Cette primaire qui me questionne

Engagé politiquement au Modem, je n’ai pourtant pas voté lors du premier tour de la primaire. Un choix mûrement réfléchi mais dont la réflexion qui m’y a mené a soulevé de nombreuses choses que je souhaite alors partager avec vous.

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Je sors enfin de mon silence, puisque voilà plus d’un mois que je n’ai absolument rien publié sur mes deux blogs. J’essayerai de prendre le temps de vous en expliquer les raisons prochainement. Le sujet d’aujourd’hui concerne la primaire de la droite et du centre. Rien que le terme me chagrine. Je ne sais pas si mes collègues du Modem verront cet article d’un bon œil, mais peu m’importe, j’ai besoin de mettre mes idées à plat par écrit et de les exprimer. Lors de cette primaire, je n’ai pas voté. Un choix mûrement réfléchi, pour lequel il m’a fallu répondre à plusieurs questions – un véritable cas de conscience même – et qui en a soulevé d’autres par la même occasion.

Une primaire de la droite. Juste de la droite.

Pour cette primaire, le parti auquel j’adhère, le Modem, soutien Alain Juppé. Je respecte ce choix, les militants restant libres dans leurs actions, leurs pensées et aucune prérogative de vote ne leur étant imposée. Je sais que dans d’autres partis, les militants ne disposent pas de la même liberté, même si chacun reste libre d’agir en conscience au final.  Toutefois, il suffit d’écouter les différents candidats de la primaire pour se demander où se trouve le centre dans tout ça. Le centre n’est pas une antichambre de la droite, en théorie, ni un simple entre-deux mais au contraire, ce sont des idées et des propositions différentes. Je ne comprends pas qu’on ait laissé cette appellation exister. C’est assez révélateur du mépris que la droite peu avoir à l’égard du centre. Ça reviendrait à dire que quand on va tout droit au lieu de tourner à droite, on va quand même un peu plus à droite qu’à gauche. D’un point de vue purement sémantique, c’est une aberration.

Une campagne de crowdfunding à 2 euros

Deux euros. C’est le prix de la liberté d’expression fixée par Les Républicains. Alors deux euros pour virer Sarkozy une bonne fois pour toute, oui, ce n’est rien. Mais on estime à 4 millions le nombre de votants à cette primaire. Soit 8 millions d’euros collectés. Si l’organisation de cette primaire a un coût, le solde restant sera toutefois d’une grande aide pour le gagnant de celles-ci. Une belle avance qui va permettre de financer une belle campagne. C’est un peu comme si tous les votants avaient participé à une immense campagne de crowdfunding dont l’objectif est de définir le candidat de la droite et l’aider. La compensation est de virer Sarkozy. Présenté sous cette forme, je suis curieux de savoir si autant de personnes auraient voté.

Un ersatz de système féodal

La primaire, c’est un bon plan pour les candidats. Ça permet de s’essayer et de limiter la casse si on perd, de ne pas dépenser trop d’argent. Ça musèle aussi proprement les perdants, qui doivent faire allégeance au vainqueur, puisqu’à défaut de soutenir quelqu’un d’autres, ils ne pourront que se taire. Si on peut concevoir qu’un perdant de la primaire doit s’engager à ne pas se présenter aux élections présidentielles, on ne peut en revanche pas le forcer à apporter son soutien au vainqueur. Ça me rappelle un peu le système féodal. D’ailleurs, contrairement aux idées reçus, le système féodal avait aussi de bons côtés, mais ce n’est pas à ceux-là que je fais référence.

Marcher sur ses idées pour voter

Pour pouvoir voter, chaque votant doit apposer sa signature. Celle-ci vaut pour approbation de la citation suivante : « Je partage les valeurs républicaines de la droite et du centre et je m’engage pour l’alternance afin de réussir le redressement de la France ». Pour ma part, cela été mon principal blocage. Car j’avais bien quelqu’un en tête pour qui j’aurais aimé voter. Mais d’une part je suis centre gauche (donc les valeurs de la droite, walou), d’autre part je ne suis pas républicain (donc les valeurs républicaines, walou bis). Et non, surprise ! Tout le monde n’est pas favorable à ce mode de fonctionnement, mais on a appris à composer avec. Je suis profondément démocrate, mais certainement pas républicain. Et il y a une réelle distinction à faire entre ces deux termes, car une république n’est pas nécessairement démocratique et une démocratie n’est pas obligatoirement une république.

Contrairement aux idées reçues, au Moyen-âge la démocratie locale était la norme. Elle permettait au peuple de pouvoir se gérer en autonomie, tandis que celui-ci était parfois livré à lui-même des mois durant sans aucun contact avec la monarchie. Les femmes avaient même voix au chapitre ! Chacun avait ainsi ses prérogatives : certaines choses relevaient de l’État, d’autres relevait du peuple. La république, quand elle a écrit son récit national, s’est bien gardé de parler de ça.

Enfin, il n’y a pas besoin d’être républicain pour partager les valeurs de liberté, d’égalité (bien que je lui préfère celle de l’équité) et de fraternité. Beaucoup de gens ont marché sur le sens de leur engagement en signant cette charte. Chacun a bien entendu sa conscience pour soit, mais par cohérence et conviction je ne peux participer à un événement qui me demande de signer quelque chose avec lequel je ne suis pas d’accord. Quand bien même aurai-je été de droite, le problème serait resté le même. En tant que démocrate, ça me pose encore plus problème. Voter à cette primaire, c’est valider ce mode de fonctionnement bancale.

Puis-je me permettre d’écrire tout ça ?

En tant que membre du bureau national des Jeunes Démocrates, les jeunes du Modem, je ne m’attends pas à ce qu’on me félicite pour cet article. Celui-ci va à contre-sens de certaines prises de positions du Modem. Je tiens à préciser que pour autant, j’apprécie beaucoup l’ambiance, les échanges, le travail que nous accomplissons, les réflexions que nous partageons et sur lesquelles nous débattons. Mais dois-je me museler pour autant ? Je choisis de penser que non et j’espère qu’on respectera cette liberté d’expression individuelle. Nous verrons bien. Au cours de ces réflexions, cela a soulevé plusieurs questions pour lesquelles je n’ai pas de réponse : où s’arrête la liberté d’expression quand on est engagé en politique ? Entre la notion d’engagement et celle de conviction, laquelle doit primer sur l’autre ? Il n’y a pas de réponse toute faite, je pousserai sans doute cette réflexion plus loin dans un autre article d’ici quelques mois.

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Sébastien DROUIN

Consultant en communication, designer graphique, blogueur, formateur, chroniqueur radio RCF 22, catholic veggie et râleur positif. Mi-ours, mi-panda et re-mi-ours derrière.

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