très bon. La fin d’une ère qui annonce aussi l’arrivée de Chris Chibnall comme nouveau show runner pour 2018, ce qui laisse espérer qu’un souffle nouveau puisse ranimer cette série désormais mythique.

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Sébastien DROUIN

Consultant en communication, designer graphique, blogueur, formateur, chroniqueur radio, catholic veggie, zèbre et râleur joyeux. Mi-ours, mi-panda et re-mi-ours derrière.

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